AU FIL DES HOMELIES

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UNICITÉ DE L'ACTE ET DE LA PAROLE DU CHRIST

2 S 15, 7-12 ; Mc 3, 13-19

Jeudi de la troisième semaine de l'Épiphanie – B

(23 janvier 2003)

Homélie du Frère Bernard MAITTE

 

C

e passage de l'évangile de Marc m'apparaît convenir tout à fait au cycle de l'Epiphanie, de la manifestation. Ce passage est peut-être moins brillant que le premier miracle accompli par Jésus à Cana, tel que nous le révèle l'apôtre saint Jean. Car il s'agit bien ici chez saint Marc du premier miracle accompli par Jésus. Il vient d'être baptisé dans les eaux du Jourdain, Il vient d'annoncer que le Royaume est proche, il faut se repentir car les temps sont accomplis, et Il vient de choisir ses quatre pre­miers disciples.

Avec ses quatre premiers disciples, Il entre pas n'importe où, à Capharnaüm, dans cette Galilée des nations, au cœur même d'une population où il y a le tout-venant, et Il s'en va à la synagogue pour y en­seigner. Et là, nous rapporte l'évangile, son enseigne­ment, dès le départ, frappe les esprits, car Il enseigne non pas comme les scribes, mais avec autorité. Effec­tivement, les scribes se contentaient de répéter l'en­seignement des anciens. Or, là, les auditeurs de la Parole comprennent la radicalité et la nouveauté de son enseignement. Car l'enseignement est aussitôt suivi d'un acte au milieu de l'assemblée, dans la syna­gogue. Peut-être d'ailleurs, personne jusqu'à présent ne s'en était rendu compte : un homme possédé d'un esprit impur, se met à vociférer. Ce qu'il dit est fort intéressant. Il dit, même si la traduction n'est pas tout à fait exacte : "Quel lien y a-t-il entre toi et moi ?" C'est la même phrase que Jésus dit à Marie, à Cana. Reconnaissance de l'identité de l'un et de l'autre. C'est un esprit impur qui se révèle face à l'esprit pur par excellence qu'est Jésus. Il confesse, car c'est une confession, à la fois, l'humanité et la divinité de Jésus : "Tu es Jésus le Nazaréen", reconnaissant ainsi son humanité et : "Je sais qui tu es, tu es le saint de Dieu !" reconnaissant et confessant ainsi sa divinité. Autant dire que l'enseignement, la Parole même de Dieu agit efficacement au cœur de l'homme qui se rend bien compte de la distance qu'il y a entre Dieu et lui. Comme tout homme de la Bible a toujours reconnu la distance qui existait lors d'une manifestation ou d'une théophanie, qu'il y avait entre le Seigneur et celui qui a cette vision de Dieu.

Et là, c'est le secret messianique de Jésus bien commenté dans l'évangile de Marc, Il demande que l'homme se taise et puis Il pose simplement l'acte de guérison. A partir de cela Il est connu dans toute la Galilée. Lorsque l'évangile se poursuit, on dira même qu'Il ne pourra plus entrer dans aucune ville, car Il est maintenant trop connu à cause de ses miracles, parce que Jésus ne veut pas, bien sûr, et cela dès le départ, de confusion.

Cette manifestation du Christ dans le premier miracle que nous rapporte saint Marc devrait nous ouvrir cette perspective du sens et de la manière dont nous recevons et nous vivions de la Parole de Dieu. Si nous faisions une comparaison au niveau liturgique, dans l'assemblée que nous représentons, dans la syna­gogue que nous sommes, il y a bien l'enseignement de la Parole de Jésus, ce temps liturgique de l'écoute, de la réception, de l'enseignement du Christ qui le fait avec autorité. Puis, prenant racine dans cet acte fon­damental, sa Parole se fait chair, et devient pour nous cette nourriture eucharistique. Cela ne peut se faire que dans un contexte de foi lorsque nous avons confessé que Jésus est vraiment homme et vraiment Dieu, et quand nous avons confessé aussi la distance qui existe entre Lui et nous, que nous avons reconnu notre impureté, notre péché, ou notre indignité à le recevoir. Là se produit ce qui ne pouvait pas être prévu : l'absolue proximité, communion, acte d'amour entre le Seigneur et nous.

Oui, comment vivons-nous aujourd'hui, alors que notre habitude se transforme trop souvent en rou­tine. Routine qui finit par réduire le statut de la parole de Dieu, comme peut-être le miracle absolu de ce don de Dieu dans l'eucharistie. Oui, comment acceptons-nous de vivre un Christ proche de nous ou qui pour­tant, ou grâce à cette proximité, nous dit toute son autorité, car avec Lui, la Parole et l'acte sont un.

 

 

AMEN

 

 
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