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LES HOMMES DE FOI

Hb 11, 1-19

(31 janvier 1981)

Homélie de Jean BOLOMEY 

C

es scribes dont il est question dans l'évangile que nous venons d'entendre, étaient certainement des hommes très religieux, mais certainement pas des hommes de foi. Ils connaissaient la Loi sur le bout des ongles et se vantaient de l'appliquer jusque dans ses moindres détails mais ils n'ont pas su reconnaître l'essentiel, c'est que le Fils de Dieu était parvenu jusqu'à nous. Et non seulement, ils ne l'ont pas reconnu, mais en plus, ils l'ont blasphémé puisqu'ils l'ont traité, non pas de fils de Dieu, mais de fils de Satan. Ceux de sa famille, notez-le, ne sont pas en meilleure posture. L'ayant entendu prêcher, l'ayant vu partir, ils sont allés à sa recherche pour le ramener à sa maison, en se disant : il est devenu fou.

       L'épître aux Hébreux que nous avons entendu, nous a parlé de la foi, et précisément des hommes de foi. La foi, c'est cette espèce de souffle qui traverse l'humanité, depuis l'origine, depuis Abel, celui qui offrait un sacrifice agréable à Dieu jusqu'à la venue de Jésus, jusqu'à nous et plus encore, jusqu'à la fin des temps, qui fait que des hommes et des femmes se tournent vers Dieu, se tournent vers ce qu'ils ne voient pas, pour espérer, à travers ce qu'ils voient quelque chose de plus grand et de plus définitif. L'exemple nous en est fourni, d'une manière frappante, avec notre père dans la foi, précisément, Abraham, lui qui est parti ne sachant où il allait, sur la parole de Dieu. Et il cherchait une terre, une ville, et il a traversé les déserts, et il a trouvé effectivement un pays, mais sa démarche le portait bien au-delà de ce pays et de cette ville ; elle le portait sans qu'il le sache lui-même tellement, jusqu'au royaume de Dieu jusqu'à cette ville dont l'épître aux Hébreux dit que Dieu l'a bâtie pour nous.

       Et encore, lui dont l'aspiration suprême était d'avoir une descendance, il n'a pas hésité à vouloir sacrifier son fils, son unique, sachant que Dieu est plus fort que la mort et qu'il peut faire ressusciter des morts. Et voici que Abraham qui, comme tous les hommes de son temps, et comme nous-mêmes, aspirait si fort à une descendance, voici qu'il lui est donné cette descendance dont nous sommes, plus nombreuse que les étoiles dans le ciel, plus nombreuse que les grains de sable au bord de la mer.

       C'est cette foi qui animait Jésus, et qu'il est venu nous faire partager, qu'il est venu insuffler dans nos cœurs pour que, lisant l'évangile, à travers les paroles et les événements qui nous sont relatés, nous y discernions dans le secret de notre cœur, de notre communauté rassemblée, le royaume que Dieu bâtit pour nous.

       Lorsque la famille de Jésus, et sa propre mère, viennent le chercher, il a à leur égard une parole qui peut paraître très dure, lorsqu'il refuse de les recevoir en disant : "Ma mère, mes frères et mes sœurs ce sont ceux qui écoutent la parole de Dieu, qui écoutent la volonté de Dieu et qui la mettent en pratique". Quiconque fait la volonté de Dieu. Or, le désir de Dieu, sa volonté, elle nous est exprimée par Jésus autre part dans l'évangile : c'est que nous le connaissions et que nous sachions que Jésus est son envoyé. La voilà toute la volonté de Dieu sur nous, c'est que nous le connaissions, c'est que nous soyons en relation avec lui, c'est que nous devenions ses amis, pour que nous puissions demeurer en lui comme lui demeure en nous. Et que nous reconnaissions que Jésus, ce Jésus que nous cherchons à travers les Écritures, à travers les évènements de notre vie, ce Jésus est véritablement l'envoyé de Dieu, c'est-à-dire son représentant authentique, Dieu lui-même.

       Les choses de la foi ne se discernent qu'à travers les choses matérielles, simples de notre vie. Nous voulons vivre avec des frères et des sœurs en bonne harmonie et la foi nous pousse à désirer vivre dans l'éternité, dans la communauté des saints, dans le royaume de Dieu. Nous désirons nous alimenter pour vivre et épanouir notre vie corporelle, morale spirituelle, et Dieu nous fait par là même désirer nous nourrir de lui. Dieu vient au-devant de notre désir lorsqu'il nous propose d'entrer dans son eucharistie, là où Dieu se donne à manger pour que nous soyons avec lui, en lui et lui en nous.

       AMEN