AU FIL DES HOMELIES

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BONTÉ DE DAVID

2 S 9, 1-13

(23 janvier 1992)

Homélie du Frère Daniel BOURGEOIS

L

e livre de Samuel raconte des histoires à vrai dire peu édifiantes, une histoire dont la trame est celle-ci: qui doit et comment succéder au trône royal ? Le texte que nous avons entendu aujourd'hui, cette rencontre entre David et Méribbaal pose les problèmes fondamentaux. Je m'explique.

En Israël, la royauté n'est pas arrivée "comme un cheveu sur la soupe". Depuis longtemps, un siècle et demi les tribus étaient installées et elles tiraient chacune dans leur sens et même parfois les unes sur les autres. Il leur fallait donc trouver une certaine unité. A cette époque, on n'a pas trouvé d'autre solution pour forger une unité que de reprendre une coutume des nations environnantes, c'est-à-dire la monarchie, la royauté. D'ailleurs quand les Israélites menacés par les Philistins se sont rassemblés, ils ont dit au prophète Samuel qui exerçait un pouvoir purement spirituel : "Donne-nous un roi comme en ont les autres nations !" Ainsi donc, la royauté en Israël est une importation. Dieu n'était pas tellement chaud pour cela. Il est quand même remarquable dans l'histoire d'Israël, que les deux grandes institutions, la royauté et le Temple, ont eu au début les réticences de Dieu. Cependant, comme on ne peut pas faire autrement, Dieu sait bien qu'avec les hommes, la politique "c'est l'art du possible" et donc Il a cédé.

       A ce moment-là, les hommes d'Israël se sont choisi un roi et l'on donne la description de ce roi : "il dépassait tout le monde de l'épaule" c'est-à-dire c'était le plus beau, le plus costaud. Donc à ce moment-là par son physique, par son courage, par sa force, le roi exprimait sa capacité de faire face, d'être le meneur d'hommes, de s'imposer face à l'ennemi pour faire front aux Philistins. Malheureusement ce n'est pas toujours ainsi. Et dans notre vie c'est la même chose, il y a sans arrêt des correctifs. Et un jour Dieu a trouvé que Saül avait dépassé les bornes et, dans sa sagesse, il avait déjà prévu le relais avec David. Et c'est pour cela alors que Saül était le roi selon le cœur des hommes, le grand, le fort, David s'appelle "le bien-aimé", littéralement "le chouchou" selon le cœur de Dieu. Et la lutte de la succession, déjà entre Saül et David c'est le fait qu'un autre roi va prendre la place du premier.

       Et cela pose un problème théologique très important car, quand le premier a reçu l'onction, normalement il l'a reçue avec la fidélité de Dieu. Dieu ne doit pas le lâcher donc Dieu ne doit pas lâcher Saül. Mais d'autre part, Dieu a déjà lancé une autre aventure avec David et Il promit à David qu'Il serait toujours avec sa descendance. Donc il y a là pour ainsi dire deux promesses qui se contredisent. Alors, Dieu se serait-Il contredit ? Dieu n'aurait-Il pas été cohérent et logique avec Lui-même ? Puisque Il avait accepté Saül et sa descendance, Il aurait dû s'y tenir. Or il y a un certain nombre de circonstances qui font que le malheur des uns fait le bonheur des autres, ici que Saül et son fils Jonathan ont péri dans les combats du mont de Gelboé pour défendre Israël. C'est sans doute là que David a composé son premier psaume quand il a appris la mort de son ami Jonathan: " Ils sont tombés les héros !"

       David a donc pu accéder au trône sans avoir de rival immédiat mais, et c'est le sens du texte que nous avons lu, David est très scrupuleux sur le sens de la promesse divine. Si Dieu avait promis quelque chose à Saül, alors il faut le respecter. C'est pourquoi quand il commence à s'installer à Jérusalem, on pourrait imaginer que, comme tous les petits potentats qui ont pris le pouvoir, il ferait disparaître tous ceux qui pourraient lui faire ombrage. Mais David ne réagit pas ainsi. Puisqu'il est "roi selon le cœur de Dieu", il faut qu'il soit logique avec Dieu et pour Dieu, pour respecter la première promesse. Donc il se souvient qu'il y a un vieux serviteur de Saül, Ciba, et il le fait venir et lui demande s'il reste des descendants de la famille de Saül. Et le vieux serviteur lui dit qu'il y a effectivement un descendant. David lui dit : "Va me le chercher !" C'est Méribbaal, "celui qui marche de travers" car il a les pieds bots, lui le descendant de Saül et fils de Jonathan. David lui dit : "Je te restitue toutes tes terres."

       C'est assez beau car au fond David dit : il ne faut pas renier la promesse de Dieu. Si Dieu avait promis quelque chose a Saül, ce ne sera peut-être plus la royauté puisque c'est moi qui l'ai reçue, il retrouvera ses terres. Et puisque Ciba était l'esclave de la famille, le gérant, le factotum, il restera le gérant des biens de Saül et de sa maison. Autrement dit, David devient véritablement encore plus "le roi selon le cœur de Dieu" en n'éliminant pas son rival car il fait alors resplendir la fidélité et la miséricorde de Dieu pour la famille de Saül. Et c'est cela le sens de ce texte que nous avons lu et qui nous paraît de sombres histoires de clans mais c'est un des premiers témoignages de la miséricorde de Dieu. C'est une des premières icônes du Dieu qui donne le pardon, la tendresse et le salut à ceux qui pourtant, d'une manière ou d'une autre, s'étaient montrés infidèles à la promesse dont ils avaient été les héritiers. Et Il le fait à travers David. C'est David qui est le témoin de ce pardon.

       D'une certaine manière ce petit texte est le premier pressentiment de ce que nous disons tous les jours dans le Notre Père :"Pardonne-nous nos offenses comme nous pardonnons à ceux qui nous ont offensés !" C'est le fait que le pardon de Dieu passera toujours par le pardon entre les hommes. C'est que Dieu ne sera vraiment le "grand pardonneur" que dans la mesure où nous-mêmes, chacun à notre place, chacun les uns vis-à-vis des autres, nous serons les pardonneurs les uns des autres. C'est cela le sens de ce très beau texte.

       Alors, en célébrant cette eucharistie, nous demanderons au Seigneur d'éveiller en nous ce sens de la miséricorde et du pardon comme Il l'a éveillé dans le cœur de David.

       AMEN


 

 
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