AU FIL DES HOMELIES

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COMMUNIER DANS L'UNITÉ

Ep 4, 1-16 ; Jn 17 11 b+18-23

(22 janvier 1981)

Homélie du Frère Jean-Philippe REVEL

C

 

ette dernière prière de Jésus nous oblige à concevoir le mystère de l'unité de l'Église à son niveau le plus profond. Ces paroles du Christ nous donnent de l'unité de l'Église tout à la fois une notion extrêmement belle et grande, exaltante, et en même temps nous invite au chemin qui, seul, peut nous conduire vers la réalisation plénière de cette unité.

Une notion merveilleusement belle et exaltante de l'unité de l'Église puisque nous devons être un les uns avec les autres de l'unité même qui existe en Dieu, entre le Père et le Fils. C'est ce mystère éternel d'amour infini qui existe depuis et pour toujours entre le Père, le Fils et l'Esprit, c'est ce mystère auquel nous sommes conviés. Nous ne sommes pas seulement des créatures participant de plus ou moins loin à la richesse, à la beauté, à la gloire de Dieu. Nous sommes appelés à participer, de l'intérieur, en plénitude à ce bonheur divin, et à cette unité qui en est un des éléments fondamentaux, significatifs et caractéristiques. Car le bonheur de Dieu réside dans cette unité, dans cette unité absolue par laquelle le Père et le Fils se donnent totalement l'un à l'autre sans qu'il ne reste rien d'extérieur à ce don, à ce partage, à cette communion.

C'est à cette communion-là que nous sommes appelés nous qui, dérisoirement pourtant, sommes si étrangers les uns aux autres. Sans parler des divisions entre les différentes confessions chrétiennes, regardons simplement cette assemblée que nous constituons, à laquelle nous venons participer dans un désir de rencontre et d'unité, et cependant combien nous sommes encore loin les uns des autres, combien nous nous ignorons les uns les autres, combien nous sommes, avouons-le, trop indifférents les uns aux autres. Oui, il y a un immense chemin à parcourir pour parvenir, à partir de ce que nous sommes, de la médiocrité de ce que nous sommes, à cet idéal qui n'est pas un idéal rêvé, qui est une réalité promise de l'unité parfaite du Père et du Fils dans laquelle nous serons emportés.

Cette unité extraordinaire à laquelle nous sommes appelés, qui est notre vocation, implique par le fait même, le chemin pour y parvenir. Ce n'est pas par des compromis, par des astuces humaines, en essayant de déployer nos forces et nos efforts (bien qu'il faille lutter de toutes nos forces et mobiliser tous nos efforts pour cela), ce n'est pas au terme de ces efforts humains, qu'il s'agisse d'efforts intellectuels pour mieux se comprendre ou d'efforts affectifs pour mieux nous unir les uns aux autres, ce n'est pas au terme de ces efforts que se réalisera l'unité de l'Église et donc l'unité de toute l'humanité rassemblée en Dieu, rassemblement de tous les enfants de Dieu aujourd'hui dispersés. Cette unité, puisque c'est celle même du Père et du Fils, ne peut venir que de Dieu, et Dieu seul peut nous la donner. C'est donc en nous tournant vers Lui et en ne faisant plus qu'un avec Lui que nous pourrons nous rassembler les uns les autres et peu à peu ne devenir qu'un.

C'est exactement ce qui se passe dans l'eucharistie. C'est dans la mesure où nous recevons le corps et le sang du Christ qui se mêlent à notre chair pour ne plus faire qu'un avec elle que nous nous rapprochons les uns des autres, puisque c'est le même Christ qui vient en chacun de nous, qui vient transformer chacun de nous en Lui, et par conséquent, nous transformer les uns les autres en un seul corps selon la doctrine de saint Paul. C'est donc en nous tournant vers Dieu, en nous laissant attirer par Dieu, en laissant grandir en nous ce désir de communion avec Dieu, en laissant Dieu envahir notre être en son plus profond, en laissant Dieu nous façonner, de l'intérieur, à son image, que nous deviendrons peu à peu semblables les uns aux autres et que nous convergerons en quelque sorte, d'un même élan, vers ce point qui nous unifie et qui est Dieu.

Si nous voulons que l'Église soit une, si nous voulons que les divisions passées, présentes et peut-être, hélas, à venir, soient résorbées dans l'unité, il faut que tous nous marchions vers le Seigneur, que nous nous laissions happer par ce désir d'amour de Dieu qui nous attire à Lui, pour que nos chemins, petit à petit, se rapprochent et s'unissent en une seule voie quand nous aurons tous ensemble véritablement rejoint l'amour de Dieu. La voie est donc toute tracée : nous devons creuser en nous le désir de Dieu, laisser Dieu s'établir en nous pour que, par sa présence vivifiante, agissante tout ce qui nous divise, notre égoïsme individuel ou collectif (car les groupes sont parfois plus égoïstes que les individus), soit brûlé et n'empêche plus de construire l'Église dans son unité, dans sa beauté, dans sa pureté, dans sa totalité.

 

AMEN

 
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