AU FIL DES HOMELIES

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LA MAIN DESSÉCHÉE

Os 4, 1+3 ; Mc 3, 1-12

Mardi de la troisième semaine de l'Épiphanie – B

(19 janvier 1988)

Homélie du Frère Daniel BOURGEOIS

 

D

'une certaine manière, on peut dire que, dans l'Evangile, les miracles sont la chose la plus naturelle Je veux dire par là que le geste miraculeux comme tel n'a rien à voir avec un pouvoir extraordinaire, des passes magnétiques ou je ne sais quoi qui fait courir beaucoup de gens vers les guéris­seurs. La plupart du temps, au contraire, les miracles de Jésus sont d'une humanité, sont des gestes em­preints d'un naturel tout à fait stupéfiant. On a des récits de miracles dans l'antiquité où le thaumaturge a comme envie de se faire mousser, de faire jouer des pouvoirs qui lui seraient conférés du ciel, des pou­voirs qui tiennent les autres sous sa coupe et sa domi­nation. Alors que, ici, dans le miracle que nous ve­nons de lire aujourd'hui, le miracle est très naturel au sens où Jésus demande ou agit par les gestes les plus simples, les plus familiers qui soient. Les miracles de Jésus sont profondément humains, et c'est d'ailleurs pour cela qu'ils sont capables de sauver l'homme. Dans ce petit récit de la guérison de l'homme à la main desséchée, l'attitude de Jésus et le processus du miracle est en deux temps, deux gestes extrêmement simples.

Le premier c'est que Jésus, ayant repéré cet homme à la main desséchée lui demande de se lever au milieu de l'assemblée. Pourquoi ? Sans doute, bien entendu, pour que l'homme si handicapé soit plus facilement visible, plus repérable dans l'assemblée qui l'entoure, mais aussi pour que par un geste quasiment sacramentel il puisse participer, déjà, à sa propre ré­surrection. En effet, une des formules favorites des évangiles pour nous dire que le Christ est ressuscité c'est : "Il s'est levé du tombeau !" Ainsi donc, cet homme, au milieu d'une assemblée pleine de rancœur, de colère, de jalousie, au milieu d'une assemblée qui voudrait que cet homme dans la mort de son handi­cap, Jésus lui demande dans un premier temps de poser le geste qui manifeste une sorte de participation anticipée au signe même du Royaume qui est la Ré­surrection.

Ensuite Jésus demande un deuxième geste qui est décisif : "Etends ta main !" La main c'est un des membres privilégiés de la communion. Tendre la main, ouvrir la main, tenir quelqu'un par la main, c'est mettre en jeu cette partie de notre corps qui est capa­ble d'entrer en relation, de la façon la plus proche, avec autrui. C'est pour cela que, dans toute la tradition biblique, la prière s'exprime essentiellement par "éle­ver les mains" c'est-à-dire faire ce geste du besoin de la communion avec Dieu, comme l'enfant est capable à certains moments, d'élever les mains vers son père ou sa mère pour lui dire : "prends-moi dans tes bras !" D'autre part, à plusieurs reprises dans les textes bibli­ques, on relève ce thème de Dieu qui nous a tenus par la main, "Tu as posé Ta main sur moi !"ce qui signifie la prise de possession.

Or ce qui est beau dans ce miracle c'est que précisément l'homme avec son handicap de la main desséchée, paralysée, atrophiée, manifeste par ce han­dicap qu'il est incapable ni d'empoigner ni de se lais­ser empoigner par Dieu. C'est cela sa souffrance. Cet homme est abîmé dans sa chair au point que le geste même de la communion "élever les mains devant Dieu", il ne peut pas le faire. Et que lui demande Jé­sus ? "Etends la main !" Il faut comprendre toute la richesse du sens. Pour que cet homme étende la main, alors qu'il ne peut pas bouger la main, cela suppose de sa part une démarche de foi extraordinaire. Il faut qu'il ait déjà cru à la Parole du Seigneur, et c'est pour cela qu'il est déjà dans la sphère de la Résurrection par le fait qu'il s'est levé, il est déjà sous l'emprise de la grâce de Dieu. Mais "Etends la main !" cela veut dire aussi : "Tends le bras de telle sorte que tu puisses entrer en communion avec Moi ! Tends la main vers Moi !" c'est-à-dire : cette communion à laquelle tu aspires et que jusqu'à maintenant tu as été incapable de la réaliser, réalise-là. Et troisièmement, et c'est cela qui est sans doute le plus beau cet homme qui ne pou­vait pas étendre la main, dans le geste même de foi qui consiste à croire qu'il peut, à nouveau, entrer en communion avec son Seigneur, Dieu lui donne effec­tivement la guérison de sa main.

C'est une parabole étonnante, une parabole concrète et vécue en acte, de ce qu'est le salut de Dieu. Le salut de Dieu, ce n'est pas seulement le fait que Lui nous tende la main, mais que, en même temps qu'Il nous tend la perche, Il participe a l'intérieur de nous-même pour que, dans le geste même du salut, au moment où Il nous sauve, où Il nous guérit, où Il nous guérit la main, c'est-à-dire notre capacité de nous ac­crocher à Lui, à ce moment-là même s'opère son salut. Comment s'opère le salut de Dieu ? Qu'est-ce que le salut de Dieu ? C'est de nous donner des mains capa­bles de l'accrocher, des mains capables de le saisir, capables de se tendre vers Lui. C'est exactement cela le sens de ce miracle. Jésus a voulu montrer que de lui-même, l'homme ne peut pas tendre la main vers Dieu, mais que par la puissance de la grâce, de son salut, Dieu réalise cela même que l'homme désire. Et c'est tout un que l'homme tende la main, et qu'en même temps, ce soit Dieu qui lui détende la main pour pouvoir Le rencontrer dans le geste de la com­munion et du salut. C'est quelque chose qui peut beaucoup éclairer notre sens de la prière et de la communion avec Dieu. Tant de fois nous sommes des hommes à la main desséchée. Nous n'osons plus ten­dre les mains vers Dieu, nous ne savons plus com­ment prier. Nous avons effectivement le cœur sec et les mains sèches. Et à ce moment-là, ce que nous pouvons demander c'est effectivement que, dans le geste même où Dieu nous restaure la main, Il nous donne assez de foi pour la tendre dans le même mou­vement où Il nous la guérit.

 

AMEN

 

 

 
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