AU FIL DES HOMELIES

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LA PRIÈRE DANS L'ESPÉRANCE

Ep 4, 1-16 ; Jn 17, 11+18-23

Mardi de la troisième semaine de l'Épiphanie – A

(18 janvier 2011)

Homélie du Frère Daniel BOURGEOIS

L'unité dans la diversité

 

F

rères et sœurs, qu'est-ce que l'unité ? Si on prend des exemples de la vie normale, courante, de la vie sociale, l'unité se manifeste à deux niveaux. Si on prend par exemple l'unité d'une famille, il y a ce qu'on appelle l'affection des membres de la famille les uns pour les autres. Cette affection, elle doit être réciproque, elle doit s'établir réellement dans le cœur de chacun des membres, c'est cela l'unité réelle.

Mais il y a évidemment dans cette même famille une autre forme d'unité qui elle, consiste à avoir des habitudes par lesquelles on se retrouve pour fêter les anniversaires, prendre les vacances ensemble, partager les repas ensemble, discuter, sortir ensemble. Tous ces gestes à la fois traduisent l'unité, et créent l'unité. Pour être vraiment unie, une famille n'est pas simplement une juxtaposition de gens qui se disent dans leur tête tous les matins : j'aime ma femme, mes enfants, j'aime mon mari et mes enfants, j'aime mes parents et mes frères et sœurs. Comme on dit, ça va sans le dire, mais ça va encore mieux en le disant. L'unité se joue toujours à deux niveaux : le niveau de réalité du lien et le niveau des signes qui traduisent ce lien et qui le fortifient.

Dans l'Église, il en va un peu de même, et c'est généralement tout le problème. Car, vu d'un certain côté, celui de Dieu, Dieu est celui qui est la source de l'amour pour chacun des membres du Corps du Christ, de ceux qui croient en lui. Du point de vue de l'initiative, heureusement, l'unité ne peut jamais faillir. Si Dieu donne son amour à quelqu'un, de ce point de vue-là, cet amour est réel, et le lien des personnes qui bénéficient de cet amour vis-à-vis de Dieu, sont unies à lui. Seulement voilà, Dieu ne s'est pas contenté d'aimer chacun individuellement. Il a voulu que la relation réelle de l'unité, le lien de l'unité réelle soit non seulement entre lui et chacun des croyants. C'est-à-dire qu'il ne s'est pas contenté de nous aimer chacun individuellement en se préoccupant chacun individuellement de notre salut et de nos petites affaires, mais il a voulu que cet amour qu'il nous donnait à chacun rejaillisse des uns aux autres, pour constituer ce tissu qu'on appelle la communion de l'Église.

Or, quand on passe du niveau de l'initiative de Dieu, de l'amour initiateur de l'Église à la manière concrète dont les individus et les membres de cette Église le réalisent, il y a souvent une marge. C'est à ce niveau-là que vient se nicher la division chez les chrétiens. Par bonheur, et c'est pour cela qu'on peut prier pour l'unité, Dieu est capable malgré notre péché et malgré nos divisions de quand même nous tenir ensemble dans la confession de son nom. C'est pour cela que l'unité de l'Église n'est jamais définitivement compromise. C'est ce qu'a voulu dire le Concile Vatican II, par exemple en proclamant très officiellement que si un protestant ou un orthodoxe souhaite devenir catholique, on ne le rebaptise pas. Pourquoi ? Parce que le geste par lequel Dieu a initié son amour pour cet homme ou cette femme, ce geste est solide, sans retour, il ne peut pas être réitéré. Donc, on reconnaît à ce moment-là que la personne qui rentre dans le sein de l'Église catholique n'a pas besoin de recevoir le baptême. Mais en même temps l'Église dit : entre nous, Église catholique et les protestants, les orthodoxes ou les différentes sectes évangéliques et tous ceux qui d'une manière ou d'une autre confessent le Christ Jésus, Fils de Dieu, au niveau de ce qui construit les liens entre nous, c'est loin d'être parfait. Et là, il y a rupture. Comme je le disais tout à l'heure les liens familiaux sont entretenus pas tous les signes qui encouragent, affermissent et développent cet amour entre les membres, ici, les liens d'Église entre les membres, dans la mesure où ils ne sont pas unanimes, reconnus ensemble dans leur valeur, effectivement, ils en viennent parfois à créer la division et la discorde, et en tout cas, empêcher que la plénitude de l'amour que Dieu a donné puisse se réaliser concrètement et complètement.

Autrement dit voyez-vous frères et sœurs, même lorsqu'un pape prononce l'excommunication de Luther, de Calvin, en réalité, on ne rompt jamais l'unité fondamentale. Cette unité reste. Il reste quand même une certaine unité des chrétiens, mais elle tient uniquement par un bout, celui de l'amour de Dieu qui nous tient ensemble et dont l'amour est assez fort et puissant pour faire que malgré nos divisions, il reste encore quelque chose que nous gardons en commun. La semaine de prière pour l'unité est une semaine de prière dans l'espérance, dans la confiance et dans la foi que cette unité qui vient de Dieu, elle ne peut pas être brisée, ne peut pas être anéantie et c'est fondamental.

Mais en même temps, c'est aussi un prière de repentance car nous mesurons, et je crois qu'aujourd'hui historiquement, on le mesure peut-être encore mieux qu'il y a deux ou trois siècles, nous mesurons historiquement le gâchis qui a été réalisé. Nous mesurons ainsi la manière dont tous, nous avons notre part de responsabilité ; c'est comme dans les divorces, il n'y a pas 100% d'un côté et 0% de l'autre. Dans l'histoire de la rupture entre les Églises, c'est vrai que si cela aboutit à la rupture, c'est parce que les Églises n'ont pas su exactement mettre en jeu et en exercice, toute la puissance d'unité et d'amour que Dieu avait donné à son peuple. Pour cela, il y a une prière de repentance, il y a une prière de demande de pardon, et on peut sans tomber dans le masochisme d'auto flagellation, on peut reconnaître et c'est ce qu'avait fait Jean-Paul II au début du troisième millénaire, on peut reconnaître qu'effectivement, du côté de l'Église catholique il y a eu des moments où pour assurer le ministère d'unité qui revient à Pierre, Pierre n'a peut-être pas toujours été absolument à la hauteur de la manière dont il devait garder dans l'unité ce qui était en voie de dispersion et qui n'était peut-être pas absolument irrémédiable.

C'est à la fois un grand encouragement, un grand signe de confiance, mais en même temps une exigence de lucidité, non seulement historique, mais également un examen de conscience de notre charité et de notre désir d'unité C'est donc pour cela que c'est si important de pouvoir prier pendant ce temps-là pour dire à Dieu : écoute, nous allons essayer d'être les meilleurs récepteurs possible de l'amour unifiant que tu nous donnes, et qui lui est sans conditions. Mais ce qu'il faut, c'est qu'on retrouve ensemble les moyens de le partager, de le vivre ensemble, et que ce que nous vivons ensemble à la fois soit le reflet de l'unité que tu veux nous donner, la développe et lui donne la plénitude, pour qu'on soit tous un, comme toi et le Père vous êtes un.

C'est dans ce sens-là que je crois que nous devons vivre cette semaine de prière pour l'unité. Non pas comme une sorte de rituel un peu lénifiant pour dire que finalement, on ne va pas manger les protestants, mais comme une manière très simple et très humble à la fois de manifester notre confiance dans la puissance de Dieu comme source d'unité, et en même temps, comme repentir par rapport à toutes les fois où nous avons divisé ce Corps du Christ par notre faute.

 

 

AMEN

 

 
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