AU FIL DES HOMELIES

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PAR SA PAROLE PUISSANTE

Hb 1, 1-6

(22 janvier 1987)

Homélie du Frère Michel MORIN 

L

es premiers versets de l'épître aux hébreux nous présentent le "Christ total", un Christ qui est le Fils éternel de Dieu, Celui qui est héritier de la gloire de Dieu depuis toujours, depuis bien avant la fondation des siècles, Celui qui, dans le cœur de la Trinité est le resplendissement de la gloire de Dieu ou l'effigie de sa substance, termes un petit peu compliqués, un petit trop philosophiques mais qui veulent signifier tout simplement que le Père et le Fils vivent de la même nature divine et vivent de l'amour réciproque que chacun donne à l'autre.

       Ce Fils est présenté aussi comme celui par qui l'univers a été crée, ou plus exactement, Celui, par qui, l'univers d'aujourd'hui est créé, car il est dit que "ce Fils soutient l'univers par sa Parole puissante." Puis, en fin de ces versets, c'est l'image du Christ en gloire qui nous est proposée, un Christ de la majesté assis à la droite du Père et au-dessus de tous les anges, car Il a comme nom non pas celui d'une créature mais celui du Fils éternel. Et c'est ce Fils qui a été envoyé sur la terre, qui a pris le chemin des hommes et, comme nous le raconte l'évangile, qui a guéri, qui a écouté, qui a prié, qui a marché, qui a enseigné la Parole de Dieu.

       Je voudrais simplement souligner un aspect de cette sorte de raccourci théologique que constitue ce prologue de l'épître aux Hébreux : "Le Christ soutient l'univers par sa Parole puissante !" Dans l'évangile le Christ ne laisse pas les démons parler. Il y a donc une sorte de conflit, de contradiction entre la parole puissante du Christ et le mutisme des démons. Au fond, le démon ne doit pas parler, il ne doit pas prendre la parole. Pourquoi ? Parce qu'il y a un antagonisme fondamental entre la Parole de Dieu et celle du Mal. La parole de Dieu est puissance de création, puissance de purification des péchés, alors que la parole du mal est force de destruction, est force d'éloignement. Au fond, la Parole de Dieu crée le monde, maintient ce monde dans l'existence. Et l'existence, c'est tout simplement reconnaître que nous sommes, non pas par nous-mêmes, mais par la puissance de Dieu, alors que l'œuvre du mal c'est de rendre les choses à leur néant, de détruire cette création, d'en renverser les valeurs, l'ordonnance et le but.

       C'est pour cela d'ailleurs que Jésus dira au démon : "L'homme ne vit pas seulement de pain mais de toute parole qui sort de la bouche de Dieu !" car le fondement même de l'existence de l'homme comme le fondement de l'existence, aujourd'hui, de la terre, de l'univers, du cosmos, c'est que Dieu continue de le créer par sa Parole. Et cette Parole c'est le Verbe de Dieu, c'est le Fils éternel, c'est le resplendissement de sa gloire. D'ailleurs, dans le premier récit de la Genèse, Dieu ne crée pas en faisant quelque chose mais Dieu crée en disant. Lorsque la Bible précise : "Dieu dit", au fond on pourrait dire : "Dieu, Parole, Christ qui maintient dans l'existence, alors cela existe." C'est dans cette puissance du Verbe de Dieu, du resplendissement de sa gloire que le monde est créé et que le monde, aujourd'hui, peut encore exister.

       Pour nous, chrétiens, le fait de l'existence, du réalisme du monde dans ce qu'il a de plus concret et de plus matériel, c'est un signe non contournable et juste de l'existence de Dieu, de sa création. Non pas que la création ait commencé un jour pour finir un autre jour, mais la création est dans l'existence, elle ne commence ni ne finit pas : elle existe, autant que Dieu veuille bien prononcer cette Parole puissante qui est son Fils, qui est le rayonnement de sa gloire. Et c'est pour cela que saint Paul souvent nous dit que ceux qui cherchent Dieu dans l'existence du monde, dans la réalité des éléments, dans la beauté de l'univers, sont déjà dans l'ordre de la foi puisqu'ils reconnaissent qu'il y a comme auteur de ce monde quelqu'un qui n'est pas de ce monde. Et en reconnaissant l'existence de ce monde, indirectement déjà, ils se préparent à reconnaître, un jour, leur auteur.

       Ainsi la Parole de Dieu, ce Verbe fait chair, est comme ce qui a été posé, de façon inviolable, pour que le monde existe, pour que, aujourd'hui, nous vivions. Le Christ, qui est la Parole de Dieu, est venu dans la chair pour prendre le contre-pied d'une autre parole qui n'est pas de Dieu, qui est du mal et qui vient détruire la chair, qui vient enlever la structure même de l'existence de l'humanité dans sa matérialité, ou de notre propre esprit par l'incursion du péché. Alors, il nous faut prendre une conscience très vive, très exacte que l'eucharistie est toujours précédée de la lecture de la Parole de Dieu, non pas comme un discours explicatif mais parce que le pain et le vin sont l'incarnation, pour nous aujourd'hui, de la Parole que nous venons d'entendre, de cette Parole que l'évangile vient de nous annoncer.

       Maintenant cette Parole va s'incarner dans le pain et le vin de l'évangile et ainsi le Christ continue son œuvre de création, Il maintient le monde dans son existence et Il achève son œuvre de rédemption. Il n'y a pas de succession entre la Parole et l'évangile, il y a deux faces du même mystère car, en chaque évangile, le Verbe éternel se fait chair. Et à travers l'évangile, nous vivons du resplendissement de la gloire du Père, et nous retrouvons, parce que nous sommes purifiés, cette effigie de sa substance, ce sceau de sa vie divine qui est posé au plus profond de notre cœur, dans cette image qui est sa ressemblance, qui est le point fondamental de notre propre existence. Nous ne pouvons pas exister si Dieu, chaque jour, ne nous crée pas à l'image de son Fils. Le monde ne peut pas exister s'il n'est pas établi, à chaque instant, à chaque minute, dans le rayonnement de sa gloire et de sa puissance.

 

       AMEN

 

 

 
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