AU FIL DES HOMELIES

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DIEU EST LE VIN DE NOTRE VIE …

Is 62, 1-5 ; Ap 19, 5-9a ; Jn 2, 1-11
Noces de Cana - année B (dimanche 18 janvier 2009)
Homélie du Frère Daniel BOURGEOIS


Ls noces de Cana

 

Au risque de forcer un peu le trait on peut dire que dans la vie on rencontre deux types de personnes. Il y a celles qui changent l'eau en vin, mais il y a aussi celles qui changent le vin en eau.

Le partage n'est pas toujours absolument clair, mais c'est vrai que même à l'intérieur de nous-même on se trouve devant des personnes pour qui la vie a quelque chose de fondamentalement bon, qui suscitent une adhésion, un réel sens spontané du bonheur, tout ce qui arrive est intéressant, tout ce qui est dans la vie est occasion d'aller plus loin, d'avancer: suggestions, imagination, création. C'est vrai, on appelle cela des bons tempéraments. Mais il y aussi à côté et c'est tout aussi vrai, ceux pour qui cela ne va jamais bien. On essaie de tout faire pour cela marche, et au dernier moment, il y a toujours un petit détail de rien du tout qui fait que ce n'est pas ce qu'il fallait, il ne fallait pas s'y prendre comme ça, de toute façon, ça ne va pas, les nouvelles sont mauvaises, le "vingt heures" ne nous annonce que des bêtises, les speakers sont idiots, la soupe n'est pas bonne, tu as raté le rôti, etc … etc …

On se trouve devant deux tempéraments, deux situations qui sont souvent un peu inconciliables. Je cois pouvoir transposer, c'est vrai aussi que dans les couples, il y a des couples qui ensemble savent changer l'eau en vin, selon les mêmes règles toute simple : prendre la vie comme elle vient, savoir s'en réjouir, essayer d'attacher d'abord son regard aux aspects heureux, et à ce qui va bien. Et puis, il y a des couples qui laissent petit à petit le vin, l'ivresse du départ devenir une eau même pas gazeuse, un tout petit peu tiède, et généralement sans aucune saveur. J'exclus évidemment ceux qui font que cela tourne au vinaigre ! Cela arrive aussi.

C'est vrai que la vie est une sollicitation permanente et c'est du fond même de notre cœur et de notre liberté qu'on peut répondre "oui" ou au contraire petit à petit se mettre sur le reculoir, ne plus vouloir s'engager, rester un peu frileux et au chaud, ne plus bouger et ne pas faire de vagues.

Bien sûr il faut reconnaître que la vie n'est pas toujours facile. Comme vous l'avez vu, à Cana il y a des invités. Les invités, c'est à double tranchant : il y a des pique-assiette, il y a des "saute au buffet", il y a ceux qui vous épuisent tout de suite les réserves, qui prennent tout, il n'y a plus de champagne, c'est un peu ce qui est arrivé. Au contraire, il y a des invités qui sont extrêmement délicats, qui ne se précipitent pas vers le buffet, qui vont d'abord féliciter les mariés, qui discutent avec tout le monde, qui essaient de s'intéresser à leur voisin ou à leur voisine, qui essaient de créer une certaine convivialité à table. Il y a même des invités extraordinaires comme la vierge Marie qui commence à deviner que les serveurs n'apportent plus de vin.

La vie elle-même, et c'est la même chose dans notre vie personnelle et dans les couples, la vie elle-même nous expose aussi à des réalités qui usent, qui épuisent. Le "ils n'ont plus de vin", à certains moments, je suis sûr parmi vous, que les plus aguerris et les vieux routiers du mariage, il y a des moments où vous vous l'êtes dit ! Une grosse épreuve, une difficulté, un moment très difficile à passer, et on a l'impression qu'à ce moment-là, la vie vous a usé, a pesé sur vous, vous a plus ou moins écrasé et broyé, et vous ne vous en sortez pas. Il n'y a pas là-dessus de loi absolue. Chacun est né avec les talents et les qualités qu'il a. Chacun est, ou bien un optimiste inconditionnel ou au contraire un pessimiste râleur et cela ne va jamais. De toute façon, il faut essayer de faire avec.

Simplement, je crois que ce que l'évangile nous dit aujourd'hui est une chose très simple. Quand Jésus est venu sur la terre, il connaissait la situation de l'humanité qu'il avait lui-même créée à son image, même si par le péché, elle avait été un peu décalée de cette image et à certains moments était devenue un peu infidèle. Mais toujours est-il que lorsque Jésus vient sur la terre, il connaît cette humanité avec ses grandeurs, sa générosité, ses qualités, mais aussi ses misères, ses tiédeurs, et son péché. Lorsqu'il vient à Cana, il fait exprès de choisir l'humanité telle qu'elle va, qui s'engage et se risque dans la vie pour aimer et être aimée, pour créer un foyer, avoir des enfants, mais une humanité aussi qui se confronte à toute la vie sociale du village. Un mariage à l'époque, à Cana comme ailleurs, c'est une véritable fête pour tout le monde, c'est pour cela qu'il faut prévoir des réserves très conséquentes, mais Jésus veut absolument rentrer dans ce tissu humain, avec ses hauts et ses bas, ses qualités et ses défauts.

En même temps, quand il entre dans cette humanité, il la regarde avec un regard que nous-même nous ne pouvons pas avoir spontanément. Il la regarde dans une sorte d'avenir, dans l'ouverture même de son histoire. Je suis sûr que Jésus, ce jour-là, invité à ces noces, a jeté sur les nouveaux mariés, un regard de douceur, d'amitié et presque de complicité, car je crois pour ma part, que Dieu aime beaucoup les amoureux. Si Jésus est allé à Cana, ce n'est pas simplement pour aller à un office de trois heures à la synagogue, et après, etc … Je crois qu'il y est allé vraiment avec tout le bonheur et toute la joie de voir une humanité qui trouve sa plénitude dans l'amour et dans la vie de couple. Simplement, il sait que cette humanité, ce couple, comme tous les autres couples sont exposés aux aléas de l'histoire. C'est là que se produit ce petit miracle, alors qu'il y avait sans doute de bien plus grandes détresses dans l'entourage, mais Jésus s'est payé le luxe d'un miracle pour la beauté du geste, parce qu'après tout, s'ils avaient terminé au Coca-Cola, cela n'aurait pas été si dramatique !

Jésus a fait ce petit geste, presque rien, enfin, considérable quand même car six jarres de cent litres, cela fait quand même un cru "appellation contrôlée Jésus-Christ" de six cents litres ! Qu'a-t-il voulu dire par ce miracle ? Pour dire : moi je suis venu dans l'histoire pour qu'elle puisse resplendir d'un bonheur nouveau. C'est pour cela qu'il a changé l'eau en vin. Ces jarres étaient prévues pour la purification. C'était la ritualité même et les scrupules de la religiosité juive de l'époque de Jésus. Quand on entrait pour le repas, il fallait se laver les mains et les pieds, sinon, on n'était pas pur pour partager le repas. Beaucoup de commentateurs l'ont dit : ces jarres, c'est la quintessence du système religieux qui bloque tout : tout est prévu, quand on entre, il faut se laver les pieds, il faut se laver les mains ; quand on s'assied il faut dire les prières ; quand on fait ceci, il faut faire ceci et cela. C'est un peu les jarres d'un rituel figé, et Jésus ne méprise pas les jarres puisque c'est précisément là que va être le lieu du miracle. Quand il dit : "Remplissez d'eau ces jarres", cela peut vouloir dire : il y a peut-être encore d'autres invités qui vont arriver, et il faut qu'ils soient en règle avec les règles de purification pour être admis à la noce. En réalité, Jésus se coule dans une situation et c'est là qu'il change l'eau en vin. Il change cette religiosité du : "il faut faire comme ceci et comme cela, etc … " dans une espèce de spontanéité gratuite de donner un vin nouveau qui réjouit le cœur et permet à la fête de continuer.

Aujourd'hui, pour nous tous, que nous soyons au moment même où l'on se prépare à cet événement de célébrer et sceller un amour dans le sacrement du mariage, que ce soit au moment où l'on se souvient de son propre mariage et des années qu'on a vécu ensemble, il faut que d'une manière ou d'une autre, on se souvienne de ce geste. Dieu, quoi qu'il arrive est capable de faire des noces comme à Cana. Dieu quoi qu'il arrive est capable de reprendre ce terreau très humble de la vie quotidienne, dans lequel on est dérangé, dans lequel on a des soucis, dans lequel on rôle et on se plaint sans arrêt, et de lui redonner cette plénitude et ce goût du bonheur. Simplement, à ce moment-là, le goût du bonheur ne vient plus simplement de nous-même, ce n'est plus nous qui nous fabriquons notre bonheur comme disait la chanson : "cœur à cœur et brique à brique", mais c'est Dieu lui-même qui dit : je vais essayer de construire pour vous, en vous, ce bonheur par lequel vous serez ms amis.

Frères et sœurs, que ce dimanche de l'Alliance, ce dimanche de Cana soit pour nous l'occasion au plus profond de notre cœur, d'inaugurer ou de renouveler cette alliance. C'est vrai que ce que Dieu veut, c'est faire surgir dans l'histoire de chacune de nos vies, de chacun de nos couples, quelque chose de beau et de grand qui s'appelle son amour, la puissance de sa résurrection, la puissance de sa vie. Même si à certains moments la vie reste toujours grise, même si les difficultés ne s'effacent pas comme par miracle, il y a quand même ce germe le plus miraculeux qui soit dans le cœur de l'homme et qui s'appelle l'espérance. Or, le vrai nom de l'espérance, c'est ce vin nouveau que Jésus-Christ a donné aux convives ce jour-là, au jour des noces, et c'est encore ce vin nouveau que nous allons partager tout à l'heure au moment de la communion.

 

AMEN

 

 

 

 
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