AU FIL DES HOMELIES

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LE CHRIST EST MAÎTRE DE LA LOI

Pv 4, 7-19 ; Mc 3, 1-12

Mercredi de la troisième semaine de l'Épiphanie – B

(23 janvier 1985)

Homélie du Frère Michel MORIN

Q

 

uelques jours avant cet épisode, Jésus avait déjà guéri, dans la même synagogue de Capharnaüm, un homme possédé d'un esprit impur. Ensuite les pharisiens avaient accusé les disciples de Jésus de ne pas jeûner, alors que les disciples de Jean et leurs propres disciples jeûnaient. Aujourd'hui, Jésus est une nouvelle fois dans la même synagogue de Capharnaüm, un jour de sabbat, et Il va refaire un miracle. Mais à la différence du premier, les pharisiens sont là qui l'observent et qui l'épient, ce qui n'était pas le cas dans la première manifestation de sa puissance. Et une autre différence, c'est que les juifs qui ont été témoins de la guérison du fou furieux, ont été étonnés, ont été surpris, ont été bouleversés de l'autorité exceptionnelle de cet homme à qui, même les esprits impurs obéissaient.

Ici, les pharisiens ne sont pas seulement étonnés, mais ils vont critiquer. Ils vont critiquer le Christ pour avoir guéri quelqu'un un jour de sabbat. Or le Christ lui-même va provoquer, ou plutôt accentuer cette critique. Il les sent bien venir. Il sait qu'il y a déjà pas mal de complots autour de sa personne, parce qu'Il n'observe pas la Loi, et cela de façon publique. Il dit à l'homme qui a une main desséchée : "Mets-toi là devant tout le monde !" comme si le Christ voulait mettre en lumière l'accusation même que les pharisiens vont porter contre Lui. Manifestement, le Christ veut se révéler violateur de la Loi, en guérissant un homme, publiquement, le jour du sabbat dans une synagogue. On a là l'impression que l'évènement est à son comble et que vraiment le Christ veut manifester cet acte de violateur de la Loi de Moïse.

C'est ce qui entraîne la colère silencieuse des pharisiens car ils voient que le Christ va plus loin que leurs critiques, puisqu'Il veut se poser de façon visible, et ensuite devant ce fait qui provoque toujours l'admiration des autres, les pharisiens sont furieux, les pharisiens gardent le silence, et ce n'est que plus tard, lorsqu'ils seront sortis de la synagogue, qu'ils tiendront conseil pour tuer Jésus.

Les pharisiens avaient raison : selon la Loi de Moïse, et c'est exprimé clairement dans le livre de l'Exode ou dans le livre des Nombres, le violateur du sabbat doit lui-même être tué, parce qu'il s'érige en juge de la Loi de Moïse qu'il avait Lui-même reçu de Dieu. Or ici le Christ se pose, non seulement comme Celui qui va défendre la Loi, mais se pose en nouveau Moïse, et c'est cela que les pharisiens n'ont pas accepté. Qu'Il guérisse quelqu'un, cela ne les gêne pas, au contraire, cela peut même les arranger. Mais que Jésus se fasse un législateur plus puissant que Moïse, au-dessus de la Loi de Moïse, cette loi qui est reconnue comme venant de Dieu, cela est proprement inacceptable, C'est pour cela que s'engage aussitôt le procès du Christ. Parce que le Christ s'est manifesté comme nouveau Moïse, comme étant Lui-même la Loi nouvelle, les pharisiens vont le refuser et le conduire un jour à la mort. C'est le refus du Christ comme étant le Fils de Dieu venu sur la terre, ce que les malades, eux, reconnaîtront. Même les démons le reconnaîtront : Tu es le Christ, le Fils de Dieu !" comme nous le dit la fin de cet évangile. Les pharisiens, eux, se sont bloqués, se sont raidis sur une conception de la Loi dont ils ont fait leur absolu. Et c'est là leur péché le plus grave parce que la Loi, et le Christ veut le manifester, la Loi est relative à Celui qui nous l'a donnée. Et quand Celui qui l'a donnée est au milieu de nous, dans la chair même du Christ, à ce moment-là, la Loi devient non seulement relative, mais inutile pour elle-même. C'est le Christ Lui-même qui devient l'absolu, c'est le Christ qui sauve, c'est le Christ qui est maître de la Loi, qui est maître du sabbat.

C'est cela que le Christ a voulu manifester et c'est cela que, dans leur aveuglement, dans l'endurcissement de leurs cœurs, ces pharisiens n'ont pas reconnu. Que cet évangile nous aide à comprendre que le Christ n'est pas législateur de choses humaines, ni même d'une religion ou de lois religieuses, mais qu'Il est l'auteur de la Loi et que c'est pour cela qu'Il est la Loi nouvelle, et qu'Il est le Fils de Dieu venu sur notre terre. Toute loi est relative à Lui-même. Toute loi conduit à Lui-même. Et si la Loi, comme celle de Moïse, ne permet pas aux hommes de reconnaître le Christ, c'est qu'ils ont absolutisé cette Loi et qu'ils ne la prennent plus pour ce qu'elle est, un pédagogue qui conduit à la présence de Dieu car c'est à Lui seul qu'il faut obéir, même si ses façons de faire ne sont pas tout à fait les nôtres. De toute façon, Il est au-dessus de la Loi, et c'est Lui seul qui a dans son cœur et dans sa Parole, la force de vivre, la force du guérir et même s'Il meurt, la puissance de ressusciter.

 

AMEN

 
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