AU FIL DES HOMELIES

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C'EST DE L'AMOUR DU CHRIST, SON ÉPOUX, QUE NAÎT ET NE CESSE DE RENAÎTRE L'ÉGLISE

Is 62, 1-5 ; Ap 19, 5-9a ; Jn 2, 1-11
Noces de Cana - année A (dimanche 21 janvier 1990)
Homélie du Frère Jean-Philippe REVEL

 

"Mon Heure n'est pas encore venue". Et ce­pendant Jésus anticipant sur cette Heure va accomplir le geste que sa Mère avait solli­cité, Il va donner du vin pour cette noce, Il va donner la joie, Il va permettre à la fête d'être complète. Jésus, anticipant sur son Heure qui n'est pas encore venue, prend la place de l'époux défaillant, cet époux qui n'avait pas su prévoir la joie, qui n'avait pas su prévoir une fête assez complète, assez totale. Jésus se mani­feste comme l'Époux véritable, c'est Lui qui est la source de cette fête, de cette joie. Ces noces mysté­rieusement, sont les siennes. Jésus apporte la joie aux convives, à ce jeune époux et à son épouse qui n'avaient pas su trouver en eux de quoi aller jusqu'au bout de cette joie, Jésus apporte la fête des noces à l'humanité tout entière. Voilà comment Jésus anticipe son Heure.

Aussi bien quand l'Heure sera venue, quand la Pâque sera proche, quand Jésus, ainsi que nous le dira saint Jean, "sachant que l'Heure était venue de passer de ce monde à son Père", prendra son dernier repas avec ses disciples, leur lavera les pieds, quand ce sera l'Heure de lutter contre le prince des ténèbres, quand ce sera l'Heure où Marie de nouveau sera près de Lui, au pied de la croix cette fois-ci, et où, à partir de cette Heure-là, Jean recevra Marie pour mère en notre nom à tous, quand Jésus fera de sa Mère notre mère, alors son Heure étant venue, Il sera pleinement, vraiment, totalement l'Époux, l'Époux de l'humanité sauvée, l'Epoux de l'Église. Alors ce n'est pas seulement d'un vin temporaire, d'un vin de fête, mais ce sera du vin de son sang, ce sang qui coulera de son coté sur la croix, c'est de ce vin que Jésus réjouira l'Église, c'est de ce vin que Jésus fera naître l'Église. L'Église naîtra du côté du Christ transpercé, de l'amour du Christ donné jusqu'à la fin, "ayant aimé les siens, Il les aima jusqu'au bout", jusqu'à l'extrême jusqu'à la fin, alors nous serons, l'Église sera pleinement l'Épouse du Christ révélé comme l'Époux véritable.

Quand l'Heure sera venue, les noces du Christ et de l'Église se célèbreront sur la croix. Pour souli­gner cette naissance de l'Église à partir de l'amour sacrificiel du Christ, à partir de cet amour infini qui est allé jusqu'au bout, jusqu'à l'extrême, à partir de cet amour du Christ offert, donné jusqu'au dernier souf­fle, jusqu'à la dernière goutte de son sang, à partir de cet amour jailli du côté transpercé du Christ sur la croix, pour nous faire bien comprendre cette nais­sance de l'Église à partir du sang et de l'eau qui jaillis­sent du côté du Christ, les Pères de l'Église se sont plu à utiliser une image, une comparaison. Ils nous disent : de même qu'Adam au premier paradis s'est endormi et que, du côté d'Adam Dieu a façonné son épouse Eve avec la chair même d'Adam, avec la chair même de l'homme pour qu'elle soit consubstantielle à sa chair, mieux encore avec la chair du côté d'Adam, avec la chair de son cœur, avec la chair de son amour, de même que Dieu a façonné Eve avec l'amour d'Adam, la femme avec l'amour de l'homme pour qu'ils soient deux en une seule chair, de la même ma­nière quand le Christ s'est endormi sur la croix, quand le Christ s'est endormi du sommeil de la mort, du côté du Christ, de ce côté transpercé, Dieu a façonné l'Église, son Épouse, l'Église qui est la femme, la femme éternelle, l'Eve nouvelle, façonnée avec l'amour du Christ, avec l'amour de son côté, avec le sang jailli de son cœur. L'Église est l'Eve nouvelle, elle est la mère des vivants, elle est celle qui puise tout son être, toute sa réalité, toute sa vie de cet amour du Christ offert, donné, livré, offert en sacrifice. L'Église, Épouse du Christ, ce mystère que nous contemplons aujourd'hui dans les noces de Cana qui en sont comme le balbutiement et la première appro­che, l'Église Épouse du Christ, c'est le mystère de la mort du Christ par amour pour nous.

Cela veut dire que c'est de l'amour du Christ, c'est de la chair aimante du Christ, c'est du sang du Christ versé par amour que l'Église tient tout ce qu'elle est. Aussi bien en cette semaine où nous prions pour l'unité de l'Église, en cette semaine où nous prions sur le péché des membres de l'Église, ce péché de division, ce péché de déchirement, ce péché qui est notre péché, car nous sommes tous les membres de cette Église et nous participons tous à cette déchirure, nous participons tous à cette division qui fait que l'Epouse du Christ est disloquée, lacérée, éparpillée, en cette semaine où nous prions pour que ce péché soit vaincu, pour que cette divisions soit surmontée, pour que l'unité vitale, vivante de l'Église soit restau­rée, nous n'avons pas d'autre recours, pas d'autre lieu pour fixer cette prière que l'amour du Christ. Ce ne sont pas nos recherches, quelle que soit la bonne vo­lonté que nous y mettrons, ce ne sont pas nos discus­sions, ce ne sont pas nos réflexions théologiques qui feront l'unité de l'Église, elles peuvent y contribuer, elles peuvent nous aider à enlever ces obstacles in­nombrables que sont nos incompréhensions, nos mé­pris, nos injustices, mais l'unité non plus regardée du côté de ce qui l'empêche, mais l'unité comme un don positif, vital, ne peut venir que de l'amour du Christ. C'est en revenant au côté transpercé du Christ sur la croix, c'est en revenant à ce cœur du Christ d'où jaillit le sang de son amour et de sa vie, c'est là seulement que l'Église pourra retrouver cette unité qu'elle a per­due, qu'elle ne cesse de perdre tout au long de l'his­toire, car cette rupture qui nous est particulièrement sensible parce que c'est celle que nous vivons depuis quelques siècles, n'est pas la seule rupture de l'histoire de l'Église, il y en a eu d'autres, elles se succèdent, elles se superposent, elles s'accumulent, depuis que Jésus a confié à des hommes le mystère de son Épouse, ils n'ont cessé de dilapider ce trésor, ils n'ont cessé de ruiner cette richesse d'amour.

C'est donc notre péché et celui de nos pères et celui de tous les hommes de toutes les époques, que nous portons aujourd'hui devant la croix du Christ pour que le sang de son amour soit plus fort que nos faiblesses, nos haines et nos incompréhensions. C'est dans l'amour du Christ, c'est dans le cœur du Christ que naît l'Église, qu'elle naît avec toute sa grandeur, toute sa beauté, toute sa splendeur, qu'elle naît avec toute sa vie. Et c'est uniquement à partir de cet amour du Christ retrouvé, médité, assimilé, intériorisé que nous pourrons retrouver l'amour de nos frères jusqu'à les rencontrer en profondeur au-delà des divisions qui nous séparent, sachant aller jusqu'au cœur. Cet amour est un amour lumineux, cet amour du Christ ne veut pas dire qu'il suffirait d'avoir de l'affection et de la tendresse et de passer par-dessus les difficultés, cet amour implique le partage d'une même vérité, puisque cette vérité c'est justement le sang du Christ, du Christ en croix. C'est dans une fidélité totale de tout notre être, de notre sensibilité, mais aussi de notre intelli­gence, de notre foi, comme de notre espérance, c'est dans une fidélité totale au mystère du Christ que nous pourrons retrouver cette unité de l'Église divisée, dis­persée.

C'est pourquoi pour l'unité de l'Église, il n'y a pas d'autre chemin que celui de la prière, c'est-à-dire celui de cette intercession permanente qui n'est pas seulement la nôtre, mais qui est celle du Christ, car c'est le Christ qui est en prière pour nous, en prière pour son Église. C'est le Christ qui, continuant sa prière de la croix : "Père, entre tes mains, je remets mon esprit" entre tes mains, je remets tout ce que je suis, je remets toute cette humanité qui est la mienne, qui est le prolongement de ce que je sais, ce corps qui est le corps de mon Épouse, de mon Église, c'est cette prière du Christ en croix qui ne cesse de se prolonger à travers les siècles. Et il faut que nous nous joignions à cette prière, que nous entrions dans cette prière, que nous nous laissions porter par cette prière, que nous enlevions tous les obstacles qui nous empêchent d'ad­hérer à cette prière du Christ pour que tous les enfants de Dieu, tous les membres du corps du Christ puissent enfin se réunir selon cette vision qui était celle d'Ezé­chiel quand il contemplait les ossements dispersés dans cette immense vallée et puis que l'Esprit de Dieu invoqué par le prophète rassemblait les ossements, faisait pousser sur eux la chair, faisait mettre debout ce peuple couché dans la mort pour qu'il redevienne une immense armée. C'est ceci que nous demandons avec le Christ, par le Christ, nous glissant dans la prière du Christ. Que tous ces ossements desséchés que sont les membres des pécheurs de l'Église, puis­sent revivre, que nous puissions ensemble être réani­més par l'Esprit de Dieu, pour que nous puissions ensemble devenir un seul peuple, une seule Église en marche vers le Christ, appelée par Lui, épousée par Lui, étreinte par Lui.

Frères et sœurs, que cet amour de l'Église grandisse en nous, qu'il grandisse comme l'amour que le Christ a pour son Epouse, cet amour conjugal, cet amour fondamental, qu'Il a porté jusqu'à la croix et jusqu'à son dernier souffle, cet amour d'où l'Église a jailli, cet amour qui aujourd'hui encore est pour elle la source unique de vie, de paix et d'unité.

 

 

AMEN

 

 
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