AU FIL DES HOMELIES

Photos

UN AUTRE REGARD SUR LE MARTYRE

Hb 10, 32-36 ; Jn 17, 11-19

Jeudi de la troisième semaine de l'Épiphanie – A

(20 janvier 2011)

Homélie du Frère Christophe LEBLANC

Saint Sébastien

 

F

rères et sœurs, il y a la grande Histoire, celle qui a été mise à l'honneur pendant des siècles et des siècles, cette Histoire événement qui nous raconte les batailles, les actes héroïques des soldats. Et puis, il y a la petite histoire des anonymes, des "sans grades", de tous ces gens dont on n'a gardé aucun souvenir, aucun fait, aucun nom. Il faut bien reconnaître que dans le domaine de la géographie, et plus particulièrement dans ce qu'on appelle le martyrologe, les récits des actes des martyrs, ceux qui ont toujours été mis à l'honneur, ce sont bien sûr les martyrs en tant que tels, c'est-à-dire ces hommes, ces femmes, ces jeunes enfants, ces vieillards, qui, publiquement, ont donné leur vie pour Dieu.

Mais aujourd'hui, avec la lettre que Cyprien de Carthage a écrite à l'Église de Rome qui venait de perdre son évêque Fabien, il nous est donné peut-être de méditer sur le martyre sous un autre angle. Délaissons les lumières dirigées sur ceux qui ont été mangés par les lions dans les arènes, pour nous tourner vers le comportement de l'Église qui devrait être tout à l'honneur de l'Église et dont on parle moins, c'est-à-dire, comment l'Église a aussi fait pour préserver l'unité avec ceux qui étaient bien vivants, et qui ne sont pas morts des suites des combats, des mises à mort, des lions et de tout ce que voulez. Je trouve assez beau justement que Cyprien, écrivant à l'Église de Rome, ne s'attache pas simplement sur les grands noms et fasse honneur à ceux qui ont donné leur vie dans l'arène, mais qu'il ait soin de ceux qui sont tombés, sachant qu'il voit en ceux qui sont tombés, l'occasion d'un autre martyr, le témoignage d'autre chose, la préservation envers et contre tout de l'unité de l'Église.

Voilà ce que dit Cyprien aux diacres et aux prêtres de l'Église de Rome : "L'Église tient bon, ferme dans la foi. Pourtant, certains poussés par la peur, soit parce qu'ils étaient des personnages en vue, soit parce qu'ils étaient arrêtés, sont tombés parce qu'ils craignaient les hommes (d'ailleurs Cyprien ne les juge pas)". Voilà le comportement que Cyprien propose aux diacres et aux prêtres de l'Église de Rome : "Vous voyez donc frères que vous devez agir pour que ceux qui sont tombés soient ramenés par vos exhortations. Et s'ils sont arrêtés de nouveau, qu'ils puissent réparer leur première erreur en confessant la foi".

Et il ajoute ensuite d'autres devoirs et cela en pleine persécution. "Vous avez aussi d'autres devoirs que nous ajoutons. Par exemple, si ceux qui ont succombé à cette épreuve tombent malade, font pénitence de leurs fautes et désirent rentrer dans la communion de l'Église, on doit évidemment venir à leur secours. Les veuves, les indigents qui sont sans ressources, ceux qui ont été incarcérés et chassés de chez eux, il faut qu'ils puissent recourir à des ministres désignés. De même les catéchumènes qui tombent malades ne doivent pas être abandonnés, on doit leur venir en aide".

Vous voyez frères et sœurs, que le martyre, ce n'est pas simplement cet acte violent à travers lequel une personne verse son sang pour Dieu. Bien sûr, c'est ce qui nous marque le plus, parce que face à cet acte, nous ne pouvons nous empêcher de nous demander ce que nous ferions nous à leur place. Mais il ne faut pas oublier qu'au cœur des persécutions, il n'y a pas que des gens qui donnent leur vie, il y en a qui fautent, et nous n'avons pas à les juger. Et surtout, ces hommes et ces femmes qui fautent doivent pouvoir trouver dans l'Église un visage d'amour et de miséricorde et pas simplement quelqu'un qui leur dit, oui, Dieu t'a pardonné, mais des choses extrêmement concrètes. Il y a des hommes et des femmes qui ont été torturés et que l'on doit soigner, des femmes qui ont perdu leur mari et qui se retrouvent sans aucune ressources, etc…

Frères et sœurs, je crois que c'est ce à quoi nous avons à nous attacher. Dans nos pays occidentaux même si les chrétiens ne sont pas toujours vus d'un bon œil nous ne vivons pas le martyre d'une manière sanglante, mais nous sommes invités à faire corps et à savoir nous aider les uns les autres. Et puis, surtout, nous sommes dans la semaine de prière pour l'unité, et cette année, on nous invite à nous tourner plus particulièrement vers les chrétiens orientaux qui eux, subissent des assauts violents. Je crois que c'est la prière que nous avons à leur offrir, pas simplement de compter les morts, mais aussi de penser à tous ceux qui sont bien vivants et qui au cœur de cette vie qu'ils ont toujours, vivent peut-être des moments très difficiles de doute, d'interrogations, de certains qui sont tentés de tout abandonner, et d'autres qui peut-être aimeraient se convertir à une autre foi, mais qui sont empêchés de pouvoir exercer leur liberté religieuse.

 

 

AMEN

 

 
Copyright © 2019 Paroisse Saint Jean de Malte - Tous droits réservés
Joomla! est un Logiciel Libre diffusé sous licence GNU General Public