AU FIL DES HOMELIES

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DES ÂNESSES ? CELA PEUT MENER LOIN !

1 S 9, 1-6+14-17

(23 janvier 2001)

Homélie du Frère Daniel BOURGEOIS

 

Désir d'indépendance ?  

F

rères et sœurs en réentendant avec vous cette histoire de Samuel et des ânesses, je me disais intérieurement que dans la Bible, il y a plus que des points aveugles, il y a des points aveuglants. En effet, quand on écoute cette histoire, il y a une chose tout à fait étonnante, c'est que la première personne concernée, ce Saül, benjaminite, fils de Qisch, a simplement comme problème de récupérer les ânesses de son père. Donc, pour lui, il part pour une petite promenade d'agrément, et en même temps, un service à rendre au patrimoine familial : il ne faut pas laisser les ânesses s'en aller n'importe où.

       Et pendant ce temps-là à quarante kilomètres de là, à Silo, Samuel reçoit un message de Dieu. Et Samuel reçoit le message de la vocation de Saül. On ne sait jamais ce qui nous attend, et c'est cela le point aveugle ou aveuglant, c'est qu'avec Dieu on ne sait jamais à quelle sauce on va être mangé ! Tout le suspens du récit c'est de voir comment Saül en réalité ne pense qu'aux ânesses, et Dieu ne pense qu'à la royauté sur Israël. Dieu va sans cesse, à travers le ministère de Samuel, essayer d'éclairer le rôle de Saül. Ce qui est étonnant, c'est que Saül commence par ne rien voir à sa vocation, et l'on peut dire que durant toute sa vie, Saül ne comprendra pas sa mission et sa vocation. Il vivra perpétuellement avec cette tache sur la rétine de son cœur qui l'empêche de voir exactement ce que Dieu voulait de lui, et jusqu'au dernier moment, Saül ne comprendra pas ce que Dieu a voulu de lui dans la royauté, puisqu'il va mourir tué par les Philistins et son corps sera exposé sur les remparts de Bet-Shéan.

       Ainsi, dans toute l'histoire que nous allons lire ces temps-ci, c'est notre propre histoire qui y est inscrite comme en filigrane. Notre propre vocation, notre propre itinéraire, avec cette espèce d'aveuglement que nous avons sur nous-mêmes : nous ne voyons jamais où Dieu nous conduit. Et d'ailleurs, la plupart du temps, quand on regarde rétrospectivement ce qui nous est arrivé, on s'aperçoit que ce n'était pas du tout ce qu'on pensait au départ. Qui peut dire dix ans auparavant, qu'il en serait là dix ans plus tard ? Personne ! Il y a une sorte d'incapacité de voir. Or, ce n'est pas le fait d'avoir les yeux fermés, mais c'est plutôt d'être aveuglés, parce qu'en fait là où nous ne voyons pas, Dieu voit. C'est cela le paradoxe de tous les récits de vocation dans l'Ancien Testament, vous pouvez en relire pas mal, c'est souvent cela qui est derrière : Dieu voit, et moi je ne vois pas. Jacob ? "En réalité Dieu était là et je ne le savais pas". Vous pouvez multiplier tous les exemples, c'est ce mystère-là. Nous n'avons pas la maîtrise de notre destin, de notre destinée. Nous sommes aveugles sur ce point précis de ce que Dieu veut de nous. C'est pour cette raison que l'attitude fondamentale que Dieu demande depuis Abraham, c'est cette attitude de foi, d'acceptation que Dieu anticipe un chemin sur lequel nous ne savons pas marcher ni quelle direction prendre. Il y a une sorte "d'inconnue" au départ qui fait partie de la condition humaine.

       Que la lecture de ce texte nous devienne de plus en plus familière, parce qu'il faut qu'à travers cette figure de Saül, nous ne voyons pas seulement les péripéties d'un roi réprouvé, la sévérité de Samuel à son égard, tous ces épisodes qui sont vrais, mais il nous faut apprendre à voir que ce qui est derrière tous ces évènements, c'est ce mystère d'une sorte d'obscurité et d'épaisseur que nous éprouvons devant la réalité de notre vocation. Qui peut dire qu'il maîtrise sa vocation et l'appel que Dieu a sur lui ? Par définition, ce n'est pas vrai. Cela suppose alors de notre part que nous ayons à cœur de nous défaire de tous ces petits blocages que nous essayons de créer sur notre itinéraire, sur notre chemin pour essayer de baliser. Tout se passe comme si, et c'est un peu ce que Saül veut faire, cela se passe comme si quand on a dit qu'on allait rechercher les ânesses, "je" vais recherches les ânesses et c'est tout. A ce moment-là, il faut le serviteur, celui qui n'est rien, qui dit : "il y a quand même un voyant, il faut y aller !" Et même ce voyant ne fera voir que partiellement.

       En fait, nous sommes tous dans la même situation. Nous avons l'Église, nous avons nos frères qui nous disent : "Il faudrait peut-être aller voir un peu plus loin ?" et l'on ne veut pas voir, et c'est là le drame. C'est pour cela que notre vocation chrétienne, (je ne parle pas de vocation religieuse), a toujours quelque chose d'un peu pathétique parce qu'à la fois nous sommes pleins de bonne volonté, nous sommes toujours à la recherche des ânesses, et Dieu sait qu'il y en a des ânesses dans notre vie, mais en réalité, nous ne savons pas qu'à travers cette recherche-là Dieu veut que nous recherchions autre chose.

       Demandons au Seigneur qu'Il nous fasse la grâce de découvrir un petit peu de lumière sur ce chemin mystérieux où Il nous conduit.

       AMEN

 

 
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