AU FIL DES HOMELIES

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LE SABBAT, LOI OU MARQUE D'AMOUR ?

1 S 13, 5-15 ; Mc 2, 18-28

Samedi de la troisième semaine de l'Épiphanie – A

(27 janvier 1990)

Homélie du Frère Michel MORIN

 

C

ette histoire de sabbat nous rappelle que Dieu seul est unique, saint et créateur. Mais lorsque l'on proclame chaque dimanche dans le Credo que "Dieu est créateur" nous proclamons en définitive deux choses, deux aspects de sa création.

Le premier aspect, plus familier et connu où Dieu est à l'origine des choses, des êtres, du cosmos, du monde et de l'homme est celui auquel nous pen­sons tout de suite. Mais la création c'est aussi le fait que Dieu maintient dans l'existence les choses créées les choses les plus matérielles comme les réalités les plus spirituelles. Nous ne serions pas là et rien n'existerait si, aujourd'hui, à la minute même où je parle, Dieu n'était pas créateur. La création n'est pas simplement à l'origine du monde. Le Créateur est Celui en qui s'origine toute chose en leur existence immédiate.

Et dans ce deuxième aspect il y a ce fait sui­vant que Dieu maintient la création donc qu'il est légi­slateur de cette création, c'est-à-dire qu'Il donne à chaque réalité selon son espèce les lois selon lesquel­les cette réalité va vivre, se développer et accomplir sa tâche dans ce monde. Dieu est donc créateur à l'origine. Dieu est législateur c'est-à-dire que non seulement Il lance dans l'existence mais Il maintient l'existence en donnant à chaque chose une loi, une ordonnance, une ordination qui lui permet d'exister selon le dessein de Dieu. Et en cela chaque réalité est parfaite dans la mesure où elle correspond à ce que Dieu a voulu qu'elle soit.

C'est là qu'arrive l'histoire du sabbat. Dieu est créateur et législateur même du peuple qu'Il a choisi. Il l'a créé dans son amour. Il est l'origine de ce peuple dans le mystère de l'Alliance, mais Il est aussi le légi­slateur de ce peuple. Pas un législateur civil à la res­semblance des Chambre de Députés ou du Sénat mais un législateur qui donne au peuple de quoi vivre l'ap­pel qui lui est donné. Or le sabbat, qui a été donné par Dieu Lui-même, devait régulièrement chaque se­maine, rappeler au peuple que Dieu était créateur et que ce jour était consacré à l'adoration du créateur, que ce jour devait être vide de tout autre réalité de travail, de mouvement, pour être entièrement consacré à l'adoration et au rappel, dans la foi, que Dieu est Dieu, que Dieu est unique et saint. Et c'est cela que les juifs et spécialement les docteurs de la Loi avaient oublié. Ils n'ont gardé du sabbat que l'aspect purement législatif c'est-à-dire d'un juridisme de loi positive. Ils ont oublié le sens premier de cette loi qui était de leur rappeler que Dieu est Créateur et veut créer en eux une alliance de vie, une communion de personnes.

L'erreur ce de peuple juif dans ces pharisiens a été de comprendre Dieu uniquement comme un législateur et non comme un créateur d'amour, de bonté et de vie. Et ils en sont venus à faire appliquer la Loi de façon policière. Cela est absolument inac­ceptable dans la logique de l'Alliance puisque cette loi du sabbat devait être un jour de joie, d'allégresse et de rencontre de Dieu les pharisiens en ont fait un jour de permis, de défendu et donc de punition.

Nous-mêmes, si nous oublions que Dieu est créateur de vie et d'amour, toute loi de l'évangile ou de l'Église nous apparaîtra dans sa forme squelettique et stérile d'une pure législation contraignante et ef­frayante. C'est pour cela d'ailleurs que nous n'arrivons pas à l'accepter. Mais si dans notre cœur nous nous rappelons toujours que ce qui est donné comme loi n'est que l'enveloppe visible, pour nous, du don de l'amour invisible de Dieu, à ce moment-là, nous vi­vons avec Dieu en tant que législateur de notre vie humaine, personnelle et collective, mais en tant qu'Il est Dieu et non parce qu'Il donne une loi. Quand Dieu donne sa Loi, quand Dieu ordonne sa Loi, Il donne son amour et c'est l'amour qu'il faut vivre dans la loi, et non l'application juridique de la loi. Nous ne som­mes plus, nous ne sommes pas, nous n'avons jamais été, le peuple de la première Alliance n'a jamais été un peuple pour appliquer une loi, mais pour vivre un amour que cette Loi devait petit à petit ordonner, in­carner pour que l'homme puisse vraiment être un ado­rateur en esprit et en vérité, comme Jésus Lui-même le rappellera à la samaritaine qui, elle, était juive.

Que cet évangile nous rappelle donc que la loi est faite pour l'homme c'est-à-dire que Dieu est fait pour nous, mais que pour être pour Dieu, il faut ac­complir ce qu'Il demande, les commandements de son amour, puisque, comme le dit Jésus, c'est en accom­plissant la volonté du Père que nous devenons parfaits et saints, mais non en accomplissant une loi et toutes les rubriques d'un texte législatif.

 

AMEN

 

 

 
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