AU FIL DES HOMELIES

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LA LOI DE MOISE EST PASSAGÈRE, CELLE DU CHRIST EST ÉTERNELLE

2 Co 3, 7-11

(22 janvier 2009)

Homélie du Frère Daniel BOURGEOIS 

 

Corinthe : Fontaine de Pirène 

F

rères et soeurs, nous sommes toujours dans ce passage un peu complexe de la deuxième épître de Paul aux Corinthiens dans laquelle il essaie de justifier la valeur de sa parole Il ne faut jamais perdre de vue que pour Paul, le grand problème c'est qu'il a été sans cesse contesté dans son ministère. Chaque fois qu'il allait dans une communauté, il était suivi quelques jours ou quelques mois après, d'une équipe de missionnaires qui se réclamaient d'autres apôtres, et comme Paul lui-même n'avait pas connu le Christ, comme il s'était converti après la résurrection du Christ, on se permettait, peut-être pas de mettre directement en cause sa bonne volonté, mais de dire que l'évangile qu'il proclamait n'était peut-être pas toujours aussi authentique que cela. 

       Un des points pour mettre en cause cet évangile de Paul, c'est que les autres missionnaires qui passaient, le plus souvent, étaient issus de Jérusalem, une communauté beaucoup plus conservatrice, et qui se réclamaient toujours pour enseigner l'évangile de la Loi de Moïse. En gros, ces missionnaires faisaient une certaine pression sur les païens convertis pour qu'ils obéissent là la Loi de Moïse et se fassent circoncire. Cela a pu être le problème chez les Corinthiens, mais cela a été sûrement le problème chez les Galates. C'était un peu la  hantise de Paul qui s'était battu pour la liberté d'adhésion au Christ sans les observances de la Loi, que de voir des gens passant derrière lui, démanteler son travail et essayer de réimposer des observances de la Loi. 

       Du coup, comme on contestait sa parole, comme on contestait son évangile, Paul était obligé d'une certaine manière, et c'est cela la pointe de son raisonnement dans le texte que nous avons lu, il était obligé d'expliquer que sa propre parole, le statut même de sa parole d'apôtre est supérieur à celui de Moïse. De ce point de vue-là, c'est une affirmation extrêmement prétentieuse. Le seul auparavant qui ait osé dire cela était Jésus lui-même lorsque dans le sermon sur la montagne il avait dit : "Vous avez entendu qu'il a été dit aux anciens … mais moi, je vous dis !" La Loi vous dit, mais moi, je vous dis. Ici, c'est à peu près la même chose, à ceci près que ce n'est plus Jésus qui le dit, mais c'est saint Paul. 

       Comment le dit-il ? Il va puiser dans son arsenal d'arguments de rabbin qui rappellent que lorsque Moïse descendant de la montagne du Sinaï avec les tables de la Loi, un épisode du livre de l'Exode explique qu'à ce moment-là, il avait le visage rayonnant, histoire de magnifier sa puissance prophétique. D'ailleurs pour ceux qui ont déjà vu un certain nombre de représentations surtout dans les églises de Rome, soit du grand Moïse de Michel-Ange, soit d'autres représentations picturales, on voit toujours que la représentation de Moïse est focalisée sur le visage et que ce visage rayonne avec ces cornes qui sont traditionnelles dans la représentation de Moïse, avec cet éclat qui de temps en temps ressemble un peu à de la fureur. C'est la figure du législateur qui veut absolument imposer la Loi par l'intimidation. 

      Saint Paul a sans doute des représentations théologiques plus élaborées que celle-là mais l'idée est la même. Il dit : quand Moïse descendait de la montagne, il avait encore le visage tout resplendissant de la gloire de Dieu qu'il avait contemplée de dos et qui rejaillissait sur le pouvoir du législateur pour être reconnu  par les Hébreux Cette gloire rayonnante était tellement impressionnante que les gens ne pouvaient pas le regarder en face et qu'il était obligé de se mettre un voile sur le visage pour qu'on puisse le regarder. Je crois qu'il y a quand même un certain nombre de traits théologiques qui sont assez marqués dans cette histoire, mais Paul dit que cela, c'était le ministère de la lettre. Le visage de Moïse était glorieux du ministère de la lettre, c'est-à-dire de la lettre qui était gravée sur des tables de pierre mais cette lettre était passagère, elle n'avait qu'un temps. Pour Paul, la Loi de Moïse n'a pas une valeur éternelle, elle a une fonction simplement de montrer ce que l'homme devrait pouvoir faire, ce qu'il devrait accomplir, et que cependant parce qu'il est pécheur, il est incapable d'accomplir. 

       Autrement dit, la Loi marque la sentence et dénonce le comportement du pécheur. C'est pour cela que dans le texte qu'on a lu, il dit que c'est le ministère de la condamnation. Cela ne veut pas dire que la Loi est mauvaise, qu'elle condamne parce qu'elle a envie de mettre les gens en défaut, mais de fait, quand on se trouve dans le péché et qu'on se trouve en face de la Loi qui nous dit ce qu'on aurait dû faire, on est condamné. Or ce rôle-là dit saint Paul, il est passager.  Pourquoi ? parce que lorsque le Christ est venu, il n'est pas venu pour nous condamner, mais il est venu pour nous justifier, nous établir dans l'amitié de Dieu. Par conséquent, le ministère de la Loi ce n'était que passager, c'était pour préparer l'homme à sa prise de conscience d'être pécheur et d'avoir besoin d'être sauvé. Or, Paul ajoute : qu'est-ce que nous annonçons, nous, les apôtres ? Nous n'annonçons pas le ministère de la condamnation, mais nous annonçons le ministère du salut éternel. Ici, ce n'est pas passager, nous annonçons une parole qui va vous transformer dans votre visage d'éternité, sauvé par Dieu, près de Dieu pour toujours. Il dit encore : dans ce ministère-là, la gloire est beaucoup plus grande. Ce n'est plus passager, et pourtant, dans le ministère passager, les gens étaient aveuglés par le visage de Moïse, mais ici, c'est un ministère plus grand parce que ce qui inspire ce ministère, c'est l'Esprit qui désormais ne parle plus par la lettre mais par la parole vive des disciples. 

       Evidemment, je ne sais pas si cela devait convaincre vraiment les Corinthiens parce qu'ils auraient peut-être mieux aimé que le visage de saint Paul soit encore plus resplendissant que celui de Moïse. Le raisonnement de saint Paul est très fragile, parce que précisément son ministère à lui annonce la gloire éternelle, mais elle ne se voit pas ! C'est ce que lui reprochent les Corinthiens, ils lui reprochent d'être comme un toutou qui aboie au loin, mais quand il arrive dans leur communauté, il ne sait plus quoi dire. Il n'a pas la prestance et le côté un peu terrorisant de Moïse. Paul cependant leur dit : vous ne vous rendez pas compte, vous jugez uniquement sur les apparences extérieures, mais la parole que je vous adresse, cette parole qui est nouvelle est infiniment plus lumineuse et forte dans la puissance de l'Esprit que celle de Moïse. 

       Pour Paul c'est convaincant parce qu'il montre que sa propre parole c'est celle des authentiques annonciateurs de l'évangile, et qu'ils n'ont plus exactement besoin de s'appuyer sur la Loi de Moïse. Au contraire, ils sont là pour dire que la loi de Moïse a eu un rôle passager mais qu'elle ne sauve pas, et que c'est seule la parole du Christ véhiculée par eux, les apôtres, qui apporte le salut qui demeure. 

       Frères et sœurs, c'est de cela que nous vivons encore aujourd'hui, c'est cela que Paul a essayé de faire comprendre au monde païen, et c'est cela qui effectivement transforme le statut du chrétien par rapport à la tradition héritée du judaïsme. Dans le judaïsme, la parole demande simplement à être observée. Dans le christianisme, la parole qui est selon le souffle de l'Esprit, libère de fait l'homme pour qu'il vive éternellement avec Dieu. 

 

       AMEN


 

 

 
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