AU FIL DES HOMELIES

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JÉSUS CHASSE UN DÉMON IMPUR

Gn 27, 41-45+28, 1-5; Mc 1, 21-28

Lundi de la troisième semaine du temps de l'Épiphanie – A

(23 janvier 1984)

Homélie du Frère Daniel BOURGEOIS

L

 

'évangile est tellement rempli de récits de miracles que, en entendant cette page que nous venons de lire, on pourrait se dire : au fond, c'est un récit parmi tant d'autres. Et pourtant je crois qu'il faut le lire avec beaucoup d'attention car c'est d'après saint Marc, le premier miracle de Jésus. Le premier signe public du ministère de Jésus c'est de chasser ce démon de cet homme possédé d'un esprit impur.

Or ce qui est intéressant c'est que, dans ce miracle, il y a déjà toute la théologie, toute la foi de l'Église dans le Christ Sauveur. C'est tellement précis, tous les éléments y sont que c'en est étonnant.

Tout d'abord, cela se passe à la synagogue, le jour du sabbat, car le jour du sabbat c'est le jour du repos et de l'amitié avec Dieu. Et c'est fondamental car, à partir du moment où Jésus est sur la terre, c'est le jour du sabbat qui commence le jour du repos et de l'amitié avec Dieu. Ensuite, il s'agit d'une synagogue, le lieu de rassemblement du peuple. Par conséquent, Jésus est au milieu d'Israël, Il est au milieu de son peuple. Et pourquoi se rassemble-t-on le jour du sabbat ? C'est pour entendre la Parole de Dieu. Or, Jésus est là, Il lit, Il commente et Il est la Parole de Dieu, tout à la fois. Par conséquent nous sommes vraiment dans l'accomplissement des promesses : le sabbat est arrivé, le Fils de l'Homme est là, le peuple est rassemblé autour de Lui et Il est la Parole qui commente la Parole. Tout Israël est accompli. Tout est déjà donné. Il n'y a plus rien à ajouter.

Seulement voilà, c'est que, dans ce peuple d'Israël rassemblé autour de Jésus il y a un homme possédé d'un esprit impur. Et qu'est-ce qui devrait se passer ? La Loi nous montre ce qui est bien et ce qui est mal, elle montre la faiblesse de l'homme mais elle ne la guérit pas. Normalement, après avoir fait son commentaire, Jésus devait reposer la Torah, la Loi et s'en aller sans rien faire. Il ne devait pas sauver. Il devait simplement expliquer la Parole, montrer le bien qui était dans le peuple d'Israël, éventuellement montrer le mal qui pouvait affliger l'homme, mais la Loi dit ce qui est bien et ce qui est mal, elle ne fait pas. Or c'est là que tout bascule, c'est que maintenant, la Parole n'est plus simplement la Loi qui indique le bien et le mal, elle est la Parole, en personne, du Verbe de Dieu qui sauve et qui guérit. Et à ce moment-là, le Christ va accomplir la puissance de la Parole. Jésus guérit cet homme, et Il n'a pas le droit. Et nous assistons, pour ainsi dire, à un drame qui est celui de la mort et de la résurrection du Christ. D'une part le démon qui se déchaîne sur cet homme, et le Christ qui affronte le démon en chassant l'esprit impur qui obsède cet homme et d'autre part la Loi qui s'acharne aussi pour dire : mais tu n'as pas le droit de faire cela. C'est le début du grand combat. Le Christ, malgré tout, prend le risque d'aller au-delà de la Loi, pour l'accomplir, pour montrer que la Parole de Dieu n'est pas simplement ce qui montre l'impuissance de l'homme mais qu'elle est aussi ce qui peut guérir l'homme. Il n'est pas étonnant de voir que le dénouement de ce miracle c'est le même qu'au moment de la Résurrection. En voyant cela "les hommes sont effrayés" comme les femmes, dans le récit de la Résurrection, selon saint Marc, sont effrayées, au moment où elles ont vu le Christ Ressuscité, car "ils ont vu le salut à l'œuvre". Et alors, "sa renommée s'étend dans toute la région" comme à partir de la Résurrection, l'annonce de la Bonne Nouvelle du salut s'est répandue à travers le monde entier.

Vous voyez comment un évangéliste a pu, a su sous l'inspiration de l'Esprit, nous faire retrouver dans un épisode en apparence courant que nous lisons, nous, comme une sorte de haut fait de Dieu, une sorte d'action d'éclat qu'il a fait pour impressionner l'entourage, voire pour le convertir, les grands événements de l'histoire du salut qui sont déjà proclamés en résumé. En réalité, quand on regarde la manière même dont le Christ a voulu opérer ce miracle, on voit comment le Christ n'attend pas sa mort et sa Résurrection pour manifester la plénitude de son œuvre de salut, mais Il la manifeste dès ce moment-là. Il n'y a qu'une différence fondamentale et elle est très importante. C'est que les seuls qui se rendent compte de la gravité de la situation, ce ne sont pas les hommes mais ce sont les démons. C'est normal, ils sont très intelligents et ils voient toujours la gravité de la situation : c'est là le propre des démons. Généralement les enfants de lumière sont beaucoup plus naïfs. Or c'est cela la grande différence. Les démons confessent : "Je sais qui Tu es. Tu es venu pour nous troubler. Tu es le Saint de Dieu!" Les hommes eux-mêmes ne savent pas très bien ce qui se passe. Cela se passe au-dessus de leur tête. C'est la grande différence avec la Résurrection. C'est que, au moment même où le Christ commence son ministère, le combat est vraiment engagé, mais les hommes ne s'en rendent pas compte. Tandis qu'au moment de la Résurrection, lorsqu'Il les enverra, à ce moment-là les hommes sauront que le Christ est le Saint de Dieu et ils se rendront compte normalement de l'importance du combat.

Maintenant, dans notre monde d'aujourd'hui, nous continuons à vivre ce combat du salut. Et simplement ce que je crois, c'est qu'il faut que nous ayons les yeux ouverts et sur le Christ et sur les démons qui se déchaînent. Sur Le Christ pour la confession de la foi, pour dire : "Je sais qui Tu es, le Saint de Dieu" et sur les démons, pour tenir fort et ferme dans le désir d'apporter à l'homme sa véritable liberté.

 

AMEN

 
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