AU FIL DES HOMELIES

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L'ÉGLISE EMPECHE-T-ELLE L'UNITÉ ?

Ep 4,1-16 ; Jn 17, 11 b+18-23

Mardi de la troisième semaine de l'Épiphanie – B

(18 janvier 1994)

Homélie du Frère Bernard MAITTE

 

L

orsque nous célébrons la semaine de l'Unité, nous sommes souvent en train de réfléchir sur le drame que constitue la séparation des chré­tiens, de ceux qui reconnaissent en Jésus-Christ leur Sauveur. Il est vrai que, pour l'Église, c'est certaine­ment une douleur et une souffrance dont la semaine de l'Unité nous fait prendre conscience.

Mais dès lors beaucoup se posent la question de savoir ce qui peut empêcher une réconciliation ou une unité. Et beaucoup en viennent à considérer en fait que le problème dans l'œcuménisme est celui de l'Église car selon leur tempérament, leur caractère ou leur manière de penser plusieurs se retrouveraient peut-être dans tel ou tel courant de foi, mais ce qui les gêne finalement d'une manière un peu radicale c'est l'existence de l'Église. Il est vrai que dans le catholi­cisme on a l'impression que la structure empêche une sorte de réconciliation.

Il me semble, c'est peut-être un point délicat, que justement ce n'est jamais au mépris de ce que nous sommes ou de ce que nous vivons que nous pouvons être réconciliés.

Il n'y a de réconciliation ou d'unité que dans la vérité et dans la charité. Ce sont les deux termes qu'emploie d'ailleurs l'apôtre saint Paul en s'adressant aux Ephésiens. Il parle justement de l'Église, de l'Église dans son unité comme un corps qui grandit dans le lien de la paix grâce à la charité qui lui est donnée. Et le mystère de l'Église est justement celui-là. C'est celui d'un corps qui vit dans ce monde, qui s'organise et se structure, mais d'un corps qui le dé­passe car ce qui le fait vivre c'est la charité du Christ.

Beaucoup ont pensé que l'Église était une in­vention au fur et à mesure des siècles et que Jésus-Christ Lui-même n'avait pas et n'avait jamais voulu d'Église, que les textes du Nouveau Testament ne laissent pas supposer une organisation telle que la connaît, entre autre, l'Église catholique. Il faut savoir que l'Église ne s'est pas inventée elle-même. Quand on lit l'Écriture, l'apôtre saint Jean nous révèle qu'elle préexiste à ce monde, que l'Église comme il la décrit, "Jérusalem nouvelle qui descend du ciel, de chez Dieu". Donc avant toute organisation, avant toute structure, l'Église est un don de Dieu. Elle n'est pas une invention, elle est le cadeau, elle est la grâce que le Seigneur fait à ce monde. Et c'est cette Église que le Seigneur Jésus, par son Incarnation, rencontre et épouse dans sa chair. Il y a là effectivement commu­nion et rencontre qui se matérialise par deux corps. L'Église sort du corps de Jésus, de sa prière, un peu comme Eve est sortie d'Adam.

Saint Jean lui-même dira que l'Église est la "nouvelle Eve". Quand il voit le corps du Christ transpercé, il y reconnaît la naissance de la vie sacra­mentelle et de l'Église. Et le Seigneur Jésus Lui-même, dans l'annonce du Royaume, établit les apô­tres. Déjà Il structure l'annonce du Royaume, Il orga­nise son Église, mieux Il lui donne corps, Il la crée. Et si elle est un corps, Il lui donne justement de pouvoir grandir et se déployer, avec la fragilité que comporte un corps. Tout organisme vivant est appelé à grandir, à devenir mûr, à atteindre, comme le dira saint Paul, une sorte de plénitude, mais en même temps, la beauté de ce corps c'est parfois sa fragilité. La beauté du corps en sa fragilité tient au fait que cet orga­nisme, cette structure du corps de l'Église, c'est nous-mêmes qui la composons mais qu'en même temps ce qui la maintient, ce qui la fait tenir, c'est la charité du Christ.

Ainsi donc, saint Paul lui-même, dans l'épître aux Ephésiens, se fait le témoin de cette cohésion du corps. Si déjà à son époque il en appelle à l'unité des chrétiens, c'est bien parce qu'il y a fragilité déjà dans l'Église et que l'Église n'est jamais abandonnée. Elle doit se vivre profondément. C'est parfois une sorte d'ascèse que de vivre dans l'Église, c'est vrai. Et en même temps, c'est dans l'Église que se réalise la communion, que se réalise l'unité de la paix. Déjà saint Paul se fait le témoin de cette organisation quand il dit que "l'Esprit donne aux uns d'être apôtre, à d'autres d'être évangéliste, à d'autres d'être pasteur ou docteur, organisant ainsi les saints pour l'œuvre du ministère en vue de la construction du corps du Christ."

Vous voyez donc que le projet de l'Église n'est pas un projet humain. Il est un projet divin qui nous dépasse. L'Église est le dessein de salut du Sei­gneur dans notre monde. Il a voulu ainsi, par l'Église, nous faire accéder à la plénitude de sa vie. C'est pour­quoi saint Paul dit : "Vivant selon la vérité et dans la charité, nous grandirons de toutes manières, quelles que soient les circonstances. Dans la vérité et dans la charité, nous grandirons vers Celui qui est la Tête, le Christ dont le corps tout entier reçoit concorde et cohésion." Et cette croissance, se construisant en Christ, se fait dans la charité. Alors, je crois que ce qui est important c'est qu'un certain souci de réconciliation ne doit pas passer par une sorte de désir d'uniformité. Car ce qui est vrai pour notre société l'est encore plus pour l'Église, l'uniformité sera toujours de la médiocrité.

Il faut passer par un désir de communion dans la charité et c'est cela qui organise et qui structure le corps de l'Église, sachant que cette Église est créée et si elle a un corps, si elle peut vivre, si elle peut grandir vers la stature de l'homme parfait, vers la plénitude tout entière, comme on l'a entendu, c'est uniquement parce que le Seigneur en est la tête, Il en est aussi le cœur par son amour, et qu'à la manière dont Dieu se vit, Père, Fils et Saint-Esprit, une communion dans la Trinité, l'Église vit exactement la même communion structurelle, organisée pour qu'ainsi tout homme puisse se sentir, à l'intérieur de cette Église, un être vivant et racheté par le salut de Notre-Seigneur.

 

 

AMEN

 

 
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