AU FIL DES HOMELIES

INVITES A LA JOIE DES NOCES

Is 62, 1-5 ; Ap 19, 5-9a ; Jn 2, 1-11
Noces de Cana - année A (dimanche 22 janvier 2017)
Homélie du frère Daniel Bourgeois

Frères et sœurs, vous me permettrez de commencer cette méditation sur l’évangile de Cana par une recommandation très importante, particulièrement pour les fiancé(e)s.
Sachez que dans un mariage, il y a toujours des imprévus, des oublis, des impairs ; on fait toujours des "boulettes". (Il ne peut en être autrement. Il y a tellement de choses à contrôler que même si vous avez votre site web "Mariage de Louise et Jean", vous n’y arriverez pas.) Généralement les "boulettes" sont dans les invitations parce qu’on oublie toujours l’un ou l’autre, ou l’une et l’autre. Quand vous oubliez simplement un vieux copain de promotion avec qui vous avez fait les pires coups pendant très longtemps, il ne se vexera pas. Il suffira de l’inviter après pour lui dire : « Nous étions tellement préoccupés. Maintenant on va passer une bonne soirée et ouvrir une bonne bouteille ». Mais quand c’est la grand-tante ou l’arrière-grand tante qui est un chameau chargé d’or et qui a un héritage dont elle ne sait pas quoi faire car elle n’a pas d’enfant, là, c’est beaucoup plus difficile à réparer et de remettre les pendules à l’heure. Vous allez être obligés de vous confondre en excuses en disant : « Écoutez, tante Mélanie… ce n’est pas de mauvaise volonté… » Et on ne sait pas quoi dire.
Ainsi, l’un des aspects les plus importants des noces est l’invitation. C’est ce qui permet de comprendre l’évangile que nous venons d’entendre. Le maître mot est l’invitation. En effet, vous avez remarqué comment ça commence : « Il y eut des noces à Cana ». Cana est un petit village encore viticole aujourd’hui qui bénéficie de la réputation du miracle mais dont le vin n’est plus miraculeux. C’est un petit village délicieux sur les coteaux de la Galilée du nord à dix kilomètres de Nazareth. C’est tout près. A mon avis le texte dit deux choses. « Marie y était ». Marie était à la noce. Et après on dit : « Jésus et ses disciples étaient invités ». Pourquoi Marie y était-elle ? J’ai une hypothèse. Ça devait être le fils d’une de ses copines. Une noce au Moyen-Orient, j’aime autant vous dire que ce que vous, les fiancés, allez faire, ce n’est rien à côté. C’est deux cents personnes au minimum. Donc Marie a dû dire : « Il faut que j’aille les aider ». Elle devait un peu regretter de ne pas avoir marié le sien (même si on n’en sait rien). Au moins elle aide son amie à marier son fils de façon flambante et joyeuse. Elle y était un peu au titre du service. C’est pour cela d’ailleurs que dans la suite du récit, elle est toujours en train d’aller fourrer son nez dans les cuisines parce qu’elle veut savoir ce qui s’y passe. C’est elle qui s’aperçoit qu’il n’y a plus de vin. Elle a un rôle de service, comme elle l’a dit quand elle a accepté d’être la mère de Jésus (« Je suis la servante du Seigneur »),.
Mais Jésus et ses disciples, eux, étaient invités. C’est autre chose. Parce que si la maman y était, elle représentait toute la famille. Pour inviter, vous êtes obligés de faire de savants calculs pour savoir si on invite la tante « X » et si on invite aussi l’oncle « Y ». Cela est très compliqué. Marie y était donc d’office mais Jésus était invité avec ses disciples. Je ne sais pas si vous allez faire des coups pareils car Jésus invité, ça passe encore, mais avec les disciples, ça fait douze de plus. C’est quand même un coup dur ! Si vous êtes obligés d’inviter tous vos copains et copines de classe pour vos noces, vous ne vous en sortez plus. Tout le monde va crier grâce. Mais Jésus était invité.
Je pense que l’origine de ce miracle se trouve là. L’origine de ce miracle, c’est Jésus invité à un mariage, et c’était peut-être l’une des premières fois. Peut-être que les autres personnes, les autres amis de Nazareth, de Cana et de tout le coin, peut-être pensaient-ils que Jésus était beaucoup trop sérieux, avec ses grands discours, pour l’inviter à une noce. C’est comme quand on se demande s’il faut inviter le curé… Là, les jeunes mariés décident d’inviter Jésus. Et Jésus répond qu’Il en a douze avec lui. Peu importe, ils sont tous invités.
Ce geste de gratuité extraordinaire est merveilleux. Au Moyen-Orient on peut se le permettre car c’est "à la bonne franquette". Tout le village est là pour la noce. Mais ce geste merveilleux, très simple, a dû toucher Jésus au cœur. C’est à partir du moment où Il a réalisé la générosité, la délicatesse et la simplicité de ces jeunes mariés qu’Il a été ému jusqu’au fond du cœur. Je pense que ce moment a dû être un des plus émus de la vie de Jésus. Au début de son ministère, Il voit que cela ne va pas être facile. Là, il y a des gens, des jeunes mariés, peut-être d’anciens amis qui lui disent : « Tu ne nous a pas appelés, tant mieux, on va se faire une petite famille tranquille, mais on t’invite et on te fait partager le bonheur que nous avons de nous marier ».
Jésus trouve cela sublime, tellement sublime qu’Il ne s’aperçoit pas qu’on manque de vin. C’est sa mère, qui est dans les cuisines, qui le voit, et qui va donc dire à Jésus : « Ils n’ont plus de vin ». Vous avez remarqué la réaction de Jésus. « Que me veux-tu ? Tu ne crois pas que je suis capable de répondre généreusement à leur invitation ? Tu crois qu’à moi qui ai trente ans, qui ai commencé ma vie publique, tu vas encore donner des conseils ? » Jésus fait comprendre à sa mère que, s’Il a été invité gratuitement et s’Il a été touché au fond du cœur, il faut qu’Il fasse un geste qui touche les mariés au fond du cœur. Mais ce n’est pas un geste qui va s’imposer car précisément personne ne saura d’où vient le vin. Cela n’empêche pas que ce vin sera celui qui réjouira le plus le cœur des convives. La problématique de cet évangile est donc le fait que Jésus, Fils de Dieu, qui vient nous sauver, le Sauveur de tous les hommes, est ébloui par la gentillesse de ce couple qui l’a invité.
Que faut-il en tirer ? N’espérez quand même pas trop qu’il vous tombe trois cents litres de bordeaux livrés la veille de votre mariage. Il vaut mieux prévoir à l’avance pour ne manquer de rien. Que faut-il faire ? Inviter Dieu. Votre mariage, vivez-le comme une invitation que vous adressez à Dieu. Dites à Dieu : « Nous sommes heureux comme ça. Nous t’invitons à partager notre bonheur ». Cela change complètement notre rapport à Dieu. La plupart du temps, nous sommes devant Dieu en train de faire des réclamations parce que ceci ne va pas, parce qu’il n’y a pas la paix dans le monde... On peut toujours se plaindre. Les églises sont des bureaux des plaintes. Certes, mais il n’y a pas que ça. Les églises sont peut-être aussi les lieux de rencontres du bonheur. Vous dites à Dieu : « Ce bonheur que nous commençons à découvrir, à vivre, à fonder, à sceller dans notre propre chair, dans notre tendresse, dans notre amour, notre affection, notre projet de vie commune, nous en sommes tellement heureux que nous t’y invitons, tu as ta place ».
Vous savez ce que veut dire "inviter" ? Ce n’est pas seulement calculer pour inviter au restaurant afin de n’avoir rien à préparer. Non. Inviter, c’est accueillir chez soi. Telle est la grandeur du mariage. C’est quand un couple dit : « Si Dieu nous a donné ce cadeau, s’Il nous fait la joie de nous aimer, il faut au moins l’inviter ».
Alors, ne l’oubliez pas dans la liste de vos faire-part. Bien sûr ce ne sera pas un faire-part que vous enverrez avec ce magnifique papier cartonné orné de lettres gothiques. Faites de votre cœur un faire-part pour Dieu, et vous l’enverrez par l’amour de celui ou celle que vous aimez. Soyez le faire-part de celui ou celle qui vous aime. Que chacun puisse dire à Dieu : « Écoute mon faire-part. Pour moi, mon faire-part, c’est mon fiancé ». Et lui, « Mon faire-part pour moi, c’est ma fiancée ».
Je vous le promets au nom de l’Eglise, Dieu sera tellement heureux de recevoir ce faire-part qu’Il vous donnera beaucoup plus que le vin de Cana. Il vous donnera un vin extraordinaire, le vin de sa joie, de son bonheur et de son salut. C’est tout ce que nous  vous souhaitons.

 
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