AU FIL DES HOMELIES

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RELATION D'AMOUR

Gn 14, 17-24 ; Mc 1, 29-39

Lundi de la troisième semaine de l'Épiphanie A

(22 janvier 1996)

Homélie du Frère Jean-François NOEL

 

C

ette guérison dans la maison de Simon a l'air relativement anecdotique. En fait, elle pose un grave problème qui est le rapport de Jésus avec les malades.

Quand Il est entré dans la maison de Simon, avec Simon lui-même, André, Jacques et Jean, Il n'est pas rentré pour guérir la belle-mère. Il a fallu que l'on parle d'elle, que les apôtres parlent d'elle pour que Jésus aille à son chevet. Il la lève, Il la guérit puis on pourrait penser qu'ils vont faire la fête, ils vont se réjouir même avec une belle-mère. Or non, la belle-mère les sert, elle est remise aux fourneaux à la place même où elle était avant d'être malade. On a l'impres­sion qu'on a arraché à Jésus cette guérison non pas qu'Il l'ait faite contre lui-même mais elle n'est pas la première raison de sa présence parmi les hommes. Il aurait très bien pu, dans cette maison de Simon, continuer à converser, à prêcher avec les quatre disci­ples qui l'entourent sans guérir la belle-mère.

Il y a de fait deux aspects à ce texte. L'inter­cession soulignée par le fait que les apôtres vont en parler et finalement demander à Jésus de la guérir. Et l'autre aspect, non moins important, c'est qu'elle est remise. Ce que la maladie abîme dans nos vies c'est qu'elle nous défait de notre service, de notre charge, qu'elle nous isole et qu'elle nous empêche d'être là où nous devons être. Jésus n'est pas venu, ce qui est le plus douloureux à comprendre, pour nous guérir de nos maladies humaines. La maladie fait partie de ce développement autonome de notre vie humaine en ce monde. Le Christ n'est pas venu nous en guérir. Il est venu en changer le sens. Il est venu changer le sens que cette maladie peut apporter c'est-à-dire la mort pour chacun de nous. Il est venu transformer le sens ultime de cette mort. La guérison des malades vient en quelque sorte de surcroît par rapport à une guérison plus profonde, plus mystérieuse qui est que nous ne sommes plus orientés vers une mort défi­nitive mais que nous sommes orientés, malgré l'appa­rence de la maladie et de la vieillesse, vers une vie éternelle qui commence à germer et à poindre dès maintenant. Il faut donc bien comprendre que l'acti­vité de guérison de Jésus n'est pas l'activité principale de sa mission sur la terre mais elle vient en plus. En fait, cette belle-mère sera peut-être de nouveau ma­lade, elle a peut-être un certain âge et de nouveau elle aura de la fièvre et un jour elle mourra. Jésus n'est pas venu empêcher le déroulement de cette maladie, de la vieillesse de nos corps. Il est venu empêcher que la mort nous saisisse définitivement et nous empêche de goûter ce qu'Il est venu annoncer lui-même, par sa personne : le début de la vie éternelle.

Et peut-être que ce qui nous fait comprendre cet Évangile, c'est la transition entre l'évangile précé­dent et cet évangile. L'évangile précédent c'était donc l'histoire de l'homme impur avec ses démons qui re­connaissent Jésus et qui le nomment comme le saint de Dieu. Jésus sort de la synagogue et Il rentre dans la maison. Je vois là, à travers cette transition, l'idée que désormais ce n'est pas dans la synagogue que nous le reconnaîtrons, que nous confesserons la présence de Dieu mais c'est dans nos vies, secrètement, discrète­ment. Et c'est pourquoi Il passe de cette synagogue à cette maison. Passant du lieu où Il devrait être re­connu comme tel, où Dieu doit être célébré en tant que Dieu à la maison, où finalement on ne le célèbre pas. Et cette maison devient la nouvelle synagogue comme le devient le corps de la belle-mère : le corps de la malade devient ce lieu de la présence de Dieu. Non pas le lieu d'une guérison physique mais le lieu d'une présence de Dieu que la maladie ne pourra ja­mais toucher. Jésus vient affirmer que nos maisons, notre corps, notre vie malgré l'apparence de la mala­die, de l'usure, de la vieillesse et même de la mort seront toujours le lieu où Dieu sera présent, sera célé­bré. saint Paul dira plus tard que nous sommes les temples du saint Esprit Cela a l'air d'être une maigre consolation, une injure, une imposture par rapport à nos déboires et à nos malheurs humains. Et pourtant Dieu n'intervient pas en changeant le cours de cette vie humaine. Il la change de l'intérieur. Il la métamor­phose de l'intérieur afin qu'elle n'aille pas vers ce vers quoi elle penche mais que secrètement, avec toutes les paraboles qu'Il va développer sur le grain de sénevé et sur les graines, naisse et germe une autre vie. Alors, cette autre vie par une soudaine guérison, peut se ren­dre visible ; peut-être aussi qu'elle est cachée à l'inté­rieur même de nos maladies, de nos misères et de nos péchés, et que notre vie humaine sera ce mélange étonnant, toujours mystérieux, peut-être exaspérant de nos maladies, de nos misères et de nos péchés, avec la vie nouvelle qui sans arrêt lutte, naît, grandit et croît en chacun de nous.

Demandons au Seigneur que nous reconnais­sions sa véritable mission sur cette terre, qui n'est pas de nous donner une vie humaine plus parfaite que celle que nous avons, qui n'est pas de nous sauver des maladies mais qui est de nous offrir, à l'intérieur de cette vie précaire, fragile, une autre vie qui commence dès maintenant à naître. Et pour terminer, le verset du psaume que nous avons chanté peut nous aider encore plus à comprendre cette mission de Dieu lorsqu'on dit que l'amour est plus précieux que la vie. C'est la rela­tion que chacun de nous a avec Dieu par son amour qui est plus précieuse que la relation que nous avons avec notre propre vie. Nous croyants, nous devons progressivement apprendre à préférer cette relation d'amour avec Dieu, qui est plus précieuse que la rela­tion avec notre propre vie que nous voudrions proté­ger de ce qui est inexorable pour elle : sa déchéance et sa fin. Lui, Dieu, n'a pas de fin et l'amour qu'Il a pour nous n'aura jamais de fin.

 

 

AMEN

 

 
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