AU FIL DES HOMELIES

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L’AMOUR FOU DE DIEU MANIFESTÉ PAR LES NOCES DU CHRIST

Is 62, 1-5 ; Ap 19, 5-9a ; Jn 2, 1-11
Noces de Cana - année B (dimanche 22 janvier 2006)
Homélie du Frère Jean-Philippe REVEL

 

Frères et sœurs, le jour de l’Épiphanie, Jésus, encore petit enfant, a manifesté sa gloire aux mages venus d’Orient, symbole, de la révélation aux païens. Dimanche dernier, nous célébrions le Baptême de Jésus au Jourdain, qui est comme nous le dit l’évangéliste saint Jean, à travers Jean-Baptiste, la révélation du Messie aux juifs qui l’attendaient. Aujourd’hui, troisième volet de cette fête de l’Épiphanie, c’est le premier miracle de Jésus, la première de ses manifestations publiques : les noces de Cana. Jésus révèle sa gloire ; non pas qu’Il soit au premier plan de cette scène. Il est invité à des noces, on nous dit qu’Il veut honorer par sa présence les noces de la terre ; en fait, c’est Marie qui est invitée, et le texte ajoute : Jésus aussi fut invité. Il n’est pas encore le prophète connu par ses miracles et par ses paroles, Il est encore le fils de Joseph, le fils du charpentier, et ici le fils de Marie. Pourtant, nous dit le texte, Il va manifester sa gloire, non pas à l’ensemble des convives, pas même au maître du repas qui ne sait pas d’où vient le vin, Il manifeste sa gloire aux servants et à ses disciples comme nous le dit la dernière phrase : "Il manifesta sa gloire et ses disciples crurent en lui". C’est donc la manifestation de Jésus à l’Église naissante, à cette toute première communauté nouvelle, à quelques disciples qu’Il a déjà appelés à sa suite.

Jésus qui s’était manifesté comme roi aux mages païens, qui s’était manifesté comme Messie au Jourdain, Jésus ici, se manifeste comme l’Époux. En effet, pour ceux, Marie, les disciples, les serviteurs qui ont été témoins du miracle, Jésus se substitue au jeune époux défaillant, qui ne sait peut-être même pas qu’il n’a pas prévu suffisamment de vin pour ses noces. Jésus se substitue à lui en nous donnant le vin que ce jeune époux a oublié et en nous donnant un vin meilleur. C’est donc qu’Il est non seulement celui qui vient en aide à ce jeune époux, mais il est l’Époux véritable. C’est cela le sens de cette fête, le sens de ce mystère des noces de Cana : Jésus est l’Époux de cette Église qui est en train de naître autour de lui.

Jésus Époux. Ce mystère remonte à la création du monde. Dès la création du monde, Dieu a voulu nous faire advenir à l’existence, non pas par caprice ou par fantaisie, mais pour cette seule raison : Dieu nous a créés par amour. Dieu nous a créés pour nous aimer, pour que nous soyons capables d’aimer, pour que nous entrions dans son amour. La création est inséparable de cette béatitude à laquelle nous sommes appelés, car c’était le dessein même de Dieu en créant le monde, que de le faire entrer dans la plénitude de son amour. Saint Paul nous dit que "dès avant la création du monde", quand Dieu avait le dessein de cette création, "Il nous a choisis dans le Christ, en Jésus, pour être ses enfants" (Ep.1, 4-5). Dès avant la création du monde, Jésus est pour nous le prototype, le point de ralliement, celui à l’image de qui nous sommes façonnés pour être fils du Père, comme il est lui-même le Fils du Père. Nous sommes dès la création du monde, appelés à cette union infiniment plus profonde, entre Jésus, le Christ, le Verbe, le Fils de Dieu, et nous, et cela, dès avant la création du monde. Ce thème de l’amour nuptial de Jésus pour l’humanité, de cet amour qui fait de nous les « conjoints » du Christ, qui fait de chacun de nous l’épouse du Christ, ce thème va traverser tout l’Ancien Testament. C’est le prophète Osée qui, le premier, va avoir cette illumination à travers son histoire personnelle, histoire douloureuse d’ailleurs avec son épouse qui l’a trompé mais avec qui il a découvert qu’il pouvait toujours l’aimer et recommencer infiniment cet amour à neuf chaque jour. Cette expérience d’Osée lui a révélé que telle était la relation de l’humanité avec Dieu, la relation d’Israël, son peuple choisi, symbole de cette humanité, telle était cette relation avec Dieu. Dieu nous aime comme un époux, comme un amant, comme un amoureux : "Je vais la séduire et parler à son cœur. Je te fiancerai à moi pour toujours, je te fiancerai à Moi dans la tendresse et dans l’amour" (Osée 2, 16+21-22). Ce thème de l’amour fou de Dieu pour les hommes va traverser toute l’histoire d’Israël comme je vous le disais. A partir du prophète Osée, nous entendrons le prophète Isaïe proclamer : "Comme une épouse délaissée, un instant, je t’avais abandonné. Emu d’une immense pitié, je te rassemblerai. Dans un amour éternel j’ai pitié de toi, parce que même si les collines pouvaient s’effondrer, même si les montagnes pouvaient s’écrouler, mon amour pour toi jamais ne s’écroulera" (Is. 54, 6-8+10). Et je pourrais vous citer le prophète Jérémie, et aussi le prophète Ézéchiel. Souvenez-vous du Cantique des cantiques, cet admirable poème qui est au cœur de l’Ancien Testament, et dans lequel il nous est dit que l’humanité est comme la bien-aimée, et Dieu est son Bien-Aimé. Et le Bien-Aimé est rempli d’une passion extrême pour sa bien-aimée : "Que tu es belle, ma bien-aimée, que tu es belle,tes yeux sont comme des colombes, tes dents sont comme des brebis qui remontent du bain, tes cheveux sont comme un troupeau de chèvres ondulant sur les pentes de Galaad" (Ct. 4, 1-2) Il est comme émerveillé par cette humanité qu’Il aime, et l’épouse dira : "Filles de Jérusalem, si vous voyez mon bien-aimé, dites-lui que je suis malade d’amour" (Ct. 5, 8).

C’est bien d’un amour fou qu’il s’agit. L’amour de Dieu pour nous n’est pas un amour platonique, ce n’est pas un amour sévère ou indulgent, ce n’est pas un amour de bienveillance presque distraite. L’amour de Dieu pour nous est un amour fou, Dieu nous aime à la folie, Il nous aime infiniment, Il nous aime passionnément, Il aime chacun de nous comme s’il était seul au monde. C’est cela l’infinité de Dieu, c’est qu’il est capable d’aimer chacun d’entre nous, comme s’il était seul au monde sans que cela l’empêche d’aimer aussi chacun des autres comme s’il était seul au monde. Dieu a un cœur capable de cette intensité d’amour et cette intensité d’amour l’a conduit à venir nous épouser.

Les noces du Christ, du Fils avec l’humanité, vous l’avez entendu peut-être à travers tous les textes que nous avons lus, ces noces se réalisent d’abord dans le sein de la Vierge Marie. Les Pères de l’Église aiment à nous dire que le sein de la Vierge Marie est comme la chambre nuptiale où le Verbe de Dieu vient épouser notre humanité, vient ne faire plus qu’un avec cette humanité qui est la nôtre, et par conséquent avec chacun de nous. Et dès ces épousailles du Christ avec notre humanité, on peut dire que dans le sein de Marie, naît l’Église, c’est-à-dire l’humanité épousée par le Christ, cette Église dont nous sommes chacun les membres, car nous sommes les membres de son Corps, et ce Corps du Christ, c’est l’Église. Ces noces que le Christ a inaugurées ainsi dans le sein de la Vierge Marie, Il va les accomplir à la croix. « Il s’est livré pour elle », chantions-nous tout à l’heure. Il s’est livré pour son épouse, le Christ est mort sur la croix, et saint Paul nous dira que c’est "pour se la présenter à lui toute belle, radieuse, purifiée de toutes ses fautes et de tous ses péchés" (Eph. 5, 27). Oui, le Christ nous épouse sur la croix. Et là encore, les Pères de l’Église se sont plu à comparer ces noces du Christ qui s’endort dans la mort sur la croix, et de son sein jaillissent l’eau et le sang, les sacrements qui vont faire l’Église, qui sont l’acte de naissance de l’Église, comparer cette scène du Christ qui meurt en s’endormant sur la croix pour mettre au monde l’Église, la comparer avec celle d’Adam au paradis qui s’endort, et Dieu va prendre de son côté Eve pour lui donner une épouse. C’est pourquoi toute la tradition, et déjà saint Paul se plairont à appliquer au Christ et à l’Église, ces paroles qui nous sont dites dans la Genèse à propos d’Adam et Eve : "C’est l’os de mes os et la chair de ma chair. L’homme quittera son père et sa mère, il s’attachera à sa femme, et tous deux ne feront qu’une seule chair" (Gn 2, 23-24). Le Christ ne fait qu’une seule chair avec l’Église et avec chacun de nous. Nous sommes réellement les épouses du Christ notre Époux. Ces noces du Christ inaugurées dans le sein de la Vierge Marie, accomplies à la croix, ces noces, vont atteindre leur plénitude dans cette béatitude du ciel, quand, nous dit l’Apocalypse, "l’Église descendra du ciel de chez Dieu, belle comme une épouse parée pour son époux" (Ap. 21, 2).

Frères et sœurs, ce mystère des noces, c’est donc le cœur même de toute la révélation. Et d’ailleurs, Jésus aime se présenter comme l’Époux. Il nous dit dans l’évangile : "Quand l’Époux sera enlevé, alors vous jeûnerez. Mais pour le moment, tant que l’Époux est avec vous, vous ne pouvez que vous réjouir et être remplis de joie" (Mc 2, 19-20). Il s’agit de ses disciples et de la perspective de la Pâque. Mais Jésus nous présente aussi le repas de la béatitude comme le repas des noces que Dieu a fait pour son Fils (Mt.22, 2 ; Ap. 19, 7-9). Et quand on demande à saint Jean-Baptiste s’il est le Messie, il répondra : "Vous êtes témoins, je ne suis pas le Messie. Celui qui a l’épouse est l’Époux, je ne suis que l’ami de l’Époux qui se réjouit à la voix de l’Époux" (Jn 3, 28-29). Celui qui épouse l’humanité, qui épouse chacun des hommes sauvés, c’est le Christ, lui l’Époux de chacun et de tous.

Frères et sœurs, laissons-nous aujourd’hui prendre par ce mystère qui nous est révélé. Souvent, nous considérons Dieu comme quelqu’un de lointain. Nous avons peur de lui comme d’un juge redoutable. Ou bien, nous lui demandons sa protection comme à un grand-père plein d’indulgence. Dieu ne nous aime pas de cette manière-là. Dieu nous aime avec cette passion qui dévore son cœur. Dieu veut passionnément notre bonheur, et c’est pourquoi Dieu nous attend sur le bord de la route, comme le père attend l’enfant prodigue qui revient vers lui (Lc 15, 20), parce qu’il n’a qu’un seul désir, une seule pensée, c’est que son enfant, cet enfant qui le quitte sans cesse par le péché, par toutes les négligences qui remplissent notre vie, que cet enfant soit heureux, et il ne peut y avoir de bonheur que dans l’amour.

Laissons-nous prendre par cet amour fou de Dieu pour nous. Laissons-nous persuader que Dieu nous aime passionnément, qu’Il veut passionnément notre salut, qu’il veut passionnément notre bonheur, qu’il veut passionnément que nous puissions entrer dans cette joie éternelle qui est la sienne depuis toujours, la joie d’aimer, de se donner et d’être aimé.

 

 

AMEN

 

 

 
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