AU FIL DES HOMELIES

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VERS LE DIALOGUE

Dt 6, 4-9 ; Jn 10, 1-16

Jeudi de la troisième semaine de l'Épiphanie – A

(24 janvier 2002)

Homélie du Frère Yves HABERT

I

l y a indéniablement profusion de spiritualités dans l'Eglise, et chacun nous pouvons ainsi nous rattacher qui à la lectio divina, cette lecture amoureuse et savoureuse de la parole, à l'exemple des moines, qui va être fasciné par l'exemple de saint François d'Assise, ou par celui de l'école française, ou cette imitation du Christ, qui va être fasciné par le renouveau. Il y a tellement de diversités que l'Eglise n'a jamais voulu en canoniser une plutôt que les autres, en disant : voilà la spiritualité qu'il faut. Elle laisse libre, et c'est vrai que lorsqu'on nous pose la question de savoir ce que nous les frères, nous privilégions comme spiritualité, et que nous répondons, celle de l'Eglise, cela déroute un peu, cela paraît étrange ... il n'y a pas quelqu'un que vous suivez de façon particulière ? Non, nous voulons suivre l'Eglise et dans cette diversité, et cette multiplicité, c'est tout ce qu'on veut vivre.

L'exemple de saint François de Sales nous montre un homme qui est passionné par la vie chrétienne, qui est passionné par l'actualité, et il dit que la spiritualité n'est pas réservée à certains, mais qu'elle doit être le lot de tous les chrétiens, tous les chrétiens doivent vivre dans leur vacation, dans ce qui fait leur vie profonde, vivre de cette spiritualité qui est l'amour de Dieu.

Je crois qu'aujourd'hui notre spiritualité doit se teinter du dialogue inter-religieux, de cette ouverture aussi aux autres religions. Notre spiritualité chrétienne ne peut plus vivre en vase clos. Jean-Paul II nous a donné l'exemple en 1986, déjà à Assise. Pourquoi Assise ? Sans doute que pour les musulmans de la rue, cela ne veut pas dire grand-chose, mais il a voulu ce lieu, peut-être pour la proximité, pour saint François qui avait si bien fait régner la paix autour de lui, et dans son ordre, avant que que son ordre lui échappe. Mais il avait choisi ce lieu en 1986 pour faire cette réunion qui avait été assez fameuse, qui avait révolté certaines sensibilités d'Eglise, il avait même dit dans cette réunion que toute prière vraie était inspirée par l'Esprit Saint. Il avait posé des jalons, il ne s'agit pas de prier ensemble, de faire une espèce de meltinkpot qui n'aurait plus ni goût ni saveur, mais que chacun se respecte et soit dans un lieu pour prier. Cette année-là, à la différence de ce qui nous est demandé aujourd'hui, et qui sera relayé par cette initiative de ce soir, sur la place de l'Hôtel de ville à 18 heures pour tous les hommes et les femmes de bonne volonté, je crois que en 86, emporté sans doute par l'élan du Concile, on croyait que les religions étaient source de paix, que c'était quelque chose qui était acquis, que jamais les religions ne pouvaient entraîner la guerre, et dans un climat un peu optimiste, on se disait que si on s'unissait pour prier, c'était aussi avant la chute du mur, on pensait que si on priait vraiment ensemble, toujours marqués par cet optimisme, on pourrait faire de grandes choses.

La différence avec aujourd'hui, c'est que à Assise où chacun s'est retrouvé à nouveau, il y a eu comme un soupçon sur les religions. Cette réunion a été décidée très vite après les attentats du onze septembre, et on a craint une sorte d'instrumentalisation de la religion, non plus facteur de paix, mais facteur de guerre.

Je lisais ce matin dans une revue qui s'appelle l'œuvre d'Orient, qui est une revue très intéressante et qui nous parle des chrétiens en proie aux persécutions et particulièrement du fait de l'Islam, dans tous les pays du Moyen-Orient, du Proche-Orient, de l'Orient, dans cette revue qu'on ne peut pas soupçonner d'un dialogue à bon marché, ni de quelque chose de facile, il y a ce mot de Jean-Paul II qui refuse ce soupçon sur les religions. Il a toujours au cœur cet optimisme que l'on partage aussi : "Nous avons entendu dire qu'on assiste à un véritable affrontement entre religions. Toutefois, comme je l'ai déjà dit à plusieurs reprises, cela signifierait qu'on falsifierait la religion elle-même. Les croyants savent que loin d'accomplir le mal, ils sont obligés de faire le bien, à agir pour alléger la souffrance humaine, à édifier ensemble un monde juste et harmonieux".

Si vous venez ce soir, si vous avez au coeur de prier pour la paix, c'est qu'au fond de vous vous avez cet optimisme dans le dialogue. "J'ai d'autres brebis", nous disait l'évangile "qui ne sont pas de cet enclos". Cet optimisme que par la grâce du Christ qui est le seul unique Sauveur, unique médiateur, ces brebis qui ne sont pas de l'enclos pourront aussi entendre sa voix, pourront aussi unir leur prière et leurs forces, pour que quelque chose puisse arriver. Jean-Paul II est très optimiste puisqu'il dit : "Il faudra être très patient puisque les fruits arriveront mais au moment voulu, quand ceux qui auront semé dans les larmes récolteront dans la joie". Les fruits arrivent, mais ils sont aussi liés et suspendus à notre effort et dans le dialogue, et aussi dans la prière comme ce soir.

 

 

AMEN

 
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