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DOUBLE GUÉRISON

Jos 3, 14-17 ; Mc 2, 1-13

Mercredi de la troisième semaine de l'Épiphanie – A

(23 janvier 2008)

Homélie du Frère Jean-Philippe REVEL

 

F

rères et sœurs, voilà donc une des guérisons les plus connues, les plus célèbres de l'évangile et en même temps un texte remarquablement profond dans sa signification.

Tout d'abord, Jésus à cause des guérisons qu'il a accompli est entouré d'une foule immense et nous voyons les porteurs du grabat sur lequel se trouve le paralytique, empêchés d'accéder auprès de Jésus. Voulant absolument que ce paralytique puisse être présenté au Christ, ils vont entreprendre une méthode tout à fait originale pour arriver à entrer dans la maison, ils vont défaire le toit pour pouvoir faire descendre le grabat dans la maison. Evidemment, ce n'était probablement pas un toit aussi solide que ce que nous faisons aujourd'hui, mais c'est tout de même une action originale. D'ailleurs, Jésus est émerveillé, quelle foi pour avoir non seulement amené ce malade, mais encore devant la difficulté d'entrer, être allé jusqu'à défaire le toit pour le faire entrer dans la maison.

Ici, il y a quelque chose de très remarquable, c'est que ce geste de foi qui a conduit les porteurs à défaire le toit, ce n'est pas le paralytique lui-même qui a fait cet acte de foi, ce sont ses porteurs. Et pourtant, Jésus émerveillé par cette foi va guérir le paralytique. Il y a là une illustration de la communion des saints : la foi de certains peut porter jusqu'à la guérison d'autres, ici ceux qui portaient le grabat du paralytique, non seulement ont supporté le poids du corps du malade, mais encore ont accompli cet acte de foi au nom duquel le malade va être guéri. C'est très important et cela arrive un certain nombre de fois dans l'évangile, comme quand le centurion demande la guérison de son serviteur, ou encore quand des parents demandent avec foi la guérison de leur enfant.

C'est important pour que nous sachions que cette communion des saints, cet échange profond de cœur à cœur des actes de foi et d'amour, se réalisent constamment dans l'Église, entre nous quand nous prions pour quelqu'un nous offrons quelque chose afin qu'il soit sauvé, guéri, pardonné.

Un deuxième point fort intéressant aussi dans ce récit très détaillé, c'est que Jésus va manifester que la guérison du corps et la guérison du cœur relèvent du même mystère. Ce mystère qui est celui de notre rédemption, de notre rachat, de notre pardon, ce mystère que Jésus est venu accomplir sur la terre, c'est à cause de nos péchés que Jésus s'est fait homme, qu'il a voulu partager toute notre existence et qu'il a voulu aller jusqu'à la croix ou le poids du mal qui est dans l'humanité, l'écrasera jusqu'à la mort, cette rédemption, c'est la rédemption de nos cœurs, parce que la souffrance la plus grave que nous subissons et que nous faisons subir à Dieu, c'est celle de notre péché. Mais c'est aussi la souffrance et donc la guérison de notre corps. Le christianisme n'est pas une religion purement spirituelle où la seule chose importante serait l'âme, c'est une religion de l'être tout entier. Le Christ est venu guérir notre âme, certes, mais aussi nos corps. C'est le sens de toutes ces guérisons qui remplissent tout l'évangile. Ici, Jésus va attirer notre attention non pas sur le fait que les guérisons du corps ne seraient qu'un symbole, un signe, une manifestation d'une guérison plus importante qui est celle du cœur, mais il va montrer que les deux guérisons vont de pair et qu'il est venu aussi bien pour notre corps que pour notre cœur et que l'apaisement de notre souffrance corporelle a autant d'importance à ses yeux que le pardon de nos péchés et que la rémission de tout le mal que nous portons en nous.

C'est vraiment cela le salut que le Christ est venu apporter, c'est cela l'évangile, la Bonne Nouvelle, et c'est pour cela que lorsqu'on demandera à Jésus s'il est bien le Messie, il répondra : les aveugles voient, les boiteux marchent, les morts ressuscitent. Tout cela c'est la signification du salut qui nous prend tout entier et nous transfigure. C'est là que nous voyons la parenté entre les sacrements qui continuent les gestes du Christ. Comme le Christ pardonne les péchés, de même l'Église a reçu le pouvoir de pardonner les péchés, c'est le sacrement de pénitence ou de réconciliation. Comme Jésus a guéri les malades, l'Église a reçu les pouvoirs de soulager la souffrance du corps par le sacrement des malades qui n'est pas seulement le sacrement d'une guérison corporelle, mais qui est le sacrement d'une transfiguration de notre souffrance, de nos maladies qui peuvent devenir si nous les offrons avec amour participation à la croix du Christ pour le salut du monde.

Que cet évangile qui nous annonce ainsi la Bonne Nouvelle que le mal est écrasé, que le péché est pardonné, que la souffrance aboutit à la gloire, que cette Bonne Nouvelle remplisse notre cœur d'action de grâces et que nous nous réjouissions aussi de cette communion des saints qui nous permet de prier et d'offrir les uns pour les autres, et ainsi de collaborer au salut de nos frères.

 

 

AMEN