AU FIL DES HOMELIES

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MARIE AU COMMENCEMENT DES ŒUVRES DE DIEU

Is 62, 1-5 ; Ap 19, 5-9a ; Jn 2, 1-11
Noces de Cana - année B (dimanche 17 janvier 1988)
Homélie du Frère Jean-Philippe REVEL

La fête des Noces de Cana est avant tout la célébration de la manifestation de Jésus au tout début de sa vie publique, manifestation de Jésus à ses premiers disciples par ce miracle hau­tement significatif et symbolique par lequel Jésus change l'eau en vin. Ce miracle, comme nous venons de l'entendre, est révélation de sa gloire Jésus se ma­nifeste comme l'Epoux, Il est l'Époux de l'Église, cette Église qui est en train de naître et dont ses premiers disciples sont en quelque sorte comme les prémices.

Je voudrais pourtant aujourd'hui méditer avec vous quelques instants, non pas sur cette signification fondamentale, essentielle de ce miracle, mais sur un point plus particulier qui est celui du rôle que joue, dans cet évènement, la vierge Marie. C'est en effet une des pages relativement peu nombreuses de l'évangile où Marie se trouve expressément nommée, une des rares pages où elle prend la parole, où elle joue un rôle tout à fait essentiel. A vrai dire ce propos n'est pas très original, car beaucoup de commenta­teurs déjà se sont attachés à cette présence de Marie et à son rôle aux noces de Cana. Et d'ordinaire on insiste surtout sur le rôle médiateur de la Vierge qui en quel­que sorte sert d'intermédiaire entre d'une part ces hommes et leurs besoins, qu'il s'agisse du fiancé qui n'a pas su prévoir le vin en quantité suffisante, des invités qui se trouvent privés de vin ou des serviteurs qui sont dans l'embarras, et d'autre part Jésus qui va répondre à ces besoins par le premier miracle de sa vie publique.

Bien entendu c'est là le centre même de ce rôle de Marie dans ce miracle. Mais je voudrais es­sayer d'aller un petit peu plus loin et de serrer davan­tage ce qu'a de tout à fait spécifique, unique, cette présence de Marie en ce jour de Cana. En effet c'est au moment où naît l'Église, c'est au moment de ce commencement de l'évangile que Marie est ainsi ex­pressément nommée et qu'elle joue un rôle tout à fait décisif. Marie nous apparaît dans cette page comme la vierge des commencements. C'est elle en effet qui, à deux reprises, va prendre en quelque sorte l'initiative. C'est elle qui dit à Jésus. "Ils n'ont plus de vin". C'est elle qui dit aux serviteurs : "Faites tout ce qu'Il vous dira". De part et d'autre c'est donc elle qui attire l'at­tention de Jésus sur ce qui se passe et qui oriente les serviteurs vers son Fils. Marie a donc ici l'initiative dans ce qui sera le premier miracle de Jésus. D'une certaine manière, on peut dire que tous les miracles que Jésus accomplira commencent en ce jour des No­ces de Cana où pour la première fois, sortant de sa réserve, sortant de trente années de vie cachée et si­lencieuse, Jésus va révéler ce pouvoir divin qui est en lui de transformer, de renouveler, de revivifier toute chose. Car c'est bien de cela qu'il s'agit, non pas un pouvoir merveilleux pour faire des choses extraordi­naires, pour attirer l'attention, mais, saint Jean nous le dit, il s'agit d'un signe donc d'un geste signifiant, ré­vélateur, et ce que ce geste signifie et révèle, c'est que Jésus vient renouveler de l'intérieur toute chose, non seulement le cœur des hommes, mais même la nature inanimée, cette eau à laquelle Il donne la saveur d'un vin nouveau. Marie se trouve donc étroitement asso­ciée au commencement des miracles de Jésus et par là même au commencement de sa vie publique, car c'est tout à la fois lors de son baptême et aux noces de Cana que Jésus entre dans sa vie publique, les deux évènements étant d'ailleurs, saint Jean le précise, extrêmement proches l'un de l'autre, à huit jours près. C'est donc le commencement de la vie publique, ce qui fait que Marie nous apparaît ici avec un rôle sy­métrique et parallèle de celui de Jean-Baptiste. Comme Jean-Baptiste, au moment du baptême du Christ, désigne Jésus en disant : "Voici l'Agneau de Dieu, voici Celui qui porte le péché du monde", ainsi Marie dit aux serviteurs : "Faites tout ce qu'Il vous dira". Dans un cas comme dans l'autre il y a là une initiative humaine, inspirée par la grâce de Dieu, et qui nous montre à quel point la grâce de Dieu se sert des cœurs et des gestes humains pour manifester sa présence et introduire un évènement nouveau. C'est par Marie que commence la vie publique du Christ, c'est à l'initiative de Marie que Jésus va pour la pre­mière fois manifester sa gloire, manifester sa présence divine, cette lumière qui remplit son cœur.

"Et ses disciples crurent en Lui". Marie appa­raît encore comme celle qui conduit les disciples à Jésus. De même que Jean-Baptiste avait orienté ses disciples vers le Christ, de la même manière Marie invite avec elle Jésus et les disciples à cette noce. Vous avez remarqué qu'il nous est dit expressément au début de cette page : "Il y eut des noces à Cana de Galilée et la mère de Jésus y était". Marie est pré­sentée la première, "et Jésus aussi fut invité ainsi que ses disciples". C'est donc Marie d'abord qui était in­vitée à la noce, et Jésus y était venu en quelque sorte en tant que le fils de Marie, et les disciples suivaient Jésus. Et Marie en suscitant le miracle qui va faire naître la foi dans le cœur des disciples, conduit d'une certaine manière les disciples à Jésus, à la foi en Jé­sus, elle les conduit à voir la gloire de Jésus et donc à croire en Lui. Le rôle de Marie à ces noces de Cana est très proche de celui qu'elle jouera à un autre com­mencement, au moment de la Pentecôte, quand elle se trouvera dans la chambre haute avec les disciples autour d'elle dans l'attente de l'Esprit Saint.

Ici et là, aux noces de Cana et à la Pentecôte, ce à quoi Marie préside, c'est à la naissance de l'Église, l'Église qui s'ébauche dans ces quelques dis­ciples qui voient la gloire du Christ et qui commen­cent à croire en Lui, l'Église qui naît pleinement quand l'Esprit saint vient l'emporter dans sa flamme et sa force. Marie à la naissance de l'Église, Marie donnant son Fils à l'Église comme Époux. Car c'est bien de cela qu'il s'agit aux noces de Cana, comme plus tard au pied de la croix : Jésus épouse l'humanité, épouse cette race humaine, cette Église qu'Il vient sauver avec la même tendresse qu'un époux pour son épouse. Et si Marie préside ainsi à ces noces du Christ avec l'humanité sauvée, avec l'Église, c'est parce que le mystère le plus profond de ces noces, c'est dans son sein à elle qu'il s'est accompli. Car la signification radicale, première des épousailles du Christ avec l'humanité, c'est quand, dans le sein de Marie, le Verbe de Dieu a épousé la nature humaine, a épousé cette chair d'homme que Marie lui a donnée. Et c'est bien là que le mystère a commencé de s'accomplir, et ces noces du Christ avec l'Église à Cana, à la croix, à la Pentecôte ne sont que l'épanouissement, la manifestation, le déploiement de ce mystère qui est né au cœur, au sein de la vierge Marie. Marie, Mère du Christ, Mère des épousailles du Christ avec l'hu­manité, Marie, Mère de l'Église en tant qu'elle est donnée au Christ comme son Epouse.

Je viens d'évoquer la croix, et les noces de Cana sont toutes entières tournées vers la croix. Jésus ne dit-Il pas à Marie : "Mon Heure n'est pas encore venue", faisant ainsi référence à cette fleure dont Jean nous dit au début du récit de la dernière cène : "Jésus sachant que son Heure était venue de passer de ce monde à son Père, comme Il avait aimé les siens, Il les aima jusqu'au bout", et dont le même saint Jean nous dit encore, quand Marie se trouve au pied de la Croix et que Jésus Lui donne Jean, et nous à travers Jean, pour fils et qu'Il dit à Jean : "voici ta Mère" , Jean conclut: "à cette Heure-là il la prit chez lui". C'est donc l'Heure de Jésus qui est l'Heure de la Croix, l'Heure de sa passion, l'Heure de sa mort, l'Heure de la rédemption du monde. En introduisant Jésus à ce premier miracle des noces de Cana, Marie, comme Jésus, se réfère à cette Heure ultime, et en quelque sorte elle introduit Jésus à cette Heure, car en transformant l'eau en vin Jésus prend l'initiative de ce qui Le conduira jusqu'au jour où l'eau et le sang cou­leront de son côté transpercé sur la croix. Cette Heure commence véritablement au jour de Cana, et c'est Marie qui prend l'initiative de ce chemin de croix qui conduira Jésus à travers toute sa vie jusqu'à l'Heure de sa Passion.

Or cette heure inaugurée à Cana par le chan­gement d'eau en vin s'accomplira à la dernière Cène, au moment où Jésus va entrer dans sa Passion, par le changement du vin en son Sang, par cette eucharistie que Cana préfigure et qui en accomplit le sens pro­fond. Et Marie, en demandant à Jésus ce premier mi­racle, est celle qui introduit l'eucharistie dans la vie de l'Église. C'est elle qui met en route ce processus qui aboutira, le Jeudi Saint, à l'institution du sacrement de la présence réelle du corps et du sang de son Fils, du sang qui de ses veines est passé dans les veines de son Fils, ce corps et ce sang sacrés qu'Il nous donnera en nourriture et en boisson.

Marie au commencement des miracles de Jé­sus, Marie au commencement de la naissance de l'Église, Marie à l'origine de la vie publique du Christ, Marie introduisant les disciples auprès de son Fils et de sa gloire, Marie préludant à la Passion, à l'Heure où le Christ se donnera, Marie prenant l'initiative d'une série de gestes qui nous conduiront à l'eucharis­tie, voilà tout ce qui est contenu dans ce miracle des noces de Cana. Marie se situe au commencement des œuvres de Dieu, Marie c'est la jeunesse du plan de Dieu, Marie c'est le jaillissement très pur de la grâce divine, Marie c'est en elle que l'Église est plus jeune que toujours, Marie c'est en elle que les œuvres de Dieu font irruption dans notre monde, dans notre hu­manité et dans notre cœur. Si nous voulons nous lais­ser prendre par la main et guider par Marie, elle nous conduira sur un chemin de renouvellement, de nou­veauté toujours recommencée, elle nous conduira à la source, car la source c'est son Fils, car la source c'est l'Esprit qui l'a couverte de son ombre et qui jaillit du cœur transpercé de son Fils elle nous conduira à la source qui est l'Amour infini du Père répandu sur tous les hommes et d'abord sur Marie, en notre nom, sur Marie rassemblant toute l'humanité devant le trône de Dieu. Marie nous introduira à ce commencement toujours renouvelé car notre vie commence chaque jour, et chaque jour nous devons dire à Dieu : "Je suis prêt pour cette nouveauté toujours recommencée que Tu peux faire en moi, dans mon cœur", car tout vieil­lissement est rejeté, toute sclérose et toute sénescence sont écartées. Dieu est toujours jeune et Dieu veut toujours nous rendre jeunes de la jeunesse de sa grâce, de sa lumière et de sa vie.

 

AMEN

 

 

 
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