AU FIL DES HOMELIES

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L'ÉGLISE SERAIT-ELLE GALILÉENNE

Is 8, 23 – 9,3 ; 1 Co 1, 10-13+17 . Mt 4, 12-23
4ème dimanche de l'Epiphanie - année A (dimanche 23 janvier 2011)
Homélie du Frère Christophe LEBLANC


Plaine de Galilée

 

"Ayant appris que Jean avait été livré, Jésus se retira en Galilée". Jean est cette figure extrêmement puissante qui est livrée à notre méditation pour le temps de l'Avent, c'est un homme de l'excès,c'est un homme du Temple de Jérusalem. C'est dans le Temple qu'il a été annoncé à son père qu'un fils lui naîtrait, Jean. Et puis, c'est un prophète d'Israël, c'est un homme qui est tourné vers la conversion, c'est un homme qui ne mâche pas ses mots vis-à-vis du pouvoir politique, d'ailleurs, il va en perdre la tête. Et c'est un homme surtout qui laisse venir à lui les foules. Ce n'est pas lui qui va vers les foules, c'est son magnétisme et sa puissance qui exercent une telle attirance sur les gens, et pas n'importe lesquels, les Sadducéens et les Pharisiens donc des gens qui sont déjà au départ plutôt convaincus, et ce sont ces gens qui vont le voir dans le désert. C'est pour eux en premier lieu qu'il y a cette parole : "Repentez-vous".

Et avec cet évangile, il nous est demandé de tourner la page. Oh ! nous garderons toujours dans notre cœur bien sûr, le visage de Jean le Baptiste, déjà pour la bonne raison que c'est sous son patronage que nous vivons chaque jour dans cette église, il est toujours devant nous sur ce vitrail. Mais il nous est quand même demandé de laisser maintenant de côté Jean le Baptiste, pour aller vers autre chose, pour quelqu'un d'autre qui lui, se montre totalement différent de Jean-Baptiste.

Alors que Jean le Baptiste est un homme du Temple, est un homme qui est d'abord tourné vers les Sadducéens et les Pharisiens, Jésus lui, n'est pas un Judéen, il n'est pas de cette région de Jérusalem, il est de Galilée. Il est issu de ce territoire du Nord qui a vécu depuis des siècles tout un brassage de populations, de religions et de cultures. Jésus n'est pas cet homme qui attend que les autres hommes viennent le voir dans le désert pour lui demander : que devons-nous faire ? nous sommes soldats, que devons-nous faire ? nous exerçons tel métier, que devons-nous faire ? Non, c'est Jésus qui va au-devant des hommes, avant même qu'ils se tournent vers lui, déjà, Jésus est là.

Nous n'imaginons pas l'effet que produit l'évangile que nous avons entendu sur un homme de culture juive de la fin du premier siècle de notre ère. Nous avons entendu cet oracle d'Isaïe, peut-être que pour certains d'entre vous, cela vient comme un cheveu sur la soupe, on parle de Zabulon, de Nephtali, de la route de la mer, du pays de Transjordane, Galilée des nations. Galilée cela va déjà un peu mieux, c'est Nazareth, c'est l'ange qui apparaît à Marie, etc … mais je pense que pour beaucoup d'entre vous, cet oracle reste un peu mystérieux. Or, si Matthieu l'a placé à cet endroit, c'est qu'il a une signification extrêmement importante.

C'est la raison pour laquelle nous avons entendu en première lecture le texte provenant du témoignage d'Isaïe. Que s'est-il passé dans les années 735 à 721 ? L'Assyrie s'est déversée sur la région et a pris d'assaut le Royaume du nord, Israël. En 721, Samarie tombe et toute cette région, Nephtali, Zabulon, la Transjordane, la route de la mer, tout ce territoire passe à l'Assyrie. Jérusalem se trouve encore plus diminuée même si en fait le roi a signé des accords avec le roi d'Assyrie pour s'en sortir le mieux possible, Jérusalem sait bien que ce n'est pas demain que l'on va procéder à l'unification des deux royaumes. C'est à ce moment qu'Isaïe, le prophète du sud, parlant à des gens du sud, leur dit : oui, le royaume du nord est tombé, le royaume du nord n'existe plus, et pourtant, une lumière, un jour va jaillir et va venir illuminer les ténèbres qui se sont emparées de ce territoire. Et Isaïe continue avec une formule très précise qui renvoie au sacre du roi : "Le peuple qui demeurait dans les ténèbres a vu se lever une grande lumière sur ceux qui demeuraient dans la région sombre de la mort". Autrement dit, dans un langage plus clair, il y a maintenant un roi qui va pouvoir exercer sa royauté. Isaïe annonce ainsi que prochainement, un nouveau roi va se lever et procèdera à l'unification des deux royaumes. Voilà ce qu'il y a derrière cet extrait du prophète Isaïe, qui est au seuil de la prédication de Jésus. C'est cela qui résonne dans la tête des juifs de la fin du premier siècle de notre ère. C'est encore pire parce que Jérusalem est tombée.

Vous voyez frères et sœurs que ce Jésus après avoir été adoubé par l'homme du Temple, Jean-Baptiste le Judéen de service, Jésus cependant ne va pas à Jérusalem. Il ne s'occupe pas de la ville de Jérusalem, il ne s'occupe pas du Temple, il file tout droit dans le nord et il va aux extrêmes limites de ce royaume d'Israël qui n'existe plus. Il ne s'intéresse pas à la capitale, il ne s'intéresse pas à tout ce qui peut se passer entre les Pharisiens et les Sadducéens. Ce qui l'intéresse c'est la frange, l'extrême limite de ce lieu dans lequel on trouve tout et n'importe quoi, à la fois des juifs pratiquants, des juifs non pratiquants, des païens absolument païens au dernier degré, des païens qui sont un petit peu intéressés par cette religion juive, etc … Le choix des apôtres repose sur ce que veut faire Jésus. Son lieu de prédilection d'évangélisation est ce territoire bigarré, et il va prendre des gens qui sont du cru, et il n'arrive pas avec une équipe de Judéens. Il part sur les routes de Galilée avec des Galiléens.

Evidemment, tout cela nous amène à quelque chose d'important pour notre société actuelle. D'abord, et c'est un peu mon cheval de bataille, en forçant un peu le trait, nous pourrions imaginer que Jean-Baptiste et Jésus nous proposent une pastorale pas à deux vitesses, mais de deux manières différentes. Jean-Baptiste est cette personne, ce magnétiseur qui amènerait dans une paroisse une foule de gens qui vont dans une paroisse parce qu'ils ont déjà été un peu touchés au cœur au moins par une question existentielle. Ils ne savent peut-être pas encore jusqu'où cela va les mener, mais au moins, ils font cet effort de venir dans le lieu paroissial pour écouter une parole : "Repentez-vous". Et quand Jean-Baptiste dit : "Repentez-vous", il parle à des gens qui sont déjà au moins un peu sur le chemin de la repentance, en tout cas, qui cherchent.

Jésus, lui, propose une autre pastorale, non pas que la première soit mauvaise. Il veut dire que si nous voulons que les deux royaumes du sud et du nord soient unifiés, c'est-à-dire que si nous voulons que notre vie chrétienne au sein de nos paroisses soit unifiée avec le monde qui nous entoure, nous avons à passer à autre chose. Et c'est cela que Jésus a fait. Il n'a pas filé directement à Jérusalem et pourtant, c'était beaucoup plus proche de Jéricho, mais il s'est rendu vers le nord, il est allé vers ceux qui ne l'attendaient pas. Et il y est allé sous les traits d'un roi unificateur dont l'office n'était pas de dire aux Galiléens qu'il allait leur révéler tout ce qu'ils ne savaient pas, comme on pourrait imaginer que le royaume du sud Jérusalem expliquerait à la Samarie et à la Galilée ce qu'ils devraient faire. Ou encore ce que nous pourrions avoir tendance à faire en tant que chrétiens catholiques au sein d'une paroisse : nous allons vous expliquer à vous qui êtes des païens ce que vous avez à faire !

Non, Jésus part d'abord comme un roi, c'est-à-dire un serviteur, avant tout pour rencontrer un peuple, avant tout pour prendre plaisir à rencontrer les gens, pour manger et boire avec eux, pour discuter, et comme le dit aussi le texte, pour guérir, pour sauver et s'occuper avant tout des choses les plus essentielles de la vie. C'est à partir de là que Jésus commence à constituer son royaume céleste. C'est avec ces Galiléens que Jésus un jour, reviendra, mais d'une autre manière et transformera. Autrement dit cette réunification du royaume du sud et du royaume du nord ne se sera pas faite sous le pouvoir écrasant du roi, mais se sera réalisée dans la joie des enfants et de toute cette foule qui suit Jésus, assis sur un âne, dans son entrée triomphale à Jérusalem. C'est cela l'unification que Jésus veut en tant que roi de la terre, roi de l'univers.

L'Église est catholique. C'est un mot très compliqué pour nos contemporains. Catholique veut dire, déjà quand on le sait, ce qui n'est pas luthérien, qui n'est pas orthodoxe, qui n'est pas évangéliste, qui n'est pas protestant. Or, catholique c'est l'universalité. En fait, l'Église, elle est Galiléenne, peut-être que c'est plus simple que catholique. Elle est Galiléenne, c'est-à-dire qu'elle a avant tout en tant que servante, à se tourner vers les limites, et même les extrêmes limites de son royaume avant même de vouloir se tourner vers son centre et de s'occuper de ses petites affaires. C'est ce que le Christ a fait quand il est parti au fin fond de la Galilée pour rencontrer tous ces gens.

Frères et sœurs, je crois qu'à travers l'évangile que nous avons entendu, nous sommes peut-être moins invités à méditer sur l'appel des disciples, est-ce que je suis appelé à être prêtre ou non, à être diacre permanent ou non, à faire de la catéchèse. Le problème n'est pas avant tout un problème de personne à personne mais le problème est de savoir comment nous voulons nous situer dans ce ministère de royauté qui est le nôtre à travers notre baptême. Est-ce que simplement, nous allons voir Jean-Baptiste parce que nous sommes tourneboulés par sa question : "Repentez-vous"? ou est-ce que nous acceptons d'aller plus loin, venant pour cela et c'est très légitime ? est-ce que nous acceptons d'aller plus loin, non plus avec Jean-Baptiste, mais avec le Christ et à ce moment-là d'aller avec lui sur ces routes de la Galilée pour rencontrer des gens qui ne savent rien de la Bible, de l'évangile et de l'Église ?

Je disais tout à l'heure que dans la ville d'Aix, il y a beaucoup de collèges et de lycées et malheureusement, il faut reconnaître qu'actuellement, il n'y a plus beaucoup de petits sadducéens et de petits pharisiens, collégiens ou lycéens qui font l'effort de venir en paroisse pour vivre une vie chrétienne en paroisse. Or, les jeunes et les moins jeunes sont là. On peut aussi parler des adultes et de tous ceux qui sont dans la vie professionnelle. C'est là peut-être que nous péchons et que nous ne prenons pas notre bâton de pèlerin pour partir à la découverte de cette Galilée qui n'est pas simplement de l'autre côté de la Méditerranée au nord de Jérusalem et de Samarie, mais qui est au cœur même de la ville d'Aix-en-Provence, si nous savons y prêter attention.

 

 

AMEN

 

 
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