AU FIL DES HOMELIES

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L'AUTRE REGARD SUR LA GUÉRISON

2 S 3, 26-28+32-37 ; Mc 1, 40-45

Mardi de la troisième semaine de l'Épiphanie – A

(22 janvier 2002)

Homélie du Frère Jean-François NOEL

 

L

'évangile est plus complexe qu'il n'en a l'air. Jésus se fait quelque peu prier pour guérir un homme de la lèpre. D'emblée, Il n'est pas venu pour nous guérir de nos maladies, Il est venu pour toucher une racine qui est au fond de l'homme, une racine plus profonde, secrète, même ignorée de nous, c'est la racine de notre vie spirituelle. Au fond, notre maladie peut ne pas être un obstacle à notre vie spirituelle, mais elle peut aussi l'être. Nous avons là une vision plus humanitaire de la façon dont Jésus vient voir les hommes, nous pensons qu'il est venu tout guérir. Or, Il est venu sauver, mais pas tout guérir. Il y a une sorte d'autre regard qui n'est pas d'ailleurs étanche à la compassion, l'évangile nous dit "qu'Il s'est ému de compassion", et à la suite de cela, Il acceptera de guérir ce lépreux de sa lèpre. Mais, quand Il le morigène et le rudoie après la guérison, c'est justement pour que on ne s'empare pas du merveilleux de cette guérison extérieure, la guérison de cette maladie, qui nous permet encore d'ignorer ce qu'Il a fait sur le plan plus profond, sur le plan spirituel, et Il lui demande simplement de réintégrer la loi à laquelle il appartient, de faire les rites qui conviennent à la purification d'un lépreux, et d'aller au Temple pour que soit attestée sa guérison. Que cela passe inaperçu des autres, non pas du cœur du lépreux lui-même, mais des autres.

Il y a donc une action de Dieu qui n'est pas une action visible et manifestée, ou telle que l'homme voudrait dire que cela se soit manifesté. Nous, nous voudrions "aller bien", "aller mieux", et nous confondons en général bien-être et vie spirituelle, nous confondons un certain bonheur de confort et notre vie spirituelle. Quand on dit cela tout le monde s'effraie, déjà que nos églises sont vides, mais alors là, elles vont carrément se vider de l'intérieur, puisque nous ne promettons pas forcément un bien-être et un confort, quand nous engageons quelqu'un dans une vie spirituelle, et que nous l'engageons dans une relation.

Il y a autre chose qu'on va appeler du même mot "bonheur", mais qui n'est pas directement attaché à l'idée que nous avons du bien-être. D'ailleurs dans l'Histoire de l'Eglise, de nombreux grands mystiques et spirituels ont vécu une certaine souffrance dans leur relation avec Dieu.

Frères et sœurs, ce petit décalage ce petit grain de sable qui vient grincer les dents de notre conception de Dieu, qui depuis le début de l'évangile de Marc fait que Jésus se fait un peu forcer la main pour guérir ce lépreux, finalement le guérit, mais lui demande de ne pas lire cette guérison de l'extérieur, comme un événement merveilleux. D'ailleurs, le lépreux va de fait, le lire comme ça, ce qui empêchera Jésus d'aller plus ouvertement dans les autres villes. Il y a là une sorte d'autre regard qui n'est pas un cœur dur à l'égard de la maladie humaine, mais qui est une autre façon de le lire. Autrement dit, il y a une autre façon de guérir et de soulager la souffrance, il y a un autre regard, une autre visite que Dieu fait dans l'homme, qui n'est pas exactement l'endroit que nous présentons comme l'endroit malade, mais à la racine même de l'âme de chaque homme, Jésus vient la retourner, l'ouvrir, et lui offrir son amour et son pardon.

 

 

AMEN

 

 
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