AU FIL DES HOMELIES

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L'ŒCUMÉNISME AUJOURD'HUI

Ep 4, 1-16 ; Jn 17, 11b +18-23

Lundi de la troisième semaine du temps de l'Épiphanie – C

(18 janvier 2010)

Homélie du Frère Daniel BOURGEOIS

Malines : Tombeau du Cardinal Mercier (1926)
Conversations de Malines (1922-1925)

 

F

rères et sœurs, ce qu'on appelle aujourd'hui le mouvement œcuménique est né il y a cent ans exactement. Il est né en Écosse, dans la ville d'Édimbourg où se tenait un congrès missionnaire qui était déjà traditionnel dans les Églises d'obédience anglo-saxonnes, à cause des problèmes posés par la mission. L'Angleterre a connu une expansion coloniale assez fulgurante, et en même temps que cette expansion coloniale il y avait l'implantation du christianisme à travers un certain nombre de ministres anglicans dont on a un peu oublié les noms mais qui sont des hommes extrêmement courageux. En 1910, le thème de ce congrès était le scandale provoqué par la division des Églises dans l'annonce de l'évangile dans les différents peuples auxquels on s'adressait, que ce soit en Afrique, en Amérique du Sud c'était un peu différent parce que c'était en grande majorité catholique, mais aussi en Inde, et en Océanie.

Cette réflexion est venue des milieux protestants qui s'y connaissaient en matière de morcellement des Églises, et qui ont constaté que selon les obédiences, selon les groupes auxquels ils appartenaient, quand ils se retrouvaient sur le terrain en face des populations indigènes, leur prédication par elle-même posait scandale puisqu'il fallait expliquer que le missionnaire blanc qui venait ici pour annoncer l'évangile avait un évangile plus vrai que l'autre missionnaire blanc qui avait le même col anglais, qui lui, annonçait un évangile de façon différente pour une autre Église. C'est comme cela qu'est né l'œcuménisme. Est-ce qu'on peut sous prétexte de mission, exporter nos divisions ? Chose curieuse, en général les colloques font mousser les problèmes pendant le temps d'une publication, et généralement, c'est sans suite, alors qu'ici, il y a eu dans ce congrès deux ou trois hommes qui ont commencé à prendre le problème extrêmement au sérieux.

Evidemment, 1910, vous l'imaginez, quatre ans plus tard, c'était la guerre mondiale et l'essor de la réflexion œcuménique en a été à la fois ralenti par le fait qu'on avait d'autres soucis en tête, mais en même temps accéléré par le fait que dans les tranchées et parmi les combattants, il se trouvait des chrétiens des différentes confessions. Que ce soit du côté du front germano-autrichien, hongrois avec l'empire autrichien qui était plutôt catholique et l'empire allemand plutôt protestant, que ce soit du côté des alliés, où avec les Anglais, les Américains et les Français, on se retrouvait également devant des situations et c'est l'expérience cruciale de la grande guerre où tout le monde se retrouvait quoiqu'il arrive, absolument égal devant la mort !

Ensuite, le mouvement œcuménique a repris vers les années 1920, et le point de rencontre était plutôt la Suisse, sans doute parce qu'elle faisait figure à ce moment-là de point de ralliement international, et puis parce que les problèmes œcuméniques étaient plutôt ressentis comme des problèmes liés à a vie européenne. Ensuite, on a commencé à restructurer le mouvement œcuménique avec des institutions, mais là encore, la crise de la deuxième guerre mondiale a tout paralysé. C'est donc seulement en 1948 que le Conseil Œcuménique des Églises a pu être constitué et a commencé son travail avec un ensemble administratif parfois un peu lourd mais tout de même assez important qui a essayé petit à petit de sensibiliser toutes les Églises, toutes les confessions dans le monde à la question de l'unité de l'Église.

Comme vous le savez, l'Église catholique a toujours fait un peu cavalier seul dans le problème de l'œcuménisme, en considérant que le problème de l'Église ne pouvait pas simplement se résoudre par des documents de conciliation, etc … et donc, du côté de l'Église catholique, le mouvement était un peu différent. Cela a été surtout un œcuménisme spirituel et c'est au moment de Vatican II sur la volonté expresse de Jean XXIII qui avait eu lui-même beaucoup de contacts avec les Église orthodoxes quand il était nonce à Istanbul, que le problème de la dimension œcuménique de la confession de la foi a été explicitement reposé dans l'Église catholique et a abouti à un certain nombre de textes et de documents du Concile Vatican II.

A la suite de cela, il y a eu un moment de très grand enthousiasme, peu avant le Concile et un peu après, et ce mouvement est assez durement retombé parce qu'effectivement, on s'est aperçu que les problèmes et les chemins de l'unité étaient beaucoup plus complexes que simplement le bon désir et la bonne volonté des membres des Églises. C'est pourquoi aujourd'hui, l'œcuménisme a pris une sorte de dimension un peu plus lointaine. C'est de responsables d'Églises à responsables d'Églises que se font beaucoup de dialogues, soit des dialogues bipartites, c'est-à-dire par exemple une Église avec une autre, soit à l'intérieur du protestantisme, soit entre telle ou telle Église protestante et l'Église catholique. Un des plus beaux exemples est en 1999, quand a été signé le document sur la justification. Là, c'est l'Église catholique qui a signé un document pour reconnaître la théologie de la justification avec le côté luthérien seulement mais pas avec les autres confessions protestantes. Cela montre que tous ces dialogues sont extrêmement complexes et difficiles.

Maintenant, la situation à cause de la mondialisation est en train de changer de façon assez radicale. On ne peut pas se cacher une chose qui est sans doute assez inquiétante, c'est que le réveil évangélique, surtout américain, a pris des proportions extrêmement importantes notamment dans un désir de prosélytisme un peu débridé qui se porte surtout sur l'Amérique latine. Actuellement la fondation de groupes plus ou moins sectaires récupère une bonne frange du catholicisme du Sud Amérique, et c'est l'œuvre des évangélistes américains, et je crois qu'on peut le dire, hélas, à plus ou moins moyen terme, la reprise de Haïti sous l'influence américaine sera sans doute un moment où la population, chrétienne risque d'être assez largement récupérée, si tant est qu'elle ne l'était pas déjà, par cet évangélisme américain parfois assez virulent.

Le problème reste posé, les Églises y restent extrêmement attentives et surtout maintenant, la réalité même de l'œcuménisme comporte deux choses. Premièrement, ce qu'on a appelé et qui est toujours valable, le côté spirituel, prier pour l'unité de l'Église. Je crois que c'est le meilleur moyen de mettre en valeur le fait que l'unité est une grâce et non pas le résultat d'un travail de bureau aussi sérieux soit-il. Et la deuxième chose, c'est ce que j'appellerai cette convivialité œcuménique qui fait que nos communautés comme telles peuvent se rencontrer les unes les autres, échanger, approfondir sur un certain nombre de sujets à la fois bibliques, théologiques, spirituels, et ainsi, essayer d'être sensibles aux différents accents de chacune des confessions auxquelles nous appartenons.

C'est pourquoi, même si à certains moments on sent comme une sorte de découragement ou en tout cas de lassitude, cela n'avance plus (on entend souvent cette réflexion), en réalité, je crois qu'il faut comprendre qu'entre 1910 et aujourd'hui, le chemin parcouru a quand même été immense. Je pense que ce serait de notre part une sorte de lâcheté que de laisser tomber tout ce qui s'est fait jusqu'à maintenant sous prétexte que comme les enfants gâtés, on n'a pas tout de suite les résultats qu'on voudrait. C'est donc un œcuménisme peut-être un peu plus ascétique auquel on est convié actuellement, c'est un œcuménisme dans lequel il faut essayer de savoir et de deviner un peu mieux ce qui est au cœur même de chacun des groupes, de chacune des confessions, de chacune des Églises, de mieux discerner ce qui fait à la fois les différences et surtout, je crois, ce qui n'a jamais été perdu et qui est la base profonde sur laquelle nous pouvons construire cette unité, c'est-à-dire notre confession de foi au Dieu Père, Fils et Saint Esprit.

 

AMEN

 

 

 

 
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