AU FIL DES HOMELIES

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NOUS SOMMES LA LETTRE DE DIEU

2 Co 3, 2-6

(19 janvier 2009)

Homélie du Frère Daniel BOURGEOIS 

 

Corinthe : Temple d'Apollon 

F

rères et sœurs, continuons ce merveilleux autoportrait de saint Paul à travers le texte que nous venons d'entendre tout à l'heure, et qui est peut-être un des textes les plus bouleversants sur son métier d'apôtre et sur sa mission. 

En effet, je vous ai expliqué que saint Paul était à Éphèse, à une journée de bateau de Corinthe, il a appris que la communauté de Corinthe n'allait pas très bien, il y avait des remous et des dissensions Entre autre motif des dissensions, certains missionnaires passaient là où lui-même avait posé les fondements d'une Église à Corinthe et que certains de ces missionnaires présentaient des lettres disant : moi je viens de la part de Pierre, ou de Jacques. Or, dans l'Antiquité, ce n'était pas comme dans les tribunaux d'aujourd'hui où l'on peut accuser les gens pour faux et usage de faux, à cette époque, les faux étaient la chose du monde la plus répandue. Toutes ces lettres dont pouvaient se prévaloir un certain nombre de pseudo apôtres, étaient généralement ce qu'on appelle aujourd'hui d'un nom un peu savant de la pseudépigraphie, c'est-à-dire, de la fausse attribution. A Éphèse, Paul pique une rage parce qu'il dit : ils vont ont annoncé cet évangile, et de quelle autorité ? Ils vous ont présenté des lettres ! Mais ces lettres venaient de qui ? On ne sait pas de qui elle viennent, et Paul est assez discret là-dessus. Mais en attendant, saint Paul a bien dû se douter, vu que l'évangile était faux, que les lettres l'étaient aussi. 

       Se pose alors la question : si cet évangile-là était faux puisqu'il était patenté par de faux documents, comment le sien est-il vrai ? Paul retourne la question d'une façon admirable. Ce n'était pas du tout dans le tempérament de Paul qui était assez suffisant et sûr de lui, de demander des lettres patentes à Pierre et à Jean. Quand il est monté à Jérusalem, il n'a pas demandé un petit billet autographe pour dire que maintenant, lui Paul était missionné par Pierre. Il n'a jamais voulu agir de cette manière. Il ne pouvait donc pas se prévaloir d'un document qui aurait garanti l'authenticité de son évangile. Il n'y tenait pas du tout puisqu'il disait toujours : mon évangile, je le tiens directement de la révélation que Dieu a fait en moi de son Fils (allusion au chemin de Damas), et de tout l'itinéraire qui l'a amené à son statut d'apôtre et d'évangéliste.  Il ne peut pas dire : moi j'ai des lettres. 

      Alors, comment témoigner ? Il dit alors : mon témoignage, c'est vous qui êtes ma lettre d'authentification. Ce n'est pas une lettre écrite avec de l'encre sur du papier, ce ne sont pas des lettres gravées dans de la pierre comme l'Ancien Testament. Ces lettres, c'est écrit non plus avec de l'encre, mais avec l'Esprit Saint, non plus sur de la pierre (il reprend une image d'Ézéchiel) mais dans votre chair. C'est un peu comme si un fiancé disait à sa fiancée : tu es ma lettre de chair, tu es l'authentification de mon amour. C'est si beau cette réaction de Paul qui reconnaît que l'authentification de son apostolat, c'est la communauté des Corinthiens. Cela ne l'empêche pas de leur passer une semonce assez gratinée, en leur disant : moi je vous tiens pour ma lettre, et vous, en allant trafiquer avec d'autres faux auteurs, vous êtes en train de trahir votre propre identité. 

       En fait cela s'applique à nous. Qui est la lettre de Dieu au monde ? c'est l'Église. Nous sommes la lettre de Dieu au monde, lettre écrite avec le don de l'Esprit qui est donné aux baptisés, et une lettre écrite dans notre chair et dans notre sang à travers notre charité, notre fidélité et notre amour des autres. C'est ce côté génial de Paul, dans n'importe quelle situation, parce qu'ici, c'est un problème de justification et de faux en écritures, c'est une sorte de procès qu'on veut lui faire, lui il en tire tout de suite une considération extraordinaire sur le statut même de sa parole. 

       On a donc ici pour Paul cette dualité que Paul est en train de penser. Dans l'Antiquité, la parole était vivante et la lettre était morte, il le dit après : la lettre tue. Normalement la parole de Paul qu'il a annoncée, si elle était figée sur du papier d'une certaine manière, elle meurt et elle devient comme un fossile. Là précisément ce qui permet à la parole de Paul de ne pas mourir, c'est que le papier est vivant, et l'encre est vivante : c'est la présence de Dieu. Presque sans le vouloir, il bouleverse le rapport de l'oral à l'écrit. L'oral est vivant, mais il est fait pour se garder dans une chair vivante, une encre qui est vivante et qui est la puissance de l'Esprit. 

       Dans l'Église, aussi bien la parole que l'écrit sont vivants. Aussi bien la parole que l'écrit ont quelque chose de la fragilité du document qui peut périr parce qu'il est fait de chair et de sang. C'est très beau parce que l'évangile n'est pas l'objet d'une étude archéologique, l'évangile est gravé dans la chair vivante de chacun d'entre nous. C'est notre vocation et c'est notre mission. 

 

       AMEN


 

 

 
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