AU FIL DES HOMELIES

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JE CROIS EN L'ÉGLISE APOSTOLIQUE

Jon 3, 1-5+10 ; 1 Co 7, 29-31 ; Mc 1, 14-20
4ème dimanche de l'Epiphanie - année B (dimanche 27 janvier 1985)
Homélie du Frère Michel MORIN


Carennac : apôtres

Nous avons célébré ces dernières semaines le mystère de Noël, manifestation du Christ à Israël et à toutes les nations. Aujourd'hui, dans une logique très belle, nous célébrons le mystère de l'Église à travers l'appel de ces disciples qui deviendront les premiers apôtres. A ce propos, je voudrais que nous réfléchissions quelques instants sur cet article du Credo que nous professons chaque dimanche, ensemble : "Je crois en l'Église apostolique". Ce mot apostolique, dès que nous le prononçons, fait penser à l'activité apostolique de l'Église, à ses services d'apostolat, tous ces groupes et institutions qui servent l'annonce de l'évangile. Ceci est fort juste et absolument nécessaire, l'apostolat est une des dimensions profondes de l'Église. Cependant il ne trouve pas en lui seul sa raison d'être. D'ailleurs des Églises ne peuvent pas vivre cette dimension de l'action apostolique, parce que les pays où elles vivent les réduisent au silence et à l'inactivité tout au moins vue de l'extérieure.

Lorsque nous disons : "apostolique", nous nous rappelons aussitôt ces apôtres que Jésus a choisis, appelés et institués comme pour être les douze afin de les envoyer prêcher d'abord à Israël, puis, après sa Résurrection, au monde entier. Nous pensons à ces apôtres avec beaucoup d'estime, beaucoup de reconnaissance, mais peut être nous les situons dans un passé lointain quoique glorieux. En tant que membres fondateurs de l'Église, ils ont droit à nos souvenirs et notre vénération, nous les considérons alors comme des chanoines honoraires bien décorés de leurs récompenses pour leurs œuvres éminentes mais à jamais figés dans les stalles de l'histoire religieuse et sans autre utilité que leurs mérites passés. Nous représentant ainsi les apôtres, nous ne sommes pas fidèles à ceux qu'ils ont été, ou plus exactement à ce qu'ils sont encore aujourd'hui, car les apôtres ne sont pas que du passé.

Mais il faut encore aller plus loin que leur personne ou leur activité apostolique pour comprendre avec profondeur et justesse la réalité de l'Église comme étant apostolique. C'est dans le mystère du Christ et toute sa richesse que nous devons puiser. Nous venons de le célébrer dans le temps de Noël et de l'Epiphanie : le Christ est l'envoyé du Père, Celui qui est venu, au nom du Père, accomplir l'œuvre du salut. Nous l'avons proclamé comme le Sauveur de tous les hommes. Le Christ, sur la terre, a vécu une triple unité avec son Père. D'abord, unité de communion. Le Christ l'a souvent affirmé : "Je ne suis pas seul, le Père est toujours avec moi, le Père et Moi nous sommes un", Il demeurait dans cette communion permanente avec son Père. Ses nombreuses heures de prière nous le signifient. La deuxième unité qu'Il vit avec son Père : une unité de volonté : "Je suis venu pour faire la volonté du Père ; Je ne fais pas mes œuvres à moi, mais celles du Père". Il y en a deux pour témoigner : le Père et moi". Jésus disait : "Ma nourriture, c'est de faire la volonté du Père". Dans l'activité même de Jésus cette unité essentielle et permanente : Il accomplit le désir du Père : "Père que ta volonté soit faite et non la mienne". La troisième unité : celle de la mission. Le Père envoie son Fils sur la terre pour accomplir une mission : ramener vers le Père ses enfants dispersés. Il n'est pas venu pour lui mais pour nous révéler le Père, afin qu'en le connaissant nous ayons la vie éternelle. Jésus proclamait : "Celui qui m'accueille, accueille celui qui m'a envoyé, qui me rejette, le rejette." Dans cette triple unité de communion, de volonté, de mission, s'enracine l'apostolicité de l'Église. Dans une expression aussi belle que suggestive, l'auteur de l'épître aux hébreux déclare à propos du Christ : "Considérez l'apôtre et Grand-Prêtre de notre profession de foi, Jésus, fidèle à Celui qui L'a institué" (Hébreux 3,1-2). Jésus est l'apôtre unique, l'apôtre de la communion avec le Père, l'apôtre de la volonté du Père, l'apôtre du dessein du Père pour le salut des hommes.

Le Christ apôtre est pasteur, pasteur éternel qui n'a pas abandonné son troupeau. Au moment de quitter cette terre, Il a transmis a ses apôtres l'œuvre que Lui-même a reçu du Père. Il est très beau, très significatif et très nourrissant pour notre foi, de constater dans l'évangile un parallélisme très fort entre la mission que le Christ a reçue du Père, et la mission que les apôtres ont reçue du Christ. J'en veux pour témoignage ces quelques paroles de l'évangile. Jésus dit : "Celui qui m'accueille, accueille Celui qui m'a envoyé : le Père". Et Il dira à ses disciples : "Celui qui vous accueille, m'accueille". Puis : "Celui qui me rejette, rejette le Père". A ses disciples : "Celui qui vous rejette me rejette". "Le Père et moi, nous sommes Un". Et Jésus à ses disciples : "Je suis toujours avec vous, soyez avec moi". Et encore : "Je dispose pour vous du Royaume, comme le Père en a disposé pour vous".

Ainsi, les apôtres ont reçu la mission que le Christ avait reçue du Père : "Comme le Père m'a envoyé, moi aussi je vous envoie". Le Christ l'a accomplie en plénitude dans sa Pâque, les apôtres auront à l'annoncer, à la répandre jusqu'à la fin des temps pour tous les hommes. Avant de les quitter, Jésus leur dira : "Tout pouvoir m'a été donné au ciel et sur la terre. Allez, enseignez, baptisez, faites des disciples, apprenez leur à garder tout ce que je vous ai prescrit". Le Christ transmet à ses apôtres ce que le Père Lui avait donné pour que le monde soit sauvé. Pierre et André, Jacques et Jean et les douze sont les apôtres de l'apôtre non pas des sortes de délégués, simplement des envoyés, ou des commissionnaires, mais des plénipotentiaires, des ambassadeurs, comme Paul le dira : "Nous sommes en ambassade pour le Christ, c'est comme si Dieu exhortait par nous". Les apôtres agissent non seulement au nom du Christ, donc au nom du Père, mais pour le Christ, c'est-à-dire que, dans leur enseignement de la foi, dans la présidence du don de la grâce par les sacrements, dans le gouvernement de l'Église qui est de la conduire au Royaume, c'est le Christ qui agit et l'œuvre du Père qui s'accomplit. Cela fera dire à saint Augustin : "Que ce soit Pierre qui baptise ou Judas qui baptise, c'est le Christ qui baptise !"

Frères et sœurs, affirmer chaque dimanche : "Je crois en l'Église apostolique", c'est adhérer à ce mystère de la foi que les apôtres ont reçue du Christ qui vient du Père, là est la racine profonde, nécessaire, de l'apostolicité de l'Église. Et les premiers chrétiens, dès la génération post-apostolique, l'ont très bien compris. Voici ce qu'écrivait dans sa lettre aux Corinthiens, saint Clément de Rome, troisième successeur de Pierre : "Les apôtres nous ont été envoyés par Jésus Christ comme messagers de l'heureuse nouvelle. Jésus a été envoyé par Dieu. Le Christ vient de Dieu, les apôtres viennent du Christ, et ces deux choses découlent harmonieusement de la volonté du Père". Ou encore, Tertullien, à la charnière du premier et du second siècle : "La foi que l'Église a reçue des apôtres, les apôtres l'ont reçue du Christ, le Christ l'a reçue de Dieu".

Ainsi, l'Église d'aujourd'hui est apostolique, non seulement parce que les apôtres en sont les fondateurs, mais parce que les apôtres en sont la fondation. Or la fondation ne peut être du passé, Elle est bel et bien du présent, ou alors le bâtiment s'écroule. Qu'est-ce qui est plus actuel que toute chose dans la construction d'une église que la fondation sur laquelle reposent les murs. Cette fondation, ce sont les apôtres, autant dire qu'ils sont vivants aujourd'hui. Ce ne sont pas des hommes d'un passé lointain, honorés de nos vénérations. Ils sont présents aujourd'hui et toujours, comme envoyés du Christ, l'envoyé du Père, ils accomplissent pour les hommes de ce temps la mission que le Christ leur a donnés à la veille de l'Ascension. Or la présence visible, la présence féconde, la présence nécessaire des apôtres aujourd'hui, c'est-à-dire du Christ et de l'œuvre du Père, c'est le collège des évêques. Il n'y a pas d'Église, il n'y a pas de foi sans la présence des apôtres, et les apôtres d'aujourd'hui, ce sont les évêques.

Je me souviens de cette anecdote. Un profes­seur de théologie me disait, il y a quelques années : "bien sûr je crois au pape ! mais pas à Paul VI" (qui était le pape de l'époque et qui devait lui déplaire). Mais comment croire au pape, si ce n'est pas au pape actuel ? Comment croire à l'Église apostolique, si ce n'est pas au collège épiscopal d'aujourd'hui dans sa totalité, successeur du collège des apôtres. Les évêques ont reçu, dans la suite immédiate des apôtres le pouvoir d'enseigner la foi, de présider au don de la grâce divine, de gouverner l'Église, c'est-à-dire seulement de la conduire vers le royaume. Collégialement les évêques disposent du Royaume comme le Christ en a disposé de par son Père. Alors notre foi n'est pas personnelle, ni personnel notre apostolat, ils sont apostoliques. Nous ne pouvons pas vivre la foi sans ce lien profond, spirituel et authentique avec l'apostolicité de l'Église qui repose aujourd'hui dans le collège épiscopal. Le collège épiscopal, à chaque temps de l'histoire, et en chaque lieu, accomplit l'œuvre du Christ, apôtre du Père pour le salut du monde. Avant d'être l'organisateur de l'apostolat, bien avant d'être l'administrateur d'un diocèse, l'évêque est le signe visible de la présence des apôtres, ce sacrement de la mission venue du Christ, le témoin de la réalisation fidèle du dessein du Père. Je voudrais vous inviter à prier aujourd'hui pour l'Église apostolique, pour tous les évêques auxquels nous sommes profondément et impérativement liés par l'enseignement de la foi, par la participation à l'eucharistie, car il n'y en a qu'une, celle de l'évêque, comme l'écrivait saint Ignace d'Antioche, et par notre obéissance au mystère du Christ, dont ils sont eux-mêmes les premiers obéissants, à l'exemple des apôtres et à l'image du Christ obéissant à la volonté de son Père. Je voudrais aussi vous inviter à l'action de grâce avec ces quelques mots du cardinal Newman, prélat anglais de la fin du dix-neuvième siècle : " La présence de chaque évêque nous rappelle une longue histoire de lutte et d'épreuve, de souffrance et de victoire, d'espérance et de crainte à travers bien des griefs. La présence de l'évêque, à notre époque, est le fruit de tout cela. Il est le cénotaphe vivant de ceux qui sont morts, il est la présence des apôtres d'aujourd'hui. Il est la promesse d'un combat audacieux, d'une bonne profession de foi, d'un martyre joyeux, aujourd'hui, s'il le faut, à l'exemple de ceux du temps passé. Nous voyons leurs portraits sur nos murs et leurs tombes sont sous nos pieds. Et nous avons confiance, que dis-je ? nous sommes sûrs que Dieu sera pour nous quand notre jour sera venu comme Il est pour eux, aujourd'hui. Selon la parole du psalmiste : "le Seigneur s'est souvenu de nous, Il nous bénira, Il bénira la maison d'Israël".

Frères et sœurs bénissons Dieu, car Il nous bénit dans l'Église des apôtres, rendons grâce au Père et au Fils d'avoir eu cette audacieuse folie de confier aujourd'hui comme hier l'œuvre de notre salut au ministère des apôtres.

Oui, je crois en l'Église apostolique, je crois en l'Église de Jésus Christ, l'apôtre du Père, je crois en l'Église des apôtres institués et envoyés hier par le Christ, je crois en l'Église des apôtres présents dans le ministère des évêques d'aujourd'hui.

 

AMEN

 
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