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ESPÉRER EN LA FORCE DE LA RÉSURRECTION

2 S 14, 25-26 + 2 S 15, 1-6

(22 janvier 2003)

Homélie du Frère Jean-Philippe REVEL

F

rères et sœurs, depuis quelques jours, nous lisons le deuxième livre de Samuel, c'est-à-dire la suite du règne de David, le roi selon le cœur de Dieu ce roi que Dieu a choisi lui-même pour remplacer le roi Saül qui ne s'était pas comporté conformément aux désirs de Dieu. Et voici que David, ce roi bien-aimé, va entrer dans sa vieillesse, dans cette deuxième partie de son règne. 

En effet, autour de lui, dans sa propre famille, de la part de ses enfants, c'est le mal et le péché qui va se déployer, se développer. Au départ, il y a eu l'inceste d'Amnon avec sa demi-sœur Tamar, puis la vengeance d'Absalom qui a fait tuer Amnon, et maintenant, c'est à son propre père, le roi David, qu'Absalom s'en prend, essayant par sa prestance, sa beauté, son caractère séducteur et charmeur, de retourner le peuple en sa faveur, pour, nous le verrons dans les jours qui viennent, confisquer à son profit la royauté même de David. David sera bientôt contraint à fuir Jérusalem, chassé par son propre fils Absalom. 

       Ceci répète d'une certaine manière ce qui s'est passé aux origines de l'humanité, le péché de David quand il a pris la femme d'Urie et fait tuer celui-ci pour pouvoir s'approprier son épouse, et ce péché de David est un peu comme le péché d'Adam, et la rivalité d'Absalom et d'Amnon, nous rappelle la relation meurtrière de Caïn et d'Abel. Et voici que maintenant Absalom veut d'approprier la royauté, un peu comme l'homme a cherché à se rendre soi-disant libre, autonome à l'égard de Dieu, voulant s'approprier l'origine même de sa vie, le pouvoir sur le monde, et la décision du bien et du mal. 

       C'est sans cesse que se reproduit ce schéma de la rupture d'orgueil de l'homme en face de Dieu, et de la rupture de l'amour de l'homme en face de son frère. Ces deux péchés fondamentaux qui nous sont relatés dès le début de l'histoire de l'humanité ne cessent d'animer l'histoire des hommes. Ce qui se passe dans la famille de David, c'est ce qui se passe dans tous les peuples de la terre, toute l'histoire de l'humanité est faite de cet orgueil que l'homme veut développer en s'appropriant le pouvoir, l'autorité, la toute-puissance. Toute l'histoire de l'humanité est marquée aussi de toutes ces luttes fratricides des frères qui oublient de s'aimer pour rivaliser entre eux, afin d'être seuls, et d'avoir seuls les avantages et les privilèges et le pouvoir. 

       Dans notre monde moderne, nous ne sommes pas très avancés par rapport à ce qui se passait au temps de David, ou aux origines de l'humanité. C'est toujours les mêmes instincts pervers qui poussent les hommes les uns contre les autres, et qui les poussent contre Dieu et qui, finalement, ruinent cette humanité que nous constituons, nous amenons de catastrophes en catastrophes, et c'est cela déjà en un certain sens, qui est la fin du monde. Car le monde, l'humanité se détruit, et elle ne cesse de creuser sous ses propres pas, le piège dans lequel elle tombe. Quand nous parlons de la fin du monde, nous ne devons pas penser seulement à des phénomènes cosmiques ou météorologiques, à la chute du soleil et des étoiles, mais à travers ces symboles, ce qui nous est dit, c'est que le monde va à sa perte. Le monde parce qu'il est marqué profondément par le péché de l'homme, parce qu'il est marqué par cet orgueil, par cette jalousie, par ces haines, le monde s'autodétruit. De même que le Christ a été mis à mort, par les hommes, de la même manière, le monde se met à mort en quelque sorte, lui-même, par tous les vices qui habitent son cœur. 

       Seulement, de même que le Christ mis à mort par les hommes est ressuscité pour les sauver, pour les délivrer de leur propre péché, pour les délivrer de cette haine sans cesse renaissante dans leur cœur, de la même façon aussi, nous le croyons, notre monde ressuscitera en un monde nouveau. La Résurrection du Christ nous sera offerte en partage pour que nous y participions et pour que l'univers tout entier y participe. C'est cela notre espérance, c'est qu'au cœur de tous ces cataclysmes, de toutes ces guerres, de toutes ces horreurs que les hommes ne cessent d'inventer, au cœur de tout cela il y a quand même un germe de vie qui est précisément l'amour du Christ pour nous, cet amour qui s'offre en sacrifice, mais qui ressuscite de la mort, parce qu'Il est plus fort que la mort, cet amour qui donne le salut et la vie. 

       Que cette espérance habite nos cœurs, et au moment où les hommes continuent inlassablement à s'entredéchirer, nous mettions ainsi toute notre foi et notre espérance dans l'amour du Christ, son amour vainqueur et triomphant qui nous délivrera de tous les maux que nous ne cessons d'accumuler sur notre route. 

 

AMEN