AU FIL DES HOMELIES

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MAIS OU EST DONC PASSÉE LA MARIÉE ?

Is 62, 1-5 ; Ap 19, 5-9a ; Jn 2, 1-11
Noces de Cana - année B (dimanche 19 janvier 2003)
Homélie du Frère Bernard MAITTE

 

Où est passée la mariée ? Il me semble, mais peut-être me suis-je trompé jusqu'à présent, que lorsqu'on assiste à des noces, le roi de la fête si je puis m'exprimer ainsi, est une femme : c'est la mariée. On la trouve forcément belle, même si elle ne réussirait pas au concours de miss France, et sa toilette, sa robe qui est par excellence le clou du spectacle, même si cela ressemble à une meringue, lui va à ravir. Donc, la mariée m'a toujours semblé dans un mariage, non pas le clou du spectacle, mais celle à laquelle on prête attention, celle qu'on aimerait inviter à danser, celle qui fait qu'on est là avec plaisir, parce qu'on se dit qu'enfin elle a trouvé quelqu'un et qu'elle va avoir maintenant les joies de la famille et du ma­riage.

Où est passée la mariée ? Parce que dans l'évangile, il n'en pas question une seule fois. On nous dit qu'il y a des noces, que Marie est invitée aux no­ces. Est-elle parente, amie ? Le texte ne nous le dit pas. Il y a Jésus et ses disciples. Même les disciples ont été invités, donc les mariés ont vu large, ils ont invité un peu tout le monde, même les disciples de Jésus qu'ils ne connaissaient pas forcément, car Jésus vient à peine de commencer son ministère. Il y a le maître du repas à qui l'on fait goûter le vin, on le lui apporte, il a même un plus long discours que n'im­porte qui puisqu'il fait cette remarque : "Toi tu as servi le bon vin après", alors qu'on n'a peut-être plus le palais assez fin pour goûter le bon vin. On ne saura jamais si c'est un compliment ou si c'est une remarque désobligeante. D'autant plus que dans le repas des noces juives, le maître du repas, c'est celui qui est capable de donner la bénédiction aux époux, qu'il soit le père, un personnage important, un rabbi, enfin bref, c'est le maître du repas, il y en a toujours un.

Et puis, il y a les serviteurs, qui jouent un rôle important, ils vont puiser de l'eau, ils vont apporter le vin, et l'évangile nous dit qu'ils savent d'où vient ce vin. Et enfin, on le suppose, il y a les gens de la noce. Rien sur la mariée. Je trouve cela décevant. Tant pis ! le texte de l'évangile que nous lisons aujourd'hui, vous comprenez qu'aujourd'hui, même si dans toute l'Église on ne lit pas les noces de Cana, nous continuons cette vénérable tradition de dire que les noces de Cana, comme dans la tradition orientale, font partie de ce Corpus de la manifestation des mages, de la manifestation telle que nous l'avons célébrée la semaine dernière par le baptême du Christ, et aujourd'hui, les noces de Cana, premier miracle de Jésus où il transforme l'eau en vin. Saint Jean nous dit : "Il manifesta sa gloire et ses disciples crurent en Lui". Oui, c'est une manifestation et l'Église le sait bien elle qui, dans sa liturgie, le jour de Noël dit : "Aujourd'hui, Tu te manifestes aux mages, dans le baptême et aux noces de Cana".

Là, nous le savons aussi, Jésus se manifeste aussi comme l'Époux de notre humanité. Il est Celui qui vient accomplir des noces, Il est Celui qui vient célébrer un mariage, ce mariage avec l'Église. Il vient finalement vivre profondément ce que la Révélation portait en elle-même, le désir d'un Dieu qui veut être en communion avec notre terre, avec notre humanité. Tel est bien là le sens de notre célébration le sens de notre fête. C'est à juste titre d'ailleurs que le terme d'Époux est appliqué à Jésus pour dire qu'Il est l'Époux de l'Église. Oui, l'Église dans son ensemble, la catholicité, l'universalité, cette humanité rassem­blée et cette humanité rachetée, c'est l'Épouse du Christ. C'est celle qui vient "belle, resplendissante", comme nous dit l'Apocalypse, on lui a donné le dia­dème, on l'a revêtue de lin d'une splendeur éclatante afin d'être à son Époux, au Christ pour qu'il n'y ait plus de séparation, plus de barrière, plus de distance entre Dieu et son humanité rachetée qu'est l'Église, entre Dieu et chacun des hommes, entre Dieu et la terre entière, terre épousée.

Oui, c'est d'ailleurs pour cette raison égale­ment que ce signe du Christ qui est Époux et de l'Épouse qu'est l'Église, sert à manifester pour ceux qui sont mariés, la grandeur, la beauté, la sainteté qu'ils vivent. C'est ce qu'on lit dans l'épître de Paul, s'adressant aux Ephésiens : "Maris, aimez vos femmes comme le Christ a aimé l'Église : Il s'est livré pour elle". Il y a une concordance d'acte, une concordance d'être entre le mariage de l'homme et de la femme, et le mariage du Christ Époux avec son Église Épouse. Il y a là pour nous, le sens même de cette célébration d'un Dieu qui se fait vraiment proche. Nous l'avons fêté à Noël, et c'est cette proximité-là que Jésus nous manifeste aujourd'hui.

Oui, Il nous dit sa proximité, Il nous mani­feste son union. Mais cela est-il finalement réservé aux époux ? Est-ce que le Christ Époux de l'Église et le mariage aujourd'hui sont vraiment des signes por­teurs de ce que nous pourrions être amenés chacun de nous, à vivre ? Il est vrai, Dieu merci, qu'il y a encore des gens qui se marient, il y a encore des gens qui vivent la réalité d'un mariage sacramentel. Mais il faut bien se le dire, je ne veux pas vous décevoir, surtout que pour la plupart d'entre vous ici cela ne pose aucun problème : le mariage sacramentel, cela va sans dire, c'est certainement la chose la plus merveilleuse. Bien sûr, il faut compter avec le petit mari, et la femme qui au fur et à mesure des années passant, ne s'améliorent jamais. C'est vrai pour les maris aussi, rassurez-vous ! Mais la condition même du mariage semble de moins en moins évidente, et d'ailleurs, je ne veux pas me bercer d'illusions, en vous écoutant les uns les autres, je sens bien aussi combien le mariage, tel qu'il a été vécu dans les premiers temps n'est plus tout à fait aussi évident, et qu'on ne dirait pas toujours la même chose après des années de mariage. Il y a eu des hauts et des bas, et parfois l'idée pourquoi pas, de se sépa­rer. Mais tant bien que mal, il y en a qui tiennent. Tant mieux, rendons grâces à Dieu ! Ils ont trouvé une source importante de vie et de sainteté.

Mais il y a aussi tous ceux qui ne sont pas mariés. Alors, le signe du Christ Époux de l'Église, en quoi cela les concerne-t-il ? Parce que ceux qui ont été mariés et qui vivent séparés ou divorcés, quid de cette union ? Pour ceux qui se sont remariés, les di­vorcés remariés, et ne nous faisons pas d'illusions, je ne veux pas dire que le mariage chrétien fait de ces êtres les derniers des mohicans, entre les unions li­bres, entre les concubinages, entre les "pacsés", deux hommes, deux femmes, peu importe, entre tous ceux qui sont veufs, veuves, tous ceux qui sont célibataires et qui n'ont jamais pu se marier et qui n'avaient qu'une envie, trouver le conjoint qui leur conviendrait, que vivent-ils de cette manifestation des époux, de l'union ?

Frères et sœurs, peut-être nous faut-il re­considérer dans ces cas-là, et je reprends ma question : où est la mariée ? Dans le texte de l'évangile, elle est omniprésente, cette mariée.

La mariée, c'est Marie, Mère de Dieu, Mère de Jésus. C'est la femme par excellence, c'est le visage de l'Église, c'est la Vierge, c'est celle qui est sainte. La mariée c'est Marie. Non, la mariée c'est aussi les dis­ciples, ces disciples à qui Jésus" manifeste sa gloire". Ces disciples prémices aussi de ce visage d'Église, des hommes : un zélote, un pécheur, un Judas. Tous ces hommes amenés à vivre le compagnonnage avec Jé­sus, à vivre cette proximité. La mariée, c'est les disci­ples. Non, pas seulement. La mariée, c'est aussi le maître du repas, celui qui est à la première place. La mariée, c'est aussi celui qui goûte le vin, celui qui apprécie, celui qui discerne, celui qui connaît, celui qui peut s'exprimer, celui qui a été mis comme un signe. La mariée, c'est le maître du repas. Non, pas seulement. La mariée, c'est aussi les serviteurs, ce sont eux qui viennent, les petits, les humbles, ce sont ceux qui n'ont pas forcément part à la noce, ce sont ceux qui sont là seulement pour servir, ce sont ceux à qui on ne fait pas attention, ce sont ceux qui vont pui­ser l'eau, ce sont ceux qui amènent les jarres, ce sont ceux qui amènent le vin à table, ce sont ceux qui sont au service. La mariée, ce sont les serviteurs. Non, pas seulement. La mariée, ce sont tous les invités, ce sont tous les gens de la noce, ce sont tous ces gens connus ou inconnus qui sont aux noces de Cana et dont l'évangile ne dit plus rien, sauf que c'est une noce, et qu'ils sont là.

Frères et sœurs, effectivement, le Christ est Époux ? Pourquoi ? Parce qu'il nous aime. Le Christ est Époux. Pourquoi ? Parce qu'Il se veut proche de nous. Le Christ est Époux parce qu'Il veut une union, une communion. Alors, ce n'est pas grave si la mariée n'est pas absolument belle. Ce n'est pas grave s'il manque de vin. Ce n'est pas grave si la robe ne lui convient pas vraiment. C'est le Christ qui donne, c'est le Christ qui revêt du baptême et du diadème. C'est le Christ qui revêt de la sainteté. C'est le Christ qui re­met la robe blanche. C'est le Christ qui pare son Épouse pour quelle soit belle.

Alors, où est la mariée ? Elle est ici ! Elle est en chacune de nos vies quelles qu'elles soient, quel que soit notre état, quelle que soit notre condition. Je ne porte pas de jugement sur l'état matrimonial dans ces cas-là, parce que le Christ ne porte pas de jugement sur cet état matrimonial. Le Christ nous parle du désir qu'il a de vivre avec nous. Il nous parle du désir qu'il a de se manifester dans notre vie. Il nous parle du désir qu'il a d'être proche de nous. C'est très différent. Et cela vaut pour des gens bien mariés, pour des gens mal mariés, pour des gens célibataires, pour des gens veufs, pour des gens en union libre, ou pour des gens qui vivent encore tout à fait autre chose. Le Christ pour tous, l'Époux pour chacun d'entre nous. Personne n'est exclus. Jésus n'exclut pas les serviteurs, pas plus que le maître du repas, pas plus que marié, pas plus que sa Mère. Tous invités aux noces de l'Agneau. Oui, où est la mariée ? Elle est dans le désir que nous avons d'être aimés, dans le désir d'être amoureux. Chacun d'entre nous, finalement, c'est ce que nous recherchons : l'amour, ce grand mot. Mais nous en avons tous l'expérience de cet amour, de ses grandeurs et de ses misères, de ses joies mais aussi souvent de ses difficultés. Mais on y revient toujours, car on sait qu'on est fait pour cela, pour aimer. On sait que nous voulons être épousés, quelque part dans notre vie. On sait qu'on a envie de vivre une union, une intimité, que quelqu'un soit proche de nous, que quelqu'un soit comme nous-mêmes dans ce désir que nous portons, d'être connus et aimés, d'être choyés, de vivre dans cette tendresse.

La manifestation d'un Christ, Époux de l'Église, et d'une Église épousée c'est cela. Je vois dans les visages de chacun d'entre nous, non seule­ment ce désir, mais celui du Christ qui dit :"Oui, c'est toi, toi qu'on appelait terre abandonnée, c'est toi que j'appelle désormais, terre épousée. Toi qu'on appelait contrée déserte, c'est toi qui désormais a un Époux, quelqu'un qui t'aime, quelqu'un qui te veut, quelqu'un qui va jusqu'au bout de ce désir que tu portes". Alors, on comprend pourquoi les plus grands saints ont parlé du mariage mystique. Pourquoi, quel que soit le vi­sage de l'homme ou de la femme que nous ren­controns, il y a la possibilité, la capacité d'aimer et d'être aimé. Et c'est ce que Jésus a voulu manifester. Il change l'eau en vin, il change l'eau de nos jarres, que ce soit de l'eau pure ou de l'eau déjà un peu croupis­sante, il la change en vin. Même si cela n'a rien à voir, c'est bien d'une divinisation dont Dieu veut parler. Dans divinisation, il y a "vin" ! Oui, Jésus change notre eau en vin. Jésus nous apporte sa vie, Il nous apporte sa joie, et cela maintenant a un sens. Quand dans le Cantique des cantiques l'épouse s'écrie : "Je suis noire et belle", elle proclame : je sais que j'ai un époux, je sais que j'ai quelqu'un qui veut de moi, qui est proche de moi, qui me connaît et qui malgré tout m'amène aux noces, "voilà quelle est ma joie" !

Où est la mariée ? Elle est dans notre com­munauté, dans notre église. C'est pourquoi Jésus, en étant présenté à note communauté peut se laisser en­tendre, voir et toucher par tous ceux qui portent ce désir profond d'aimer et d'être aimés. Comme nous le dirons tout à l'heure : "Heureux les invités au festin de l'Agneau". Heureux êtes-vous !

 

 

AMEN

 

 
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