AU FIL DES HOMELIES

Photos

LE SOUCI DE L'UNITÉ

1 S 11, 14 – 12, 5 ; Mc 1, 29-39

Lundi de la troisième semaine de l'Épiphanie – B

(23 janvier 2012)

Homélie du Frère Daniel BOURGEOIS

Une royauté de service

M

e voici dit le vieux Samuel, déposez contre moi et devant le Seigneur et devant son oint, de qui ai-je pris le bœuf ou l'âne ? qui ai-je exploité ? Qui ai-je écrasé ?"

Frères et sœurs, depuis quelques temps nous lisons le livre de Samuel et je vous disais que c'est un livre de théologie politique, c'est-à-dire qu'il essaie de comprendre comment le peuple a pu se constituer avec l'unité qui est la sienne. Les écrivains sacrés méditant sans doute pendant plusieurs générations ce qui était arrivé, en ont tiré un certain nombre de conclusions qui touchent directement peut-être aujourd'hui les grands problèmes de l'unité des chrétiens.

Dans ce texte, il y a deux personnages : Samuel qui termine son œuvre. Il a été au service du peuple et comme il le dit, il n'a jamais touché un pot de vin, jamais un cadeau, jamais un remboursement quelconque pour tous les services qu'il a rendu au peuple. De l'autre côté, Saül qui lui, est un roi qui ne sait pas encore y faire, qui est sans doute très maladroit, et qui va rentrer dans le moule de tout ce qu'on connaissait comme royauté dans tous les pays voisins. Samuel d'ailleurs a averti le peuple : vous voulez un roi, mais vous allez voir ce que vous allez voir ! Il prendra vos filles comme parfumeuses, cuisinières et concubines, vos fils seront enrôlés dans l'armée, il prélèvera la dîme sur vos champs, sur votre bétail et vos récoltes. Bref, jusqu'ici, vous aviez une unité, qui était certes fragile mais dépendait de vrais serviteurs. Ce que j'ai fait, je ne l'ai pas fait pour moi, je l'ai fait uniquement pour vous.

Ensuite, avec Saül et les autres, vous allez voir que l'institution qui va assurer la royauté va vous coûter très cher. Et les rois coûteront parfois si cher qu'ils ne seront plus capables de maintenir cette unité. Le fameux schisme qui aura lieu cent ans plus tard, après le règne de Salomon, s'est précisément produit par abus de pouvoir royal. Comme vous le voyez, quand Samuel se retire, ce texte dit : pouvez-vous me reprocher quelque chose, j'ai été votre serviteur, je n'ai rien gagné dans la mission que Dieu m'a confié ? Même David, même Salomon, et à plus forte raison les rois suivants, ne pourront jamais en dire autant. Certes, ils ont institutionnellement servi l'unité du peuple, mais en même temps, ils ne l'ont pas servie avec la même pureté de cœur, la même générosité que ce que Samuel avait réalisé dans son obligation de service.

Cela pose un problème sur l'unité. Nous parlons de l'unité des Églises ou des chrétiens, et aujourd'hui avec le recul, nous avons tendance à penser que l'unité a été brisée par les dérives culturelles qui se sont cristallisées autour de tel ou tel problème théologique auquel personne ne comprenait rien. C'est ainsi qu'on a dit que l'Orient et l'Occident étaient séparés parce que l'Orient avait suivi sa trace, sa piste, son chemin, en suivant la théorie d'un accord parfait entre le patriarche et l'empereur de Byzance. Possible. Il est vrai qu'en Occident ce n'était pas tout à fait la même chose. On a dit que la rupture avec les Églises du Nord aurait été occasionnée par une mentalité beaucoup plus centrée sur le sujet, les angoisses personnelles, sur la quête personnelle de Dieu, négligeant l'aspect ecclésial. Cela ce sont des prédispositions, des terrains qui ont pu favoriser les désunions.

Mais quand il y a désunion formellement, en général, c'est quand même des autorités qui se sont engagées. Dans le schisme avec l'Orient, c'était aussi un patriarche qui était en face de Rome. Dans la rupture avec les Églises du Nord, c'était des théologiens, Luther, Calvin. C'est vrai que cela a séparé le peuple de Dieu, mais ce n'est pas simplement le peuple de Dieu qui a voté, à cette époque-là on ne lui demandait pas son avis. Mais ce sont ceux qui avaient une responsabilité vis-à-vis de leurs frères qui n'ont pas su voir toutes les charges et les responsabilités du service de l'unité qu'ils avaient dans leur magistère intellectuel, pastoral qui leur était confié. Je ne veux pas dire par là que les fautes de l'unité retombent uniquement sur les clercs et les ecclésiastiques, sur les hommes du métier. Mais quand est proclamée la rupture, c'est à ce niveau-là qu'elle se situe.

C'est d'ailleurs pour cela que c'est si difficile de faire quelques pas sur le chemin de l'unité et c'est une des raisons de l'œcuménisme aujourd'hui, tout le monde parle de l'hiver de l'œcuménisme. On a l'impression que si les chrétiens eux-mêmes, les chrétiens de la base qui sont pourtant très favorables à l'œcuménisme en général, c'est parce qu'ils ne comprennent pas tout à fait la problématique et les enjeux qui sont posés. Après tout, quand on fait ensemble la charité ou qu'on est au service des pauvres, on se sent œcuménique. Mais aujourd'hui, ce qui fait la véritable difficulté de l'œcuménisme, cela vient de ceux qui d'une manière ou d'une autre, ont une responsabilité ministérielle, déjà le ministère c'est pour tenir ensemble le service de l'unité du peuple, et quand il s'agit de dialoguer entre deux Églises, deux confessions, c'est extrêmement plus difficile. Il faut prier pour tous ceux qui ont reçu un ministère dans l'Église parce que justement ils ont reçu aussi la charge du ministère de communion et d'unité.

Par conséquent, la dimension œcuménique n'est pas un accessoire dans l'ordination presbytérale ou épiscopale. C'est une dimension fondamentale, constitutive, car celui qui est ordonné comme ministre a la tâche de favoriser, de promouvoir et de manifester toutes les possibilités d'unité qui sont dans chacune des communautés chrétiennes. C'est une lourde tâche. Du côté de l'Église catholique, généralement ceux qui ont des charges et des responsabilités sur ce sujet essaient de faire ce qu'ils peuvent, il faudrait que ce soient tous ceux qui dans toutes les Églises ont une charge pastorale quelle qu'elle soit, qui aient à cœur de servir et de faire grandir ce souci de l'unité dans leur œuvre et dans la mission qui leur est confiée.

 

AMEN

 

 

 
Copyright © 2019 Paroisse Saint Jean de Malte - Tous droits réservés
Joomla! est un Logiciel Libre diffusé sous licence GNU General Public