AU FIL DES HOMELIES

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UNITÉ DE L'ÉGLISE

Ep 4, 1-16 ; Jn 17, 11 b+18-23

Lundi de la troisième semaine de l'Épiphanie – B

(18 janvier 1988)

Homélie du Frère Daniel BOURGEOIS

 

L

orsqu'on prie pour l'unité des chrétiens, il est de bonne méthode de savoir pour quoi on prie. Vous allez me dire : c'est évident que c'est pour l'unité de l'Église. Soit ! Mais qu'est-ce que l'unité de l'Église ? Les textes que nous venons d'entendre trouvent un admirable résumé dans l'oraison du missel que nous avons lue tout à l'heure, et je vous propose de méditer sur cette oraison pour nous éclaircir les idées et la prière.

"Dieu éternel et tout-puissant, Toi qui rassembles ce qui est dispersé et qui fait l'Unité de ce que Tu rassembles." Voilà comment on parle de Dieu. Depuis toujours, dans la tradition juive et dans la Tradition chrétienne, Dieu a été confessé comme le Dieu "UN" et le Dieu unique. Si je prends une comparaison avec la création, la création a une unité parce qu'elle a un seul créateur. La création a une unité parce que chacun des éléments qui la composent ne trouve pas seulement son unité par rapport aux autres, mais parce que, tous ensemble, trouvent leur unité par rapport à leur créateur. Quand nous disons : "Je crois en Dieu tout-puissant, créateur du ciel et de la terre" nous voulons dire que Dieu donne, fondamentalement l'unité à sa création et à toute l'histoire de cette création. Cela ne peut venir que de Lui. De même que l'unité d'une famille vient de l'unique amour des parents, de la même façon l'unité de la création, et quand je dis création, je ne dis pas seulement le décor dans lequel nous vivons mais notre existence quotidienne, l'unité même de notre vie d'êtres créés vient de Dieu.

C'est très important car, même si le péché s'est glissé dans cette création, ce qui est un fait que nous constatons tous les jours, cette création néanmoins garde une véritable unité. Si nous pouvons comprendre quelque chose dans l'écheveau apparemment indémêlable de notre vie et de la vie du monde, c'est parce que précisément il reste, malgré le péché, malgré tout ce que nous pouvons faire pour brouiller les cartes, il reste une unité fondamentale qui est la présence du créateur au fond même de cette création.

Et bien quand le Christ est venu "pour rassembler les enfants de Dieu dispersés", pour donner à cette création le visage de l'Église, précisément il n'a fait que reprendre, de fond en comble, cette fonction, ce souci d'unité et d'uni­fication que Dieu avait voulue depuis la création du monde. Par conséquent, l'Église elle-même a une unité. C'est pour cela que nous disons : "Je crois en l'Église une", même s'il y a plusieurs confessions de foi. Nous disons l'Église une, de l'unité même que Dieu lui donne, et c'est cela d'abord qui fait que l'Église est l'Église. C'est pour cela qu'elle ne pourra jamais perdre son identité, même s'il y a encore de nouvelles divisions, de nouvelles querelles, de nouvelles batailles de frères ennemis. En réalité l'unité de l'Église au sens de Dieu qui tient ensemble tous les enfants qu'Il a unifiés, qu'Il a attachés à Lui, cela ne cassera jamais.

C'est précisément ce que dit l'oraison : "tous les hommes qu'un seul baptême a consacrés". Vous remarquerez que les confessions de foi, protestante, orthodoxe, catholique reconnaissent mutuellement leur baptême. Ce faisant elles ne font pas seulement un acte juridique qui signifierait : "l'inscription sur le registre de catholicité est valable aussi bien chez vous que chez moi." Ce n'est pas une reconnaissance juridique et administrative de la valeur du baptême. C'est fondamentalement ceci : à partir du moment où Dieu, par le sacrement du baptême, s'est attaché quelqu'un, cette personne entre dans l'unité de l'Église. Dans l'unité invisible mais réelle de Dieu qui fait l'unité de tous ses membres à Lui. Et c'est seulement quand on a compris cela que l'on comprend aussi pourquoi l'on prie pour l'unité de l'Église, car de quoi s'agit-il ?

Il s'agit que cet acte par lequel Dieu nous attache à Lui et les uns aux autres par "le lien du baptême", par la consécration du baptême, il s'agit que cela soit manifesté, ne soit pas seulement réel dans le cœur de Dieu, ce qui est l'essentiel, mais soit aussi réel dans le cœur de chacun d'entre nous et dans le cœur des Églises. C'est cette unité comme réalité humaine traduisant l'unité que Dieu veut pour son Eglise que nous demandons sans cesse par la prière, car c'est précisément cette unité-là qui est compro­mise par notre péché et par notre insouciance, par le fait que nous ne sommes pas à la hauteur du projet de Dieu. Vous avez entendu dans l'évangile : "Qu'ils soient Un comme Toi, Père, et Moi nous sommes un". L'unité que Dieu veut totalement réaliser pour son Eglise est du même ordre que celle qui existe au sein même du cœur de la Trinité. Cela ne se trouve pas sous le sabot d'un cheval, c'est un don, c'est une grâce. Et précisément à cause de notre péché et de la limite de notre cœur pour accueillir cette grâce, nous avons une sorte de penchant presque irrépressible à ne jamais vivre à la hauteur de l'unité que Dieu veut pour nous.

C'est pourquoi cette Église, ces Églises qui, à cause du baptême qui a consacré chacun de leurs membres à l'amour de Dieu, ont entre elles une certaine unité qui vient de Dieu, mais ont sans cesse besoin de supplier, de prier pour que cette unité dans sa source divine puisse vraiment se réaliser dans les modalités humaines, dans l'exercice humain de notre appartenance au Dieu unique. C'est pour cela qu'on demande : "Nous Te prions d'unir dans la totalité de la foi et par le lien de la charité." C'est en cela que l'unité de l'Église est toujours blessée dans les actes de l'Église. Elle n'est pas blessée dans son être même, car là c'est le secret de Dieu, c'est la vie trinitaire. Et là, heureusement, nous ne pouvons pas y atteindre. Nous ne pouvons pas démolir quoi que ce soit de ce côté-là, car c'est solide comme Dieu. Mais, par contre, nous pouvons atteindre le mystère de l'unité de l'Église dans les actes, dans la signification même d'unité qu'elle devrait revêtir pour chacun d'entre nous et pour tous les hommes, aux yeux du monde.

C'est pour cela précisément qu'il nous faut prier sans cesse, car il est terrible d'avoir une telle vocation d'unité et de nous dérober sans cesse par notre péché, par nos désunions, par nos refus d'amour, par le fait de ne pas vouloir voir en face cette vocation d'unité qui est inscrite dans le baptême de chacun d'entre nous. C'est pour cela que la prière pour l'Unité, ce n'est pas simplement la semaine du 18 au 25 janvier même si c'est un moment privilégié, mais la prière pour l'unité de l'Église, c'est un souci constant que se dévoile, en vérité comme signe, dans l'existence humaine de l'Église, cette unité que le Christ lui a voulue, en se donnant au Père. Ce n'est pas un hasard si, juste avant de mourir, le Christ a prié pour l'unité de l'Église, car au fond, l'unité de l'Église c'est ce qui traduit le mieux son appartenance au Père.

Qu'en ce jour s'éveille vraiment dans notre cœur, au véritable niveau où cela doit se situer, à la fois une immense espérance, une foi et une charité suffisamment grandes pour reconnaître tout ce qui nous est déjà donné, tout ce qui est solide, tout ce qui est invulnérable et qui est la totalité et la plénitude même de l'amour de Dieu donné à chaque baptisé et qui les rend un dans le mystère de leur consécration à Dieu. Mais en même temps que cela nous donne la mesure de notre péché, car chaque fois que nous péchons contre l'unité, c'est cette unité trinitaire que Dieu veut pour chacun d'entre nous pour que nous vivions tous ensemble rassemblés dans le cœur même de Dieu, que d'une certaine manière, nous empêchons de se réaliser dans la texture même de notre humanité, et que nous empêchons d'être visible à la face du monde, ce qui est le péché public de notre désunion.

Qu'en recevant le corps et le sang du Christ, nous recevions cette vie de chair et de sang versé pour nous dans la mort de Jésus et dans sa résurrection, pour redevenir à la fois conscients et surtout amoureux de cette unité que Dieu veut pour son Eglise et pour tous les membres des diverses Églises.

 

AMEN

 

 

 
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