AU FIL DES HOMELIES

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ET SI C'ÉTAIT SON BONHEUR ?

Is 8, 23 – 9,3 ; 1 Co 1, 10-13+17 . Mt 4, 12-23
4ème dimanche de l'Epiphanie - année A (dimanche 27 janvier 2002)
Homélie du Frère Yves HABERT

 

Temps de l'Epiphanie, temps du déploiement, de qui est né dans une crèche, de Celui qui a été adoré par les mages, de Celui qui, les deux pieds dans l'eau reçoit le "confirmatur" du Père : "Celui-ci est mon Fils Bien-Aimé", de Celui qui a commencé par enivrer ses disciples aux noces de Cana dimanche dernier, comme pour leur délier les langues, quand on a un petit verre dans le nez, à ce moment-là on peut parler, on peut répondre, être un convive attentif, pour entendre cet appel pour recevoir cette mission et pour suivre aujourd'hui le Christ, dans ce dimanche de l'appel des disciples.

"Suis-Moi"- "Viens à ma suite, Je te ferai pêcheur d'hommes". C'est très étrange, la voix est la même, c'est toujours le Christ qui appelle, il n'y a que Lui qui peut appeler de cette manière, et ne suivez personne d'autre que Lui. Il n'y a que cette voix-là qu'on peut suivre, sinon on risque de se tromper. Mais, tous, tous dans cette assemblée, nous l'avons entendu d'une certaine manière, avec une certaine teinte, une certaine coloration, un certain timbre de voix, tous nous avons entendu ce : "Viens à ma suite et Je ferai de toi un pêcheur d'hommes" avec un tympan qui a une certaine couleur. Cet appel de Jésus il remonte très loin dans notre histoire, il remonte à nos parents, peut-être à nos grands-parents, combien d'entre nous par exemple ont appris le Notre Père sur les genoux de leur grand-mère ? La mémoire aussi de la catéchiste, la mémoire des chants, qui nous ont façonnés, tout cela a teinté une certaine voix en nous, et quand nous l'entendons, nous pouvons dire : "C'est Lui"! Il y a une sorte de certitude intérieure qui fait que dans notre cœur, on peut dire : "C'est Lui"! On s'arrête, on se recueille, on vient à l'Eucharistie, et en fermant les yeux, en faisant une sorte de "pose-regard", à ce moment-là, on plonge. D'ailleurs, ce qui est vrai à un niveau individuel est vrai aussi au niveau d'une assemblée: tout d'un coup, on entend des chants, et on peut dire : "C'est Lui"! C'est Lui et je peux le suivre. Je peux emboîter le pas de Celui-là.

Mais si la suite de Jésus ne pose pas de problème majeur dans l'Eglise, cela va de soi, au point qu'on s'est tellement habitué à cette voix. Quittez un peu l'Eglise, et vous verrez que suivre Jésus ce n'est pas si évident parce que facilement, on va nous traiter de courtisans, de mercenaires, ou de personnes qui suivent Jésus simplement pour ce qu'il peut rapporter. Alors, on dit : voilà les pauvres, ils suivent Jésus parce qu'ils sont en quelque sorte, "en manque", pour combattre la grippe, ils ont besoin d'une sorte de vitamine, de complément alimentaire comme dans certaines anémies. Et souvent, ces sortes de réflexions qui frisent le soupçon, sur la suite de Jésus, simplement parce que c'est Jésus, sont souvent appuyées par une sorte de condescendance un peu apitoyée où l'on conclut : eux, ils suivent ce Jésus, moi je m'en passe assez bien, j'ai un certain nombre d'explications auxquelles je tiens et qui me suffisent largement, moi j'assume très bien ma vie du haut de mes 1,m 60, et donc, je n'ai aucun besoin de cela. C'est assez étrange qu'ils en aient besoin. On pourrait même lire avec cette grille du soupçon l'évangile d'aujourd'hui : ce sont des pêcheurs, c'est une situation qui est honorable, mais peut-être que le Christ leur a fait miroiter une situation un peu plus brillante. C'est une famille nombreuse, et peut-être que voir partir deux des enfants cela peut alléger le poids de la famille, et Zébédée se dit que ses deux grands garçons qui partent, Jacques et Jean, même s'ils étaient plein d'avenir, fils du tonnerre, sans doute que partir ainsi peut être pour eux une expérience qui fortifie le coeur d'un jeune homme, dans une ONG en quelque sorte, quelque chose qui démarre, quelque chose qui est sûrement très beau. Mais je pense que tout ce soupçon vient d'avoir toujours voulu considérer l'appel de Jésus de notre côté, d'une manière très anthropocentrique, c'est-à-dire de l'avoir considéré dans ce que Jésus peut nous apporter. Sans doute l'a-t-on fait dans un but apologétique, pour dire que suivre Jésus rend heureux. Et c'est vrai ! On comprend que certaines personnes ayant entendu cela et croisant tout à coup la croix, se disent : non, cela ne marche pas. Peut-être faut-il considérer l'appel de Dieu par son côté réel, un appel qui vient vraiment de Dieu, et ne pas le considérer d'abord comme une réponse, comme quelque chose qui est de notre côté.

C'est un appel de Dieu. C'est Jésus qui appelle avec sa voix particulière, et qui dit des choses très simples : "Suis-Moi" - "Viens à ma suite, Je te ferai pêcheur d'hommes". Il ne développe pas beaucoup. C'est difficile de lire entre les lignes, c'est difficile de se caler entre deux versets, même moins, pour comprendre. Mais ce qu'il y a de remarquable dans ce que nous venons d'entendre c'est qu'il ne leur promet pas le bonheur, Il ne leur promet pas une situation plus honorable, Il ne leur promet pas de chasser les romains. Il dit simplement : "Viens à ma suite"! C'est Lui, c'est d'abord Lui, en tant que personne, et cela nous met sur une piste. Et si en fait, cet appel que Jésus lance, c'était son bonheur à Lui qu'il recherchait ? Si en fait, c'était son bonheur de Fils qu'il recherchait ainsi en appelant ? Jésus ne manque de rien, c'est trop évident, Il n'a pas besoin de ses disciples. Pourtant, Il les appelle. Pourtant, Il les nomme. Pourtant, Il vient les chercher. Mais si c'était vraiment son bonheur à Lui ?

Plusieurs d'entre vous étaient à cette conférence de Monsieur Jean Bastaire sur l'écologie chrétienne, et Jean Bastaire a traversé dans sa vie un moment extrêmement dur, selon ses propres mots, il a presque "touché le fond", et il a écrit un petit livre qui s'appelle "Passage par l'abîme" qui est un livre-guérison, ou un livre-action de grâces, ou un livre qui est par-delà le rideau des larmes et de la croix, qui est un livre de résurrection, dans ce tout petit livre, il dit ceci : "J'ai besoin de toi pour être heureux, car le bonheur que je te donne, m'illumine". A travers cette expérience de la croix, tout d'un coup, on a eu besoin de Lui et on lui a donné du bonheur, et ce bonheur l'a illuminé en illuminant celui qui donnait le bonheur. Tour d'un coup, à travers cette phase, il a compris que Dieu avait besoin de lui pour se procurer du bonheur, lui qui s'était enfermé dans quelque chose qui touchait vraiment de l'ordre du malheur, tout à coup, il comprend ce bonheur-là.

Il ne faut jamais se lasser de regarder la Trinité. Il ne faut jamais se lasser de contempler ce mystère parce que je crois que c'est la clé, même de l'appel des disciples. Les trois personnes de la Trinité ne manquent de rien, c'est trop évident, pourtant, elles sont sans cesse à se recevoir, à se donner l'une à l'autre. Sans cesse elles donnent tout, elles se reçoivent, sans cesse elles peuvent dire : j'ai besoin de toi pour être heureux, sans cesse le Père dit cela à son Fils, sans cesse l'Esprit dit cela au Père, et le Fils dit cela au Père et à l'Esprit : j'ai besoin de toi pour être heureux, car le bonheur que je te donne m'illumine ! Le mystère de la Trinité, c'est le mystère d'un bonheur qui est le plus partagé de tout ce qu'on peut imaginer. Et à travers l'appel des disciples, en nous coulant dans cette réponse du Fils, nous pouvons donner du bonheur au Père, en acceptant de répondre à l'appel du Fils, nous sommes comme plongés dans ces abîme trinitaire.

En répondant à l'appel du Fils, on comprend bien que ce n'est plus : la suite de Jésus te donnera du bonheur et recherche-le simplement pour ce qu'Il peut t'apporter, mais au contraire, déjà tu vis de ce dialogue des trois personnes, déjà tu es immergé dans ce dialogue trinitaire. On reconnaît la voix, on reconnaît cette voix qui nous a conduit, on la reconnaît avec la mémoire du coeur, on reconnaît que c'est lui, que c'est la voix du Fils, on répond joyeux, au Père, avec cette sorte de certitude intérieure que c'est pour le bonheur qu'il nous entraîne, et on répond joyeux : je crois, je suis sûr d'apporter du bonheur à Dieu.

 

 

AMEN

 

 
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