AU FIL DES HOMELIES

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NOUS AVONS BESOIN DES AUTRES

Gn 3, 16-24 ; Mc 2, 1-13

Samedi de la troisième semaine du temps de l'Épiphanie – A

(23 janvier 2010)

Homélie du Frère Christophe LEBLANC

Capharnaüm : les maisons du village …

 

F

rères et sœurs, dans le livret qui est proposé aux fiancés dans lequel on trouve le déroulement de la célébration, il y a un choix de textes bibliques qui sont proposés, parmi lesquels un texte de saint Paul dans lequel il dit : "Supportez-vous les uns les autres". Généralement, cela fait réagir les fiancés, qui disent : on ne va pas prendre ce texte, supportez-vous les uns les autres, ce n'est pas très drôle, on est encore très jeunes et très amoureux, on verra dans vingt-cinq an si l'on est encore mariés si éventuellement on peut se supporter.

C'est une constatation qui peut faire partie de la réalité, et de la vie conjugale et de notre vie de tous les jours telle qu'elle est décrite dans le texte de la Genèse. Supporter ! Oui, car il faut supporter son épouse, supporter son époux, il faut supporter les grossesses, il faut supporter ce travail que je déteste mais qui est nécessaire pour payer mon loyer, etc … Il faut même supporter cette condition terrestre que nous détestons parce que nous savons que nous sommes appelés à une vie beaucoup pus belle mais que le paradis nous a été fermé à cause d'Ève et d'Adam et que ce paradis maintenant, est gardé par un ange au glaive de feu.

Non seulement, la femme, le travail et la grossesse nous empêchent d'aller à Dieu, mais les autres aussi. C'est ce qu'on voit dans l'évangile : s'il n'y avait pas toute cette foule insupportable, le brave paralytique aurait quelque chance d'arriver à voir Jésus. En même temps, ce qui est extraordinaire dans cet évangile, c'est que le ciel et la terre ne sont plus coupés par un ange au glaive de feu qui défend l'entrée de l'homme au paradis, mais ce sont quatre hommes qui ouvrent d'eux-mêmes ce ciel pour entrer dans cette maison et amener le paralytique vers Jésus le Fils de Dieu.

Si nous filons la métaphore et que nous nous mettons du côté du paralytique, on doit bien dire qu'on ne peut rien tout seul et les autres nous empêchent d'aller vers Dieu, et nous aimerions que le Christ vienne à nous, avec les anges et la cour céleste. Mais nous ne pouvons aller à Dieu que par nos frères. Ce sont ces quatre personnes qui ont cette intelligence de réfléchir à la manière d'arriver à Dieu, non pas pour eux, mais pour le malade. Cette intelligence qui était mise au service du péché, de sa propre autonomie, de l'orgueil dans le péché originel, cette intelligence ici dans l'évangile, est mise au service de l'autre. Ce que nous avons ici, c'est véritablement la communion des saints. "Supportez-vous les uns les autres" est une phrase extrêmement belle, parce que oui, nous n'arrivons pas à Dieu tout seuls et que nous avons besoin des autres.

Vous avez remarqué ce que dit le Christ : "Jésus voyant leur foi dit au paralytique : tes péchés sont pardonnés". On pourrait trouver cela terrible, voyant leur foi, Jésus aurait pu dire : toi le paralytique et vous qui l'avez aidé, vos péchés sont pardonnés. Pourquoi n'y a-t-il que les péchés du paralytique qui sont pardonnés ? alors que les autres se sont tués à la tâche, exerçant leur intelligence sur le toit, se dépensant, etc … Et c'est assez beau parce que ce que veut dire cette phrase de Jésus, c'est que nous sommes invités à porter nos frères et nos sœurs auprès de Dieu, mais que ce n'est pas nécessairement par nos actes que nous serons pardonnés, mais peut-être par l'intercession d'autres personnes qui elles-mêmes prieront pour nous et qui feront que Dieu pardonnera nos péchés.

Je voudrais finir par une petite histoire que j'aime toujours. Cela se passe il y a très longtemps dans le désert de l'Égypte. Cette histoire met en scène un moine du désert dont le travail consiste à tresser des paniers. Quand il a tressé les paniers, il va au village d'à côté qui n'est pas très loin, et il les vend au marché pour deux pièces. Il explique à la personne qui lui posait des questions sur sa vie spirituelle et notamment sur sa manière de prier : ce n'est pas compliqué, je vends mes paniers deux pièces, le temps que je rentre au monastère, je donne une pièce à un pauvre et l'autre pièce au père abbé. En fait, le pauvre va prier pour moi il va intercéder auprès de Dieu pour moi pour toutes les fois où je n'ai pas prié. Ce brave moine répondait à une question qui était la suivante : est-ce qu'on peut toujours prier ? Et il lui dit, oui, non pas parce que tu peux toujours prier, mais parce que les autres prieront pour toi pour les moments où toi, tu n'auras pas prié. C'est là encore, la communion des saints.

Frères et sœurs, il ne faut pas se désoler, il ne faut pas considérer que les autres sont un obstacle pour notre rencontre avec Dieu. Il ne faut pas non plus croire que Dieu ne veut pas nous rencontrer. Mais profondément ce que dit l'évangile, et ce que dit cette petite histoire tirée des apophtegmes des Pères de l'Église, c'est que notre vie spirituelle et notre salut passent par nos frères et quelquefois, notre plus grand péché est de croire que nous pouvons nous porter nous seuls, alors que nous avons nécessairement besoin les uns des autres.

 

AMEN

 

 

 
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