AU FIL DES HOMELIES

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APPEL DES DISCIPLES ET PLÉNITUDE DES TEMPS

Jon 3, 1-5+10 ; 1 Co 7, 29-31 ; Mc 1, 14-20
4ème dimanche de l'Epiphanie - année B (dimanche 26 janvier 1997)
Homélie du Frère Jean-Philippe REVEL

 

La page que nous venons de lire se situe tout à fait au début de l'évangile de Marc, immédia­tement après la prédication de Jean-Baptiste et le baptême de Jésus. Elle comporte deux parties enchaînées : d'une part l'inauguration solennelle de la prédication de Jésus et d'autre part l'appel des quatre premiers disciples. Cela déjà est révélateur, l'appel des disciples pour saint Marc ne fait qu'un avec la prédication de Jésus. Dès que Jésus commence à an­noncer la Bonne Nouvelle, le mot revient à deux re­prises, et vous le savez "Bonne Nouvelle" veut dire littéralement évangile, dès que Jésus proclame l'évan­gile, la Bonne Nouvelle, cette Bonne Nouvelle qu'il est Lui-même, Il appelle des disciples à sa suite.

Bonne Nouvelle parce que les temps sont ac­complis. saint Paul s'en faisait l'écho dans le passage de la première lettre aux Corinthiens que nous lisions tout à l'heure : "le temps se fait court", disait-il, "le temps est limité". Et aussitôt après, il ajoutait :"elle passe la figure de ce monde", ce monde dans lequel nous nous trouvons, ce monde caduc où se mêlent inextricablement les germes de vie et les germes de mort, ce monde passe. Et c'est une Bonne Nouvelle. C'est la Bonne Nouvelle que Jésus proclame, Bonne Nouvelle parce que les temps sont accomplis, non pas parce que les temps s'achèvent comme peut-être les expressions de saint Paul le laisseraient entendre, non pas simplement parce que le temps disparaît, qu'il s'écoule, qu'il se dilue, mais parce que le temps est accompli, c'est-à-dire parvenu à sa plénitude, à son accomplissement. La venue de Jésus est l'accomplis­sement du temps, l'accomplissement de l'histoire, et même si cet événement se trouve derrière nous, en fait il nous entraîné en avant, il nous entraîne vers le Royaume. Les temps sont accomplis parce que le Royaume de Dieu est proche, parce que le Royaume de Dieu est là, parce que dans la personne même de Jésus, c'est le Royaume de Dieu qui est rendu présent.

Bonne Nouvelle, évangile. Dieu qui s'était fait lointain par la suite du péché des hommes ou plus exactement Dieu que les hommes à cause de leur pé­ché n'étaient plus capables de découvrir, de sentir, dont la présence était comme obscurcie à leurs yeux, voilà que Dieu vient, Dieu vient à notre rencontre, Dieu se fait proche, le Royaume de Dieu, la présence de Dieu, le règne de Dieu sont tout proches, Dieu est là. C'est la Bonne Nouvelle et c'est l'accomplissement de tous les temps et de toute l'histoire, de toute l'his­toire de l'humanité et du monde.

Parce que le Royaume de Dieu est proche, nous devons nous convertir, c'est-à-dire nous tourner vers ce Royaume, non plus rester penchés sur nous-mêmes, sur notre quotidienneté caduque, mais nous élancer vers ce Royaume qui vient à notre rencontre, vers ce Royaume qui nous appelle, qui nous attire, qui nous aspire à Lui, vers Jésus qui, présent parmi nous, manifeste cette dynamique du Royaume qui est notre but, notre vie, notre accomplissement, l'accomplisse­ment de notre histoire, l'accomplissement des temps. Nous convertir, nous convertir par la foi : "convertis­sez-vous et croyez à l'Évangile", à cette Bonne Nou­velle, à cette présence du Royaume parmi nous Voilà le contexte dans lequel s'ouvre la prédication de Jésus. Jésus est venu, Il est venu au Jourdain, Il a reçu le baptême de Jean pour commencer cette prédication publique dont voici tout à la fois l'exorde, le résumé et la plénitude. Jésus est venu nous annoncer cette Bonne Nouvelle que le Royaume est là.

Et aussitôt, dès que Jésus annonce aux foules cette présence du Royaume, de ce Royaume qui nous attire à Lui, de ce Royaume qui nous appelle, immé­diatement Il appelle effectivement les premiers disci­ples. Cet appel de Pierre, d'André, de Jacques, de Jean n'est pas d'abord un appel de quelques individus parti­culiers, triés sur le volet, c'est comme la concrétisa­tion de cette première prédication de Jésus : "Conver­tissez-vous, venez, le Royaume de Dieu est là". Et mettant en pratique en quelque sorte cette phrase-clef qu'Il vient de prononcer, Jésus appelle nommément Pierre, André, Jacques, Jean. Il nous appelle tous par notre nom, Il nous appelle tous personnellement, cet appel de Jésus n'est pas un appel uniquement réservé à quelques-uns. C'est un appel universel, nous som­mes tous appelés à être disciples de Jésus, chacun selon la mission particulière que nous recevons de ce Seigneur qui nous appelle.

Cet appel, c'est donc la suite logique, natu­relle de cette première prédication de Jésus. Nous sommes appelés à le suivre parce qu'Il est la Bonne Nouvelle, parce qu'Il est cette Nouvelle de bonheur, parce qu'Il est cet évangile du Royaume, parce qu'Il est cette venue de Dieu pour régner en nos cœurs, parce qu'Il est ce Royaume qui nous attire, qui nous attire à Lui, qui nous appelle à Lui. Nous sommes appelés comme Pierre, comme André, comme Jac­ques, comme Jean. Nous sommes appelés comme tous les disciples. Et tout au long de l'évangile, cet appel ne cessera de retentir et de se démultiplier. Nous sommes appelés parce que le Royaume de Dieu nous met en marche, parce que le Royaume de Dieu nous conduit au-delà de notre vie présente, actuelle, au-delà de notre vie limitée, de ce temps qui est court, comme le dit saint Paul.

"Venez à ma suite". L'appel de Jésus est un appel à partager sa vie, à partager son cheminement. Se mettre à sa suite, mettre nos pas dans ses pas, tel est le contenu premier de cet appel de Jésus. Avant de nous appeler pour quelque chose, Jésus nous appelle pour quelqu'un, pour Lui-même. Être appelé par Jé­sus, c'est être appelé à vivre avec Lui, à marcher avec Lui, à partager tout ce qu'Il est. "Venez à ma suite", "Croyez à l'Évangile", c'est la même chose. Croire à l'évangile, croire à la Bonne Nouvelle, c'est la même chose que de venir à la suite de Jésus. L'évangile, ce n'est pas autre chose que cette communion avec Jésus, cette communion de l'homme avec Dieu qui répond à ce chemin que Dieu a fait vers l'homme pour venir communier avec lui. "Ce Dieu que personne n'avait jamais vu", voilà que "le Fils parce qu'Il repose dans le sein du Père", parce que le Fils connaît toute l'inti­mité la plus profonde du Père, "Il vient nous Le révé­ler", nous le faire connaître et donc nous conduire à Lui (Jean 1,18). "Venez à Moi, venez à ma suite et je vous conduirai jusqu'au Père, car le Père vous aime et le Père de toute éternité a conçu ce dessein de partager avec vous son intimité la plus profonde, sa Vie dans ce qu'elle a de plus intime et de plus fonda­mental ".

"Venez à ma suite". Et dans ce même mou­vement où Jésus appelle les disciples à unir leur vie à la sienne, en même temps Il fait de ces appelés des appelants : "Venez à ma suite et Je ferai de vous des pêcheurs d'hommes ". Venez à ma suite et comme Moi, avec Moi, vous appellerez vos frères à venir à votre suite et par là-même à ma suite. Je vais, à tra­vers vous, faire que cet appel retentisse jusqu'aux extrémités du monde, faire en sorte que cette Bonne Nouvelle, cet évangile ne soit pas simplement le fait de quelques-uns, mais que, d'appelé en appelé, elle atteigne, cette Bonne Nouvelle, jusqu'aux extrémités du monde. Toute la prédication, toute la mission sont contenues dès ce premier appel, dès ce commence­ment de la proclamation de l'Évangile par Jésus. Dès que Jésus prend la parole, Il appelle à Lui des disci­ples et Il envoie ces disciples pour qu'ils appellent à leur tour d'autres disciples, afin que peu à peu l'huma­nité tout entière soit atteinte par cette Bonne Nou­velle, par cet appel qui se répand ainsi comme la flamme dans le chaume, selon la comparaison du Livre de la Sagesse (3-7). Oui, nous sommes tous appelés par Jésus à venir à sa suite. Et venir à sa suite c'est à notre tour témoigner auprès de nos frères que Jésus est là, que Jésus est venu, que Jésus nous a ap­pelés, qu'Il les appelle, que Jésus rassemble autour de Lui toute cette humanité pour que s'arrachant en quel­que sorte à ce temps qui passe, elle s'établisse dans la plénitude des temps, dans l'accomplissement des temps, non pas en rejetant notre monde, mais en lisant à travers ce monde qui a l'air si banal, en y lisant des promesses d'éternité, en lisant dans chacun des évé­nements le prolongement de cet événement jusqu'à son accomplissement en Jésus. Telle est la Bonne Nouvelle.

Frères et sœurs, dès que Jésus commence la prédication de l'évangile, Il fonde l'Église, car l'Église c'est le rassemblement des disciples. Et déjà dimanche dernier, aux noces de Cana, en suivant saint Jean, nous voyions naître cette Église sous une autre image, celle que Jean avait choisie, d'un festin de noces. Mais ici encore, c'est le même message. Dès que Jésus parle, Il appelle et c'est l'Église qui naît. Jésus n'est pas venu pour être seulement un prophète, mais pour être la tête de cette Église qui est son corps, pour ras­sembler autour de Lui non seulement Pierre, André, Jacques et Jean, mais tous les disciples et chacun d'entre nous.

Que ce temps de la manifestation de Jésus, ce temps de l'Épiphanie que nous célébrons apparaisse bien, pour chacun d'entre nous, comme le temps où nous manifestons Jésus. Jésus se manifeste à nous pour que nous devenions des manifestations de Jésus au monde. Les deux mouvements sont inséparables car si Jésus vient vers nous, c'est pour, à travers nous, venir vers l'humanité tout entière afin que toute cette humanité soit atteinte par cette promesse de bonheur que saint Matthieu traduira par le discours inaugural de Jésus, cette proclamation de bonheur que nous appelons les Béatitudes. Vous le voyez, chacun des évangélistes, à sa manière, nous dit la même chose : nous sommes tous appelés à ce rassemblement autour de Jésus, nous sommes tous appelés à devenir ses disciples, à devenir d'autres christs pour que, à travers nous, le Christ Lui-même se manifeste, le Christ se donne à connaître et conduise tous ceux que nous sommes et tous ceux qui nous entourent vers le Père pour que soit accompli le dessein éternel d'amour que le Père a conçu en nous créant, en créant le monde pour sa gloire, pour notre bonheur qui est la gloire de Dieu, car cela est inséparable : Dieu nous aime et sa gloire, c'est que, par son amour, nous soyons menés à notre propre accomplissement, que l'humanité tout entière, que le temps tout entier, que l'histoire soient accomplis afin que toute chose trouve sa plénitude, que tous les êtres trouvent leur plénitude en ce partage de la Vie de Dieu.

 

 

AMEN

 

 
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