AU FIL DES HOMELIES

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PÈRE QUE TON RÈGNE VIENNE

Ne 8, 1-6 + 8-10 ; 1 Co 12, 12-30 ; Lc 1, 1-4 + Lc 4, 14-21
4ème dimanche de l'Epiphanie - année C (dimanche 27 janvier 1980)
Homélie du Frère Jose FABRE


Nazareth : rue ancienne

Dans l'évangile que nous venons d'entendre, saint Luc nous présente Jésus à la synagogue de Nazareth lisant un passage du prophète Isaïe dans lequel le serviteur de Dieu vient annoncer de la part du Seigneur un salut merveilleux, l'accomplissement des promesses faites par le Seigneur, l'accomplissement la venue du règne de Dieu tant attendu par les hommes. Et lorsque nous entendons Jésus parler, nous avons vraiment l'impression qu'Il entra pleinement, solennellement dans sa mission avec toute la puissance de l'Esprit surtout lorsque nous l'entendons dire : "Cette Parole de l'Écriture que vous venez d'entendre, c'est aujourd'hui qu'elle s'accomplit". Et lorsque le Seigneur dit : "C'est aujourd'hui qu'elle s'accomplit", cela ne veut pas dire que l'histoire est terminée, c'est fini, mais bien au contraire, les promesses se réalisent et c'est aujourd'hui que tout commence. Car le mot aujourd'hui porte en lui tout un avenir insoupçonné.

Rappelez-vous les "Aujourd'hui" de l'évangile, cela a été "aujourd'hui" le jour de Noël pour les bergers qui ne soupçonnaient pas qu'ils accueilleraient une telle joie, qu'ils découvriraient Celui dont on avait parlé et qui venait leur apporter le salut, cela a été "aujourd'hui" pour Marie et Joseph qui contemplaient ce don de Dieu, cet enfant qui leur était donné et dont l'avenir était immense. Cela a été "aujourd'hui" pour le Christ lui-même, le jour de son baptême où il Lui fut manifesté, annoncé, confirmé devant tous qu'Il était Fils de Dieu. Et puis cela a été "aujourd'hui" pour beaucoup de gens, pour Zachée, le jour où le salut est entré dans sa maison, il y avait dans cet "aujourd'hui" tout l'avenir du converti qu'a été Zachée. Et puis cela a été aujourd'hui pour le bon larron : "Aujourd'hui même tu seras avec moi dans le paradis". Et bien d'autres encore. Et c'est "aujourd'hui," l'aujourd'hui de Dieu, chaque fois que le règne d'amour du Seigneur progresse sur la terre, chaque fois que quelqu'un rencontre le Seigneur ou approfondit sa connaissance de Dieu. Et l'Église, à sa façon, veut et doit continuer l'aujourd'hui de Dieu à notre époque. Mais alors, nous sommes amenés à nous poser la question : "à quel signe le monde actuel reconnaîtra-t-il que nous accomplissons l'aujourd'hui de Dieu à notre époque ? Le Seigneur lui-même a donné des signes aux envoyés de Jean le Baptiste. Il leur a dit : "Allez dire à Jean que les aveugles voient, que les lépreux sont guéris".

Et ainsi, par ces signes, Jésus se désigne, se situe comme étant Celui qui vient accomplir le règne de Dieu annoncé. Et dans la synagogue de Nazareth Il a fait siennes les paroles qu'Il lisait : "L'Esprit du Seigneur est sur Moi, Il m'a envoyé porter la bonne nouvelle aux pauvres, annoncer aux prisonniers qu'ils sont libres, aux aveugles qu'ils verront la lumière, apporter aux opprimés la libération". On est évidemment frappé par la prédilection de Jésus pour les pauvres, les petits, les humbles. Et c'est à ces pauvres, à ces aveugles, à ces opprimés que Jésus veut apporter son salut et sa libération. Et Il l'a fait en leur redonnant force courage amour pardon, dignité, comme Il l'a fait aux lépreux qu'il guérissait à la femme adultère à qui Il a pardonné, aux publicains qu'Il a réconciliés. Et le Seigneur veut continuer son œuvre à travers 1'Église c'est-à-dire à travers nous, aujourd'hui.

Alors que faire ? Oh bien sûr, il ne s'agit pas d'ouvrir les prisons et de laisser sortir les condamnés de droit commun, mais ne spiritualisons pas trop vite le message de Jésus-Christ. Bien sûr, Il nous demande de nous libérer de notre aveuglement devant le mal, bien sûr, il nous demande de nous libérer de nos chaînes du péché, bien sûr, Il nous demande d'avoir une âme de pauvre, mais est-ce que nous allons limiter à ce seul sens spirituel les exigences du christianisme, et était-ce bien là le sens de cette promesse faite aux pauvres dans le psaume 71 lorsque ce psaume dit : "Que le Messie rende à ton peuple sentence juste et jugement à tes petits. Il délivrera le pauvre qui appelle et le petit qui est sans aide". C'est une vraie justice, annoncée à de vrais pauvres, ce dont il est question dans le psaume 71. Et c'est à ce signe que l'on découvrira l'aujourd'hui de l'Église à notre époque.

C'est pour cela que les Églises chrétiennes, dans cette semaine de l'unité qui s'est achevée avant-hier, ont choisi comme thème de rassemblement pour leur prière, ces quatre mots du Notre Père : "Que ton règne vienne". Oui, ce règne de Dieu annoncé par Jésus-Christ dans la synagogue de Nazareth, ce règne de Dieu, ce salut apporté aux pauvres, à ceux qui attendent quelque chose, : "Qu'Il vienne". Que ton règne vienne Seigneur auprès de tous les hommes, de tous les travailleurs du monde si matérialisés, si écrasés par le quotidien. Tous attendent d'une façon plus ou moins confuse, cet "aujourd'hui de Dieu", qui leur apportera quelque chose. Que ton règne vienne Seigneur, par une aide plus accrue aux malheureux ; aux lépreux auxquels aujourd'hui nous pensons tout spécialement, aux réfugiés d'Asie que nous risquerions d'oublier à force d'en avoir parlé, à tous ces opprimés, à tous ces prisonniers enfermés pour leurs convictions politiques ou religieuses. Que le Règne de Dieu arrive dans et par les mass média dont l'influence est grandissante et pas toujours positive. Que le règne de Dieu arrive par un partage toujours plus grand de nos richesses, par l'alphabétisation qui fera diminuer le nombre des illettrés ou des sous-développés dans le monde. Que le règne de Dieu arrive pour la plus grande unité des hommes et tout spécialement de ceux qui se disent disciples de Jésus-Christ. Est-ce qu'après vingt siècles de christianisme ce sera enfin l'aujourd'hui de l'unité ? Oui, que ton règne vienne, Seigneur, ces quatre mots dits dans toutes les langues du monde nous fassent entrer vraiment dans la prière de Jésus à son Père.

Mais comment être unis sous les yeux du Père quand les hommes se déchirent ; quand partout sur la terre, éclate la violence quand les attentats, les prises d'otages sont monnaie courante, quand le fanatisme et l'intolérance sont dans les cœurs, quand on dénombre que 65 pays dans le monde ont pris la torture comme pratique administrative tant à l'Est qu'à l'Ouest et dans le Tiers-monde ? N'est-ce pas dans ce panorama douloureux du monde que se situent les pauvres, les petits, les opprimés, las aveugles, les malheureux à qui Jésus veut apporter "aujourd'hui" son salut et sa libération, si l'Église qui doit être sa voix continuée si chacun de nous sait se faire entendre. Les premiers chrétiens vous vous en souvenez, ont réussi à faire baisser le taux de l'esclavage dans la Rome antique (relisez la lettre de saint Paul à Philémon). Est-ce que notre civilisation chrétienne sera capable de briser l'escalade de la violence de l'incompréhension, des divisions pour la plus grande joie et pour l'unité du monde ? "Tout ce que vous ferez aux petits qui sont mes frères c'est à Moi que vous le ferez", nous dit Jésus et cette phrase est lourde de conséquences parce que saint Mathieu nous en donne l'autre partie : "Tout ce que vous n'aurez pas fait à chacun de ces petits qui sont mes frères, c'est à Moi que vous ne l'aurez pas fait". Et dans la Genèse il y a cette phrase terrible du Seigneur : "Le sang de ton frère crie de la terre jusqu'à Moi".

Le Seigneur Jésus invite tous les hommes de bonne volonté, et plus particulièrement ses disciples, à maîtriser dans leur cœur la haine, la discorde, l'incompréhension, les passions, le sectarisme pour laisser s'épanouir l'amour et la rédemption. Oh l'Église n'a pas de méthode à imposer, elle doit simplement, nous devons puisque nous sommes l'Église, témoigner à temps et à contre-temps de la puissance créatrice de l'amour, dans nos conversations, dans nos prises de position et dans nos convictions personnelles. Souvenons-nous que nous sommes les disciples de Celui qui a dit : "Père, pardonne-leur" et de Celui qui a dit encore : "C'est au signe de l'amour qu'on vous reconnaîtra. Aimez vos ennemis. Priez pour ceux qui vous persécutent". Alors si vous le voulez, au cours de cette eucharistie qui est signe de l'unité, de cette unité sans cesse à faire et à refaire jusqu'à la grande eucharistie éternelle, prions les uns pour les autres et d'abord pour nous, pour que l'Esprit assouplisse nos cœurs encore trop durs, peut-être encore trop intolérants, trop tièdes, pour que l'Esprit Saint illumine le cœur de ceux qui persécutent, de ceux qui condamnent, qui rejettent, qui font du mal, et pour que le Seigneur emplisse de sa présence tous ceux qui sont victimes de la méchanceté des hommes et qui attendent "l'aujourd'hui" de Dieu.

"Père, que ton règne vienne"

 

AMEN


 
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