AU FIL DES HOMELIES

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LA CRISE

Ep 4, 1-16 ; Jn 17, 11b+18-23

Lundi de la troisième semaine de l'Épiphanie – B

(19 janvier 2009)

Homélie du Frère Daniel BOURGEOIS

 

A

en croire les journaux, la presse et les spécialistes, nous vivons actuellement un temps de crise. On ne s'en aperçoit pas encore tout à fait, mais on nous promet quelques jours à venir qui ne seront pas nécessairement très gais.

Qu'est-ce qu'une crise ? Pourquoi y a-t-il des crises ? je ne vais pas vous faire un cours d'économie politique, mais je voudrais simplement attirer votre attention sur ceci qui nous aidera peut-être à comprendre le problème de l'unité de l'Église. Il se déclenche une crise lorsque les gens sont trop sûrs d'eux. La crise dans laquelle nous sommes entrés est assez typique de ce point de vue-là, après l'effondrement du communisme, nous sommes devenus tellement sûrs que l'idéologie que l'on appelle l'économie néo-libérale était la seule possible, que tout le monde a foncé là-dedans tête baissée et qu'au bout d'un certain temps on s'est aperçu que l'excès de confiance que l'on avait dans ces théories, dans cet espèce de capitalisme apparemment florissant mais qui avait dans doute beaucoup de failles, de défauts, qu'à un certain moment l'excès même de confiance crée des situations qu'on n'avait pas prévu, on fermait les yeux, et cela vous tombe dessus sans qu'on s'en aperçoive il y a quelques petits malins qui disent après : je vous l'avais bien dit. Mais on n'est pas toujours sûr que c'est vrai qu'ils l'avaient vu aussi clairement que cela.

En tout cas, la crise vient toujours d'une volonté commune d'aveuglement par excès de confiance dans le sens d'un système, d'une organisation, d'une manière de vivre en société. Je crois que le mécanisme de crise peut nous aider à comprendre ce qui se passe dans les crises de division de l'Église. Ces crises qui ont engendré ce drame qui est la désunion des chrétiens, ne sont pas venues d'abord d'un débat ouvert disant : moi je suis de telle position, et moi de telle autre. A certains moments, on s'aperçoit que toute une partie de l'Église est tellement sûre d'un certain nombre de choses qui paraissaient aller de soi, qu'au bout d'un certain temps, on se rend compte que cela couvait des méprises, des malentendus, et que cela a abouti aux divisions, aux schismes, ou même à l'hérésie.

En réalité, c'est un excès de confiance en soi qui peut engendrer la crise de l'unité. Il y a des moments où dans l'Église que c'est la possession paisible du dogme. Tant mieux si c'est une possession paisible. Mais si c'est une assurance que se donne l'Église sur la société, les comportements, l'organisation, si apparemment tout marche et qu'on ne voit pas que tout à coup à tel ou tel endroit, il y a quelque chose qui ne marche plus, il y a alors ferment de désunion. C'est pour cela que l'unité de l'Église est un problème aussi compliqué et qui commence seulement maintenant à nous apparaître dans sa complication historique. Nous, catholiques, nous avons eu souvent la tendance, le penchant à croire que nous, nous étions dans l'unité monobloc, intangible, infrangible sans problème. Or, lorsque nous nous sommes séparés avec l'Orient, c'est parce qu'on croyait qu'il n'y avait pas de problèmes, qu'on pouvait imposer au patriarche de Constantinople un certain nombre de choses qui étaient peut-être difficiles à accepter. De la même façon du côté de Constantinople, il y avait des évidences dont cette Église était sûre et dont elle pensait que le pape serait obligé de céder. Donc, c'est l'excès de confiance dans une certaine manière de comprendre la réalité qui tout d'un coup, fait que lorsque les visions se choquent, cela crée la crise.

Aujourd'hui, c'est pour cela qu'on instaure une semaine de prière pour l'unité, qui dure depuis près d'un siècle d'ailleurs, et c'est bien le problème, on ne veut plus savoir exactement le problème de qui a commencé, qui s'est trompé, mais on veut essayer de retrouver d'abord cette attitude d'humilité et de recherche de sens notamment vis-à-vis du problème de l'unité. Et c'est là souvent qu'il y a tellement de malentendus. Si l'on entend par unité cette uniformité du fonctionnement parfaitement rôdé et maîtrisé, tout baigne comme on dit maintenant, il faut beaucoup se méfier. C'est sans doute à ces moments-là qu'ayant occulté te ou tel problème et où le système le cache, que surgit la question inattendue, la personne qui pose des questions, et on n'y fait même pas attention.

Quelque chose qui m'a toujours surpris, c'est qu'à Rome, on n'a pas du tout pris au sérieux les questions posées par Luther. Luther s'est trompé sur beaucoup de points, c'est évident, mais il a posé des questions très justes sur beaucoup de points. Si la fracture à l'intérieur de l'Europe occidentale a été si profonde, c'est parce que personne n'entendait les questions de l'autre. Il y a avait une telle certitude, c'était tellement simple vu du côté romain, c'était tellement compliqué et insoluble du côté de Wittemberg, qu'au bout d'un moment, l'entente est impossible.

Ce serait quand même utile qu'aujourd'hui, ces situations de crises et ces difficultés nous aident à revenir sur nous-mêmes et viennent nous poser la question : est-ce que la foi est une conviction ou est-ce que c'est une évidence ? Quand c'est trop une évidence, c'est souvent un peu dangereux. Cela veut dire que l'on a décidé que le monde était comme ça, et on ne supporte pas que quelqu'un vienne dire que le monde pourrait être autrement. Là peut se glisser le péché de la division. Cela suppose à la fois une fermeté de conviction, car il ne s'agit pas de croire n'importe quoi, mais cela suppose aussi une écoute qui dans les questions ou les interrogations qui surgissent, peuvent effectivement aider à voir de façon plus profonde mes propres convictions et à les retrouver d'une façon plus essentielle.

Même si aujourd'hui, l'oecuménisme n'a plus tout à fait le vent en poupe, parce que les discussions sur les différences et le conflit sur les oppositions est beaucoup plus grave et en tout cas plus meurtrier et c'est pour cela qu'on y est plus attentif. Cela n'empêche que l'œcuménisme a au moins l'avantage de nous ramener aux questions de foi. Quand je dis que je crois, quand je récite le Credo, qu'est-ce que je dis exactement ? Est-ce que je table sur un certain nombre d'évidences que je ne remets même pas en question parce que ça doit être comme çà ? Ou bien est-ce qu'à travers ma confession de foi, j'essaie d'écouter les questions que se posent d'autres chrétiens qui ne sont pas acquis à cette vision des choses ? non pas pour adhérer à leur point de vue, su je suis chrétien catholique en communion avec Rome, j'ai un certain nombre de convictions, mais au moins pour essayer de comprendre pourquoi le problème s'est posé. Si déjà on arrive à cette attitude-là ce serait énorme parce que le problème de l'œcuménisme ne serait plus simplement comme il a hélas tendance à redevenir, un problème de réorganisation administrative, de discussion sur un petit point de dogmatique pour essayer de trouver des compromis, mais véritablement retrouver la source de l'unité qui ne peut venir que de Dieu.

 

AMEN

 

 
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