AU FIL DES HOMELIES

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PAUVRETÉ ET POSSESSIONS, FOLIE ET TRISTESSE !

Ep 6,10-18 ; Mt 19,16-21

Lundi de la troisième semaine de l'Épiphanie – B

(17 janvier 2000)

Homélie du Frère Jean-François NOEL

 

L

e jeune homme s'en alla contristé car il avait de grands biens".

Aujourd'hui nous faisons mémoire de saint Antoine nous fêtons un certain père des moines, il y a beaucoup de pères des moines, et les moines sont souvent des enfants et des fils, et c'est vrai qu'avec saint Antoine, ermite de l'extrême, nous demanderons au Seigneur, lui qui a appelé ces hommes à une radi­calité un peu folle, sinon complètement folle, de nous aider à être assez fous de Dieu pour recevoir aujour­d'hui encore sa miséricorde. La tristesse est liée à une certaine possession et à un manque de pauvreté. Saint Antoine a essayé de donner à sa vie ce goût de l'ul­time et de l'extrême, comme d'autres hommes en d'autres domaines, parce qu'en fait, il n'avait pas tel­lement le choix. Nous pourrions considérer que ces hommes de l'extrême l'emportent sur nous. Mais vous, qui venez à la messe tous les jours, je ne sais pas si vous avez fait comme moi l'expérience d'arrêter quelques jours de venir à la messe, parfois pour des raisons de santé, parfois aussi pour des raisons de paresse, de maladie. Nous ne sommes pas tous les jours affamés de messe. Je ne sais pas comment vous le vivez, mais il semble qu'à un moment, comme mal­gré nous, un attachement, une rencontre qui se fait un peu au quotidien, dont nous ne pouvons plus nous passer, a pris une forme, s'est attachée à une couleur, à une façon de chanter, à une façon d'être, à une cou­leur d'église, à une heure de la journée, a fait que nous nous sommes un peu apprivoisés avec ce qui au fond de nous vivait. Peut-être avions-nous laissé un peu de côté cette réalité cachée, tout d'un coup elle a pris visage, forme, elle a pris rendez-vous. Notre héroïsme à nous n'est pas d'aller vivre au désert, de nous confronter avec le vide comme Antoine a voulu le faire, de convoquer Dieu au combat le plus intense, mais notre héroïsme à nous est de tendre à être fidèle à cette voix intérieure qui nous a permis d'être là, avec ce que nous sommes, et d'y être fidèle.

Finalement, notre attachement à Dieu, à l'Église, à notre communauté, à notre prière person­nelle et communautaire, nous ne pourrions pas forcé­ment nous en passer. Non pas par manque de liberté, mais lorsque nous avons laissé Dieu entrer en nous, lui laissant la place, je voudrais dire que Dieu peut s'absenter, mais notre désir ne s'absente jamais vrai­ment ! Nous conservons un désir d'attachement à Dieu, même si Lui, dans sa manière qu'Il a d'être Dieu et qui est très désarmante, s'arrange pour nous désar­mer de sa présence, ce qui nous rend parfois un peu dépités sur le chemin de la foi qui nous a mené vers Lui. C'est un peu terrible de la part de Dieu de nous avoir attachés à Lui et puis tout d'un coup, Il s'ab­sente. Chacun de nous peut vivre cette expérience ambivalente d'une sorte de joie d'être à Dieu et avec Dieu, et en même temps une tristesse de ne pas le vivre et de ne pas le posséder vraiment. Notre vie n'est pas aussi intense que celle de saint Antoine, et aucun peintre comme l'a fait Breughel l'Ancien et d'autres après, ne définiront sur des tableaux terribles les luttes que saint Antoine dans le désert a dû af­fronter contre les démons les plus incroyables, les plus cornus, les plus joufflus, les plus fessus, qu'on puisse imaginer au fin fond de notre imagination la plus ignorée de nous-mêmes. Breughel l'Ancien ne s'en est pas caché, il a sans doute projeté ses propres fantasmes sur saint Antoine. Notre vie n'est pas né­cessairement confrontée à ces démons-là, mais elle est confrontée à la même intensité de combat, comme tous les saints du ciel. En fait, point n'est besoin d'en rechercher un plus grand, nous l'avons sous les yeux le combat que nous avons à mener, un combat contre la tristesse, contre ce que nous possédons et que nous avons mis à la place de Dieu, et dont sans arrêt nous devons nous séparer pour laisser vide la place qui revient au Maître.

 

 

AMEN

 

 
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