AU FIL DES HOMELIES

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LA STRUCTURE DE L'ÉGLISE

1 R 3, 14-13 ; Mc 3, 13-19

Samedi de la troisième semaine de l'Épiphanie – B

(23 janvier 1982)

Homélie du Frère Jean-Philippe REVEL

Mont saint Martin : apôtres

I

 

l en choisit douze pour être ses compagnons." Cette page d'évangile, l'institution des Douze par Jésus, est un événement considérable dans le déroulement de la vie du Christ sur la terre. En effet, c'est véritablement la fondation de l'Église, plus précisément, c'est le premier acte essentiel, fondamental par lequel Jésus institue, dans la personne des douze apôtres, le sacrement de l'ordre, c'est-à-dire la structure de l'Église comme hiérarchique. L'Église, c'est le peuple de tous ceux qui suivent le Christ, plus encore de tous ceux qui vivent de la vie même du Christ. L'Église, c'est le corps du Christ, c'est-à-dire la démultiplication de sa présence jusqu'aux limites de l'espace et du temps, à travers tous les siècles et tous les lieux. Mais cette Église n'est pas un corps amorphe. Ce n'est pas un corps qui susciterait, de l'intérieur, sa propre organisation. L'Église reçoit de Dieu, de Jésus, sa structure. L'Église est un organisme c'est-à-dire un corps dans lequel les éléments ne sont pas tous identiques, mais sont complémentaires par leur fonction, par leur rôle, par leur place, par leur signification. Et au cœur de cette Église, il y a bien sûr le Christ Lui-même qui en est la pierre fondamentale, qui en est la tête, mais autour du Christ il y a cette première assise de l'Église sur laquelle sont fondés ses remparts qui sont les douze apôtres et dont les successeurs seront, à travers tous les temps, les évêques.

En instituant douze parmi ses disciples pour être ainsi les fondements de l'Église, Jésus inaugure ce que le sacrement de l'ordre, d'ordination en ordination, d'ordination épiscopale d'abord en ordination épiscopale et de manière dérivée, d'ordination presbytérale ou diaconale en ordination presbytérale ou diaconale, perpétuera à travers tous les temps, cette structure de l'Église. Il est clair, dans ce texte de saint Marc que ce qui caractérise ce sacrement de l'ordre, ce qui caractérise cette structure hiérarchique de l'Église, c'est qu'elle vient de Dieu. Jésus a appelé ceux qu'Il voulait. C'est un acte libre de Dieu. Jésus appelle ceux qu'Il veut. On n'est pas ministre de l'Église parce qu'on en a senti en soi le désir. On n'est pas ministre de l'Église parce que cela correspond à tel ou tel don que l'on se reconnaît ou que l'on vous reconnaît. On n'est pas ministre de l'Église parce qu'on en a envie. On est ministre de l'Église parce que Dieu appelle ceux qu'Il veut. Et ceux que Dieu appelle viennent à Lui. Et Dieu les institue. Dieu les place, leur donne une place qui vient de son cœur, de son désir, de son plan d'amour sur l'Église.

Les ayant ainsi institués, c'est-à-dire établis autour de Lui, Jésus donne la signification de cette institution. Que sont donc les douze ? Que sont les apôtres ? Que sont les évêques successeurs des apôtres ? Ils sont d'abord et avant tout, les compagnons du Christ. ''Il en institua douze pour être ses compagnons.'' Telle est la raison d'être fondamentale de la structure hiérarchique de l'Église. Jésus prend comme compagnons, c'est-à-dire ceux avec qui Il va partager le pain, c'est-à-dire comme ses commensaux, comme ceux qui forment son entourage immédiat, comme son conseil personnel, Il prend douze de ses disciples. Non pas parce qu'ils sont meilleurs que les autres. Simon-Pierre, nous le savons, sera bien souvent lâche et il abandonnera le Christ au moment de sa Passion, ainsi que tous les autres. Et les "fils du tonnerre" que sont Jacques et Jean seront quelquefois d'une violence qui ne correspond pas à l'évangile du Christ, quand ils voudront faire descendre le feu du ciel sur un village de samaritains qui n'avait pas reçu Jésus. Simon le zélote était une sorte de révolutionnaire de l'époque et Matthieu était un publicain, c'est-à-dire un homme d'une honnêteté douteuse. Et qui plus est, l'un des douze, Judas Iscarioth, celui-là même livrera Jésus, Il sera le traître qui le conduira à la mort.

Ce n'est donc pas en raison de leurs qualités, de leurs vertus particulières que Jésus les choisit, mais parce qu'Il veut les instituer comme ses compagnons, comme ceux qui partagent à tout instant son pain, qui peuvent témoigner, auprès des autres, de cette intimité unique avec le Christ. En effet, être compagnon de Jésus ne suffit pas à définir les Douze. "Il en institua douze pour être ses compagnons et pour les envoyer prêcher". Ils doivent témoigner de ce compagnonnage avec le Christ. Témoigner c'est-à-dire affirmer, par tous les moyens, la prédication pouvant prendre toutes sortes de formes, affirmer aux yeux de tous les hommes, ce qu'ils ont découvert dans ce compagnonnage avec le Christ, dans cette intimité avec le Christ.

Etre des hommes de communion avec Jésus et manifester aux yeux de tous les autres hommes le secret de cette communion avec le Christ. Prêcher. Non seulement prêcher, mais aussi avec le pouvoir de chasser les démons, le pouvoir donc de lutter contre le mal. Ce sont des hommes de miséricorde, des hommes qui doivent démultiplier cette sensibilité du cœur du Christ à la misère de l'humanité. Etre des hommes qui peuvent délivrer, des hommes de véritable libération, c'est-à-dire de la libération du cœur de leurs semblables, de leur propre cœur d'abord, libération de cette emprise de Satan, de cette emprise du démon. Et par une force qui ne vient pas d'eux, mais par la force que Jésus leur communique dans cette intimité, dans ce compagnonnage avec Lui pour être vainqueur de la puissance du mal.

Tel est le programme que Jésus, d'après ce passage de l'évangile de saint Marc, donne à ceux qui sont le fondement, l'assise de l'Église. Etre des intimes du Christ, prêcher le nom, la présence du Christ, à temps et à contre-temps, envers et contre tout et être forts contre le mal. Voilà ce que Jésus a donné comme mission à ses apôtres, voilà ce qu'Il donne encore aujourd'hui, comme mission à ses ministres et d'abord à ses évêques. Nous prierons spécialement aujourd'hui pour notre évêque, pour tous les évêques, pour celui qui est l'évêque de Rome et "qui préside à la charité de toutes les Églises" parce qu'il préside d'abord à la charité de tous ses frères évêques. Nous demanderons d'abord qu'ils soient intimement les compagnons du Christ, ensuite que, inlassablement, ils aient comme première préoccupation, comme souci majeur, de prêcher sans cesse le nom du Christ, la vérité du Christ. Nous demanderons aussi qu'ils soient forts, en eux-mêmes et pour nous, dans cette lutte implacable contre le mal, qui est la lutte de chaque jour de l'humanité sauvée vis-à-vis de Satan qui est dans le monde et qui est le Prince de ce monde.

 

AMEN

 
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