AU FIL DES HOMELIES

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RENCONTRER POUR SE CONNAÎTRE AVANT DE S'UNIR

Hb 10, 32-36 ; Jn 17, 11 b+19

Lundi de la troisième semaine de l'Épiphanie – B

(20 janvier 2003)

Homélie du Frère Yves HABERT

 

N

ous prions particulièrement cette semaine pour l'unité des chrétiens, et pendant cette semaine nous célébrons aussi la fête de ces deux martyrs, Fabian et Sébastien du temps de l'Église indivise. Deux martyrs qui ont versé leur sang dans l'Église qui n'était pas encore déchirée comme elle l'est aujourd'hui, ou au moins séparée, mais une Église qui n'était pas idéale non plus.

Je trouve aussi que dans cette histoire de l'unité des chrétiens, c'est ce que nous rappelle le martyre, parce que les martyrs ce sont toujours des personnes concrètes, dans cette histoire de la recher­che de l'unité, il y a toujours des hommes et des fem­mes comme il a eu aussi des hommes pour séparer l'Église. Ce que les hommes ont séparé, d'autres hommes vont tenter de le refaire, mais appuyés par Dieu pour faire quelque chose d'encore plus beau, je crois, selon l'espérance.

En relisant cette histoire un peu récente de l'œcuménisme, cette histoire qui a une centaine d'an­nées, je voyais la figure du cardinal Newman, cet anglican du dix-neuvième, cette grande figure convertie au catholicisme. Et je vois les figures de Lord Hallifax et de l'abbé Portal qui tentent un rap­prochement entre l'anglicanisme et le catholicisme, qui tentent de faire valider les ordinations anglicanes, même déjà avant la première guerre mondiale, mais le pape a refusé. Cet effort reprend avec les mêmes après la première guerre mondiale, sans doute que la solidarité des tranchées, ces liens qui ont été créés, ont permis que la recherche redémarre, cela reparte sur de nouvelles bases, et ce sont les fameuses "conversations de Malines" entre ce Lord Hallifax et le Cardinal Mercier. Il y avait là comme un besoin de faire de l'œcuménisme. En Belgique encore, c'est Dom Lambert Beaudhuin qui fonde le monastère œcuménique de Chevetogne. C'est curieux le rôle tout à fait particulier de la Belgique dans cette redécou­verte de l'œcuménisme. Et puis, il y a l'abbé Coutu­rier, professeur de mathématiques au collège des chartreux à Lyon, et qui va se passionner pour l'œcu­ménisme, parce qu'il a rencontré des orthodoxes, et sans doute que pour lui, ce fut une révélation. Il est très impressionné par une phrase du testament spiri­tuel du Cardinal Mercier. Cette phrase est toute sim­ple, c'est presque un truisme : "Pour s'unir, il faut s'aimer. Pour s'aimer il faut se connaître, et pour se connaître, il faut aller à la rencontre de l'autre". Avec une phrase comme celle-là, on a l'impression d'une langue de bois, parce que c'est quelque chose de tellement évident, c'est sûr que pour s'unir il faut éprouver de l'amour pour l'autre, qu'il faut se connaître, et aller rencontrer l'autre. On pourrait se dire que si l'œcuménisme a été lancé avec quelque chose comme cela, il n'ira pas très loin. Mais je trouve que cette phrase va au contraire très loin. Cette phrase toute simple nous emmène au plus profond du problème et a pu jeter ainsi cet abbé Couturier, en 1933, dans les premières semaines de prière pour l'unité. Et après toute la reprise par Vatican II, cette petite phrase a pu faire son chemin, car elle va profond, parce qu'elle se vérifie au point de vue d'un amour humain, (comment s'unir à quelqu'un si on ne l'aime pas ? Ce serait de la prostitution). Comment aimer quelqu'un si on ne le connaît pas, comment connaître quelqu'un si on ne l'a jamais rencontré ? Mais si cela va si loin, c'est que cela s'enracine dans ce texte que l'on vient d'entendre dans saint Jean au chapitre dix-septième. On y retrouve tous les éléments. Jésus dit : "Quand j'étais avec eux", c'est la rencontre. Ce qui est premier, et ce serait une erreur de commencer à faire de l'œcuménisme en disant qu'on va s'unir, la première chose, c'est la rencontre, comme le Christ est venu rencontrer l'homme. Le deuxième élément, c'est la connaissance : "Je leur ai donné ta Parole". Et enfin, c'est l'union : "Père, que tous soient un !" Je crois que cette petite phrase parce qu'elle met l'amour au cœur, parce qu'au lieu de faire de l'unité un slogan, elle part d'abord de la rencontre et elle refait tout le chemin la rencontre : la rencontre, la connaissance, l'union.

Je suis frappé en rencontrant des catholiques pratiquants, croyants, de l'ignorance profonde des autres traditions. J'ai rencontré des catholiques qui me disent : la différence avec les protestants, qu'est-ce que c'est, je crois qu'ils ne reconnaissent pas la vierge Marie, ni l'autorité du pape. C'est curieux qu'avec soixante-dix ans de prière pour l'unité, Vatican II qui a fait des pas décisifs, Jean-Paul II qui n'arrête pas de creuser les rapports avec les autres confessions, et nous on en reste à des niveaux tellement simples qu'on se demande si la première rencontre a été faite.

Je vous encourage à travers toutes ces choses qui vont être proposées jusqu'à Pâques, les conféren­ces, à vraiment creuser aussi la rencontre avec nos frères séparés, pour qu'un jour peut-être, en s'étant rencontrés, nous nous connaissions mieux, que nous nous aimions, et qu'un jour, nous soyons vraiment unis pour quelque chose qui sera encore plus beau que l'Église indivise, parce que chacun aura apporté aussi avec la grâce qui l'a animé, son trésor.

 

 

AMEN

 

 
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