AU FIL DES HOMELIES

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GUÉRISON DU PARALYTIQUE DESCENDU PAR LE TOIT

1 S 20, 30-21, 1 ; Mc 2, 1-12

Mercredi de la troisième semaine de l'Épiphanie – B

(23 janvier 1991)

Homélie du Frère Michel MORIN

 

I

l y a des gens qui ont de curieuses façons d'entrer dans une maison, par exemple un voleur et ce paralytique. L'un et l'autre rentrent en faisant un trou. Ils violent l'espace de la demeure. Cependant il y a des différences. Le voleur rentre par le trou fait son délit et ressort par le trou. Rien n'est changé pour lui : il est rentré à moitié courbé et il ressort encore plus courbé parce qu'il doit porter le poids du vol, alors que le paralytique entre par le trou du toit et sort par la grande porte.

La deuxième différence c'est que le voleur es­père qu'il n'y a personne dans la maison, et en tout cas s'il y a le propriétaire, il aura de quoi le lier, alors que le paralytique entre par le trou parce que la maison est pleine de monde et que lui, il est lié sur son brancard par sa paralysie.

Ce que Jésus veut nous dire c'est deux choses, beaucoup d'autres choses, mais j'en retiens deux. Cette guérison du paralytique est une sorte d'illustra­tion de ce que Jésus nous dira dans l'évangile de saint Jean : "Je suis la Porte ! Celui qui passe par Moi a la vie ! Celui qui passe par Moi, peut entrer et sortir par la Porte !" D'ailleurs, si nous comparons cet évangile avec la résurrection de Lazare, toujours en saint Jean, nous voyons aussi des points communs. Dans les mouvements que fait ce paralytique avec l'aide de ses camarades, il y a un mouvement baptismal. Le para­lytique descend paralysé dans un fond de maison et il arrive, allongé par terre, aux pieds de Jésus. C'est un peu l'image de la mort. Et c'est aux pieds du Seigneur, et là seulement, qu'il va pouvoir se redresser et sortir, debout. Vous remarquez ce mouvement de descente dans la mort et de remontée debout. C'est ceci que Jésus veut nous dire en partie dans cet évangile quand Il nous dit être la Porte.

Cet homme n'a rien demandé. Il s'est laissé descendre. Et avant que ses camarades aient exprimé leur désir, Jésus lui dit : "Tes péchés sont pardonnés!" C'est une constatation que Jésus fait. Cette parole ne pardonne pas les péchés. Les péchés sont pardonnés lorsque l'homme descend dans les profondeurs de son péché devant le Seigneur. Et quand Jésus dit : "Tes péchés sont pardonnés !" Il ne fait que révéler à cet homme et à la foule ce qui vient de s'accomplir dans cette descente dans la cuve baptismale, Et le signe écclésial, devant la foule de l'Église, ce sera que le paralytique reparte debout. C'était pour cela que cet homme était venu, pour repartir debout. Mais on ne repart pas debout de la présence du Seigneur sans avoir été remis debout à l'intérieur par le pardon des péchés. Cet homme est entré par une sorte d'effrac­tion, mais il sort par la grande porte baptismale. C'est pourquoi, lorsqu'il rentre chez lui, il rentre par la grande porte de son cœur, maintenant ouverte par la miséricorde et le pardon du Seigneur.

Un autre point est très important pour nous parce que nous en faisons trop souvent l'économie dans notre vie quotidienne. Jésus, quand Il pardonne, quand Il manifeste le signe du pardon, quand Il signi­fie qu'Il est Pardon et vie, le fait devant la foule. Et en définitive, Il pourrait dire là ce qu'Il a dit devant le tombeau de Lazare : "C'est à cause de la foule qui m'entoure, Lazare ! Sors du tombeau !" Toute démar­che de conversion toute réception de pardon, c'est vrai que le Seigneur nous le donne pour nous-même, pour notre vie d'homme debout et non plus de gisant, de paralytique, mais c'est aussi pour l'Église, c'est pour l'Église. C'est pour que l'Église croie. C'est pour que l'Église sache que la miséricorde du Seigneur est don­née à l'humanité tout entière. Et c'est pour que l'Église s'en réjouisse. Peut-être que cette seule raison suffirait à demander plus souvent le pardon de nos péchés pour que l'Église s'en réjouisse, pour que le Christ puisse accomplir cette même parole que nous ren­controns dans cet évangile et dans celui de la résur­rection de Lazare : "C'est à cause de la foule !" Et la foule, voyant le signe réalisé, visible du pardon ou de la résurrection de Lazare, s'exclame : "Jamais nous n'avons rien vu de pareil !"

La vie baptismale est faite pour réjouir l'Église. Le pardon des péchés, la résurrection de toutes nos morts intérieures, la guérison de toutes nos misères, ce n'est pas à usage strictement personnel. C'est à usage écclésial. C'est pour que la foule de­vienne l'Église car la foule devient Église quand elle reçoit le don de Dieu à travers un des membres de la foule, même s'il entre par le trou, même s'il n'entre pas par la porte régulière, peu importe, cela c'est le secret de Dieu. C'est quand la foule reconnaît, à tra­vers l'un de ses membres, et spécialement le plus pau­vre, le paralytique, le pécheur ou le mort, que cette foule devient l'Église parce qu'elle dit : Il n'y a rien au monde d'aussi grand, d'aussi merveilleux que la fé­condité visible du pardon de Dieu source de vie et de Résurrection.

C'est cela le baptême. Ce n'est pas une fon­taine où l'on vient chacun à son tour pour calmer ses soifs intérieures. Je concède que c'est aussi cela, mais c'est une fontaine où tout le monde boit ensemble. C'est une fontaine où tout le monde est dans la même vie et tout le monde se réjouit par le fait que chacun y trouve sa vie. Son pardon, sa résurrection.

Alors je crois qu'il nous prendre plus cons­cience que notre vie baptismale, dans son aspect ré­mission des péchés d'aujourd'hui, sacrement de ré­conciliation, c'est un émerveillement écclésial. Alors, si vous avez envie de réjouir l'Église, si vous avez envie que la foule chante la gloire de Dieu, donnez-lui l'occasion de le faire.

 

 

AMEN

 

 
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