AU FIL DES HOMELIES

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VOCATION A LA SAINTETÉ ET VOCATION AU MINISTÈRE

Jon 3, 1-5+10 ; 1 Co 7, 29-31 ; Mc 1, 14-20
4ème dimanche de l'Epiphanie - année B (dimanche 29 janvier 2012)
Homélie du Frère Jean-Philippe REVEL


Viens et suis-moi !
Frères et sœurs, "Jésus dit à Pierre et André : laissez-là vos filets et je ferai de vous des pêcheurs d'hommes. Et laissant leur père et la barque, ils le suivirent". C'est donc le récit de la vocation de Pierre et d'André qui nous est proposé aujourd'hui dans le prolongement de cette fête de l'Épiphanie qui est celle de la manifestation du Christ et que nous avons vu se manifester dimanche dernier à ses disciples aux Noces de Cana.

Si nous relisons non pas seulement ce passage de l'évangile de Marc, mais les passages parallèles nous verrons que saint Jean nous donne une version très différente de la vocation d'André et de Pierre. Selon saint Jean, André était disciple de Jean-Baptiste et voyant passer Jésus, Jean-Baptiste dit : "Voici l'Agneau de Dieu"(Jn 1, 36). Alors, André et le disciple anonyme qui l'accompagnait suivent Jésus sur le chemin. Jésus leur dit alors : "Que voulez-vous ? – Seigneur, où habites-tu ? – Venez et voyez. Ils allèrent avec lui, ils virent où il habitait et ils demeurèrent avec lui ce soir-là, c'était la dixième heure" (c'est-à-dire quatre heures de l'après-midi) (Jn 1,38-39)). Voilà donc un récit de la vocation d'André dans lequel ce n'est pas Jésus qui prend l'initiative mais c'est André lui-même qui se met en marche à la suite de Jésus, c'est André qui va lui demander où il habite, c'est André qui va passer la soirée et la nuit avec lui.

Nous avons deux récits assez différents et ceci nous induit à comprendre peut-être qu'il y a plusieurs sortes de vocations. Je crois que dans l'Église où nous souffrons du manque de vocations, nous avons tendance quelquefois à confondre ces deux sortes de vocations.

Il y a la vocation intérieure, ressentie dans le cœur où Dieu nous parle cœur à cœur. C'est la vocation de tous les chrétiens, de tous les baptisés, de tous les hommes appelés à devenir chrétiens ; c'est la vocation à la sainteté, la vocation à la consécration de notre vie intérieure à la présence de Jésus en nous. C'est cela qui se passe quand André demande à Jésus: "Où demeures-tu ? et il demeura avec lui ce jour-là". En effet, il n'y a pas d'appel à proprement parler s'adressant à André, et il n'y a pas non plus d'envoi en mission, Jésus ne dit pas à André : tu vas prêcher, tu vas me suivre. Il vit avec lui une soirée d'amour et de tendresse. Il y a donc une vocation à la sainteté, c'est-à-dire à la relation intime et personnelle avec Dieu, et à cette vocation, nous sommes tous appelés, quel que soit notre mode de vie, que nous soyons mariés ou célibataires, peu importe, nous sommes tous appelés à entrer en communion profonde avec le Christ.

Et puis il y a l'autre vocation, celle au bord de la mer, quand Jésus s'approchant, voit Pierre et André qui jettent leur filet dans la mer, et il leur dit : "Suivez-moi, je ferai de vous des pêcheurs d'hommes" (Marc 1, 16-18). Là, l'initiative vient de Jésus. C'est une parole qui appelle. Ce n'est pas une proposition qui jaillit de la présence du Christ déjà dans le cœur d'André, c'est une parole. Et cette parole appelle Pierre et André non pas immédiatement à la sainteté, mais à la prédication du Royaume : devenir pêcheurs d'hommes, annoncer à tous les hommes que le royaume de Dieu est proche. C'est la vocation des ministres du salut qui au nom de Jésus parlent à la foule pour lui annoncer la venue du Royaume.

On a quelquefois un peu trop facilement confondu cette vocation au ministère sacerdotal, la vocation de prêtre, de diacre, qui est une vocation de service des frères, de service de la communauté, par l'annonce de la Parole, on a un peu trop confondu cette vocation-là avec la vocation universelle du fond du cœur pour la sainteté. Que se passe-t-il aujourd'hui ? Quand un jeune homme sent en lui l'appel à la sainteté, il demande à entrer au séminaire où il sera préparé à l'annonce de la Parole, mais d'abord à une vocation où les valeurs de sainteté sont primordiales.

Il est certain qu'il est opportun que les prêtres, les diacres soient saints eux aussi, qu'ils manifestent dans leur vie le Royaume qu'ils annoncent, mais là n'est pas le critère premier. On a un peu trop tendance à croire que lorsqu'un jeune est suffisamment saint il pourra faire un bon prêtre, alors que les questions adéquates ne sont pas exactement celles-là. Etre prêtre, c'est être capable d'annoncer, être capable de dire la venue du Royaume, être capable d'aider ses frères à entrer dans cette logique du Royaume, ce n'est pas d'abord d'être soi-même célibataire et saint. Il y a là une confusion entre vocation baptismale et vocation ministérielle qui s'est faite à l'époque du pape Grégoire VII, et qui continue encore de nos jours ; il faut reconnaître qu'à l'époque de ce pape, le clergé n'était pas d'une remarquable sainteté, il fallait certainement une réforme, mais cette réforme a confondu dans la vocation ministérielle ce qui relève de la vocation à la sainteté.

Quand nous prions pour les vocations, il faut prier à la fois pour qu'il y ait des chrétiens qui soient saints, des chrétiens baptisés, mariés ou célibataires, qui soient saints et qui consacrent leur vie à la présence de Dieu en eux. Et puis qu'il y ait aussi des vocations au ministère, à la prédication, à l'annonce du Royaume, à la conversion des hommes.

Que Dieu nous aide à discerner ce qu'il demande à chacun d'entre nous, dans notre vocation à la sainteté et à voir sa présence au milieu de notre vie et qu'il aide aussi en particulier ceux qui sont responsables des vocations, à discerner la capacité de tel ou tel à entrer au service de Dieu pour annoncer le Royaume et convertir le peuple des chrétiens.

 

AMEN

 
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