AU FIL DES HOMELIES

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JE LE VEUX, SOIS GUÉRI !

1 R 17, 7-16 ; Mc 1, 40-45

Samedi de la troisième semaine du temps de l'Épiphanie – C

(22 janvier 1983)

Homélie du Frère Michel MORIN

Champignons parasites

E

 

tre lépreux, c'était non seulement malade sans son corps, mais plus encore c'était être rejeté de la communauté des hommes. C'était être interdit de contact proche avec les autres. Au temps de Jésus, les lépreux vivaient en dehors du peuple, ils en étaient exclus par risque de contagion.

Or, un lépreux de Galilée vient vers Jésus. Un lépreux de Galilée passe outre ce préjugé social et religieux. Il va vers un autre homme. Il va, lui-même, par une initiative personnelle vers le Christ, brisant le carcan qui le tenait à distance des autres. Ce lépreux ne demande pas explicitement à être guéri. Il n'impose pas au Seigneur sa volonté propre. Il lui dit simplement : "Si tu veux !" se soumettant à la volonté du Seigneur tout en proclamant, tout en confessant le pouvoir de guérison du Christ : "Si tu veux, tu peux me guérir !"

Non seulement le Seigneur ne va pas s'écarter de lui, non seulement le Seigneur va rester proche de lui, mais il va faire un geste encore plus audacieux. Il va faire un geste qui va briser encore plus profondément le carcan, il va toucher le lépreux. En entendant cette réflexion du lépreux, l'évangile nous dit que "Jésus fut ému de compassion que ses entrailles se sont retournées, qu'il en a été bouleversé" mais cela ne restera pas uniquement au plan des sentiments intérieurs. Le Christ va toucher le lépreux. C'était un acte très grave, parce qu'on risquait, à coup sûr, par contagion, par contact, de devenir soi-même lépreux.

Or, ce qui se passe, c'est que non seulement le Christ ne devient pas lépreux, mais que, par ce toucher du Christ sur le corps du malade, c'est le malade qui va être guéri. La contagion ne va pas aller du lépreux au Christ, mais du Christ au lépreux. Et il va être guéri dans son corps, parce que le Christ, Fils de Dieu est guérison et soulagement. Et il va être purifié dans son cœur parce que le Christ, Fils de Dieu vient sauver les hommes.

Je pense, frères et sœurs, que ce court épisode de l'évangile est comme un raccourci de toute notre vie, car, qui que nous soyons, nous sommes lépreux. Nous avons, attaché à notre cœur et à notre esprit, ce péché qui nous retient loin de la communauté de Dieu, et qui parfois nous semble si fort, si lourd, que nous n'osons plus approcher de Dieu, que nous nous tenons à distance, pensant que Lui-même ne pourrait pas supporter cette proximité de la lèpre. Et dans notre cœur de pécheur, incessamment nous murmurons, de façon plus ou moins claire : "Seigneur, si Tu veux, Tu peux me guérir !" Seigneur, si Tu veux, Tu peux faire que ce monde soit un monde où il y ait moins de souffrance, moins de peine, moins de mort, moins de péché et moins de mal. Notre cœur d'homme prend Dieu à parti constamment parce qu'en définitive, nous croyons que Dieu seul peut nous donner ce que la terre ne peut pas nous donner, cette guérison intérieure, cette vie profonde de l'Esprit. Mais peut-être que nos interrogations vers Dieu sont trop nombreuses et cela fait que nous n'avons plus ni le temps, ni la disponibilité intérieure d'entendre la réponse du Seigneur : "Mais Je le veux, sois guéri !"

Et peut-être parce que nous n'osons pas, comme ce lépreux, aller vers Dieu, nous ne savons pas que Dieu veut, de son doigt, toucher notre cœur ou notre chair ou notre vie, pour les guérir. Or c'est sa volonté la plus explicite : "Je le veux ! Sois guéri" Touchant le lépreux, celui-ci fut guéri. Cette disposition de notre cœur vers Dieu, cette volonté du Christ pour nous, c'est ce qui tisse toute notre vie, au fil de ses événements. Mais je crois, dans la foi, que cette démarche de l'homme et cette volonté de Dieu s'accomplira totalement et définitivement lorsque Dieu Lui-même, au moment de notre mort, touchera notre cœur, notre esprit et nous dira, de façon totale, définitive et bouleversante : "Je le veux ! désormais, sois guéri !" Et à ce moment-là, il n'y aura plus de distance entre nous et Dieu, mais une proximité que nous ne pouvons soupçonner. Nous ne serons plus séparés ni de la communauté de Dieu, ni de la communauté des saints, nous serons réintégrés, par Lui, dans le peuple de Dieu, dans ce Royaume où il n'y a ni souffrance, ni maux, ni mort. C'est cela notre espérance. C'est une espérance qui, je crois, est très fragile parce que dans notre monde d'aujourd'hui, si déséquilibré, si désespérant, si agressif, il nous est difficile de croire en l'accomplissement des paroles du Christ, surtout quand le mal s'acharne sur nos vies sociales, communautaires ou personnelles.

Mais cependant, aujourd'hui, à chacun d'entre nous, le Seigneur redit : "Je le veux ! Sois-guéri !" Mais il faut que chacun d'entre nous, nous nous laissions toucher par cette compassion et cette miséricorde de Dieu. Cette espérance, nous en avons besoin pour vivre, mais nous devons, comme ce lépreux, la proclamer hautement et publiquement au monde, car le monde aussi en a terriblement besoin. Et cette espérance de guérison, de salut et de vie éternelle, il n'y a que l'Église, que la communauté chrétienne qui peut les lui donner, car elle difficilement, lentement mais avec foi, s'avance quotidiennement vers son Seigneur pour lui dire : "Si Tu veux ! Guéris-moi !" Et le Seigneur, chaque jour lui répond : "Je le veux ! Sois guéri !"

 

AMEN

 
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