AU FIL DES HOMELIES

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L’URGENCE DE LA BONNE NOUVELLE

Gn 41, 38-42+47-49+52-57 ; Mc 1, 29-39

Lundi de la troisième semaine de l'Épiphanie – B

(23 janvier 2006)

Homélie du Frère Bernard MAITTE

 

C

e passage d’évangile pourrait peut-être au premier abord nous apparaître assez disparate. En effet, Jésus vient de quitter la synagogue de Capharnaüm où il vient de guérir un démoniaque, ensuite, il guérit de sa fièvre la belle-mère de Pierre, le soir, à la porte de la ville, il guérit de nombreux malades, et des possédés, et le matin suivant il se lève, va prier, et après avoir prié, il s’en va prêcher. On a l’impression de plusieurs petits morceaux, plusieurs instantanés de vie.

De fait, en ce début de l’évangile de Marc, Jésus vient d’être baptisé, puis, il y a eu les tentations au désert, tout cela très court toujours chez Marc, un récit toujours très ramassé, et Jésus inaugure sa prédication. Sa prédication s’inaugure aussi par trois signes, ceux dont je viens de parler : la guérison du démoniaque, la guérison de la belle-mère de Pierre et enfin tous ceux qui sont amenés à la porte, les nombreux possédés et les malades. On pourrait avoir l’impression d’un ramassis, d’un condensé de quelques actes de Jésus. C’est comme une sorte de bouillonnement. Jésus inaugure sa prédication, dans l’évangile de Marc, on a simplement entendu la voix de Jean le Baptiste : "attention, voici celui qui vient". Et puis, il est là. Et quand Jésus est là, tout bouge, il y a comme une sorte d’urgence, à la fois l’urgence de l’annonce, l’urgence du salut.

Il me semble que ce qui est dit là est en même temps très caractéristique certainement de la manière dont nous devrions aussi envisager une part de l’évangile, c’est-à-dire : Bonne Nouvelle. Quand on a une bonne nouvelle à annoncer il y a un peu comme une urgence à la dire, on est pressé de l’annoncer. On prend des raccourcis, on s’embarrasse un peu moins du discours. Si vous avez quelque chose de très compliqué ou de difficile à dire à quelqu’un, vous commencez par parler de la pluie et du beau temps, vous parlez de quelqu’un d’autre, et vous finissez par arriver au vif du sujet, ne disant : voilà, il faudrait que tu fasses ceci, que tu deviennes comme ça, etc … il y a telle chose que tu as dite et qui ne me plaît pas … Il y a plein de circonvolutions. Or, la Bonne Nouvelle, c’est exactement l’inverse. Jésus ne s’embarrasse pas, il va directement au but. Il dit : "Le Royaume de Dieu est proche de vous", et il fait de multiples guérisons.

Le chrétien dans son désir de parler de Jésus, ne devrait pas simplement vivre dans l’urgence, mais sentir combien ce qu’il a à dire, à annoncer, on ne doit plus attendre, on ne doit plus faire patienter trop longtemps le monde qui a besoin de cette Bonne Nouvelle. Il y a une sorte de printemps de l’annonce que Jésus est le Seigneur et qu’Il nous sauve et qu’Il vient vraiment nous guérir.

Je crois que ces tous premiers passages de l’évangile de Marc répondent exactement à la finale du même évangile car lorsqu’on relit la finale de Marc, évangile très court, très bien tenu, très bien ficelé, que voit-on ? Jésus apparaît à Marie de Magdala, on nous signifie qu’il apparaît à deux disciples en chemin, et enfin aux onze. Là aussi, c’est très court, juste quelques versets, tout cela pour parler de l’apparition de Jésus ressuscité. Il leur dit simplement : "Allez dans le monde entier proclamer l’évangile à toute la création". Et vous connaissez cette finale qui dit que les signes accompagneront les disciples. C’est la même chose que ce que Jésus a fait il dit : "Je suis sorti pour cela". On pourrait imaginer dans les premiers versets qu’il est sorti de la maison pour aller prier, puis pour aller prêcher, et quand il dit : je suis sorti pour cela, il manifeste qu’il est sorti de Dieu, de sa familiarité avec le Père du ciel, pour venir dans le monde et prêcher à la Galilée des nations.

Le Christ ne demande rien d’autre à ses disciples : sortez pour cela, allez dans le monde entier. Il lie comme il l’a fait pour lui-même l’annonce du Royaume et des signes. Ce ne sont pas les signes qui annoncent le Royaume, c’est l’annonce du Royaume qui fait que cette annonce est bien signe dans le processus même de l’annonce. Ceux qui auront cru seront ainsi confirmés dans la Parole annoncée. Pour eux, dit l’évangile de Marc, "ils s’en allèrent prêcher en tout lieu, le Seigneur agissant était avec eux et confirmant leur parole par les signes qui les accompagnaient".

Que notre réflexion justement sur l’évangélisation, sur l’annonce ou sur la mission nous fasse saisir finalement combien c’est le Christ lui-même qui agit et qui agit avec énormément de simplicité. Nous, nous sommes encore trop encombrés de nos institutions, de nos structures, ou de nos schémas quand nous pensons : annonce de la Bonne Nouvelle. On prend le mauvais chemin, comme si l’on avait quelque chose de compliqué ou de difficile à dire à quelqu’un et qu’on avait peur de le bousculer et qu’on prend toutes les précautions oratoires avant d’arriver au but, alors que la Bonne Nouvelle, c’est simple, c’est direct, parce que Dieu est simple, et Dieu est vrai.

 

AMEN

 

 

 

 
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