AU FIL DES HOMELIES

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GUÉRISON D'UN LÉPREUX

Hb 2, 5-12 ; Mc 1, 40-45

Vendredi de la troisième semaine du temps de l'Épiphanie – A

(23 janvier 1987)

Homélie du Frère Jean-Philippe REVEL

 

S

ur ce passage de l'évangile, quelques remar­ques qui nous permettront de le lire de manière plus profitable pour nous.

Tout d'abord, les anciens n'avaient pas une notion très précise des limites entre la maladie, entre ce qu'on appelait la possession du démon et ce qu'on appelait aussi le péché. Souvent la maladie était prise comme un signe d'emprise de Satan ou encore comme un symbole, une manifestation et quelquefois un si­gne du péché. C'est pourquoi le même mot de purifi­cation était employé à propos de certaines maladies, par exemple la lèpre, comme à propos du péché ou de la possession par le démon. C'est la raison pour la­quelle on tenait les lépreux à l'écart, non seulement parce qu'ils étaient contagieux, mais aussi parce qu'on les considérait un petit peu comme des réprouvés.

Cette manière de voir toute primitive et en­core mal éclairée explique l'attitude que l'on a dans les textes anciens, pas seulement dans l'évangile d'ail­leurs, à l'égard de certaines maladies et en particulier de la lèpre. C'est pourquoi ce lépreux demande à Jé­sus d'être purifié et Jésus, se conformant aux concep­tions de l'époque, lui dira : "Je le veux, sois purifié !" Cela nous invite, au-delà des erreurs d'interprétation d'une civilisation, à appliquer à notre vie spirituelle et morale ce qui est vrai ici de la guérison corporelle de la maladie. Même si nous savons bien que la maladie et la lèpre ne sont pas des signes du péché, ils nous font comprendre quelque chose sur la nature du péché et que le péché est en nous comme une sorte de mala­die, une maladie qui nous affaiblit, qui s'attaque à nous, qui ronge notre vitalité, une maladie conta­gieuse également car le péché se transmet, le péché est contagieux au sens où le mal que nous portons en nous peut influer sur ceux qui nous entourent et en quelque sorte peser sur eux, voire même quelquefois, par la tentation, les induire à pécher à leur tour. Enfin, surtout, le péché appelle dans notre cœur, à la manière d'une maladie spirituelle, une guérison, une guérison et une convalescence, une remise en ordre qui ne peut venir seulement que de Celui qui est le médecin des âmes, de Dieu et plus précisément encore du Christ qui est l'envoyé de Dieu auprès de nous.

Un deuxième réflexion que cet évangile peut induire dans notre cœur, c'est l'expression très sobre, très droite et très directe de la foi de ce lépreux. Il vient vers le Christ. Déjà cela est un geste de foi car les lépreux, je viens de le dire, étaient tenus à l'écart, ne s'approchaient pas des autres par crainte de conta­gion corporelle et par crainte aussi de contagion spi­rituelle du mal. Le lépreux ose s'avancer vers le Christ Il a comme l'intuition que le Christ ne le repoussera pas, que le Christ n'aura pas envers lui ce geste de recul et un petit peu d'horreur que ses contemporains avaient à l'égard de ces malades. Le lépreux vient vers Jésus et il s'agenouille, il se met à ses pieds. Et Jésus ne va pas hésiter à le toucher. "Ému de compassion, Jésus étendit la main, le touche". Jésus ne craint pas de se faire proche du pécheur. Jésus n'a pas peur de la contagion du péché. Il sait qu'Il peut prendre sur Lui notre péché sans en être atteint, sans en être détruit, parce qu'Il est, Lui, la force de la vie, de la vie spiri­tuelle qui est plus forte que le péché. Et c'est pour cela qu'Il pourra, comme le dit Saint Paul, "être fait péché pour nous", car son amour est plus grand que notre péché. Il accepte de nous touche de venir à notre contact.

Encore une remarque au sujet de la foi de ce lépreux. Il dit cette parole toute simple : "Si Tu le veux, Tu peux me purifier !" C'est une expression sobre mais parfaite de la foi : "Si Tu veux, Tu peux !"C'est ce que nous devrions dire toutes les fois où nous nous adressons à Dieu : "Que ta volonté soit faite, mais Tu peux faire ce que Tu juges qu'il est bon pour nous de faire !" Et c'est pourquoi Jésus dit : "Je le veux ! Sois purifié !" Toutes les fois que nous ve­nons au Christ avec notre péché, avec cette maladie intérieure qui nous ronge, ce qui nous manque, c'est la foi. Nous ne savons pas dire à Dieu : "Si Tu veux, Tu peux me guérir !" Nous ne voulons pas vraiment être guéris, parce que nous sommes complices et attachés à notre péché. Et c'est pourquoi nous ne nous mettons pas entièrement entre les mains de Dieu comme le fait ce lépreux. "Si Tu veux, Tu peux ! Agis !" Si nous disions cela au Seigneur, Il nous purifierait de tous nos péchés Il nous guérirait intérieurement.

La dernière remarque que je voudrais faire, c'est cette étrange manière de faire du Christ. Après avoir, avec tant de compassion et de bonté, accepté d'être proche de ce lépreux, de le toucher et de le gué­rir, voilà que Jésus le rudoie. Il le chasse en lui disant : "Ne dis rien à personne ! Va te montrer au prêtre ! Offre pour ta purification ce que prescrit la Loi de Moïse !" Jésus veut donc que le lépreux fasse consta­ter sa guérison par les prêtres, mais sans répandre le nom de celui qui l'a guéri. C'est ce qu'on appelle le secret messianique de Jésus et qui revient à de nom­breuses reprises, en particulier dans l'évangile de Saint Marc. Jésus n'a pas voulu dans un premier temps tout au moins être reconnu et salué comme Messie. Il n'a pas voulu que les miracles qu'Il accom­plissait soient proclamés. Pour quelle raison ? On pourrait donner une raison pratique qui serait induite par la dernière phrase de cet évangile, puisque le lé­preux, enfreignant les ordres du Christ, va répandre la nouvelle et proclamer hautement sa guérison "de telle sorte que Jésus ne pouvait plus ouvertement entrer dans une ville" parce que tout le monde venait à sa rencontre, parce que tout le monde voulait être guéri, parce que tout le monde voulait s'approcher de ce guérisseur. Jésus pensait donc que la renommée qui l'entourerait serait trop grande et l'empêcherait d'ac­complir son ministère.

En fait il y a plus que cela. Jésus ne voulait pas que l'on se trompe sur la nature de sa mission. Il craignait que ces guérisons, qui viennent de sa ten­dresse, de sa compassion, de sa bonté, soient prises par la foule comme un prodige, comme des actes de magie, comme des miracles à répétition et qu'ils ne voient en Lui que quelqu'un dont on peut soutirer quelque avantage plus ou moins surnaturel et mer­veilleux. Or Jésus ne venait pas simplement pour gué­rir les malades, mais plus exactement Il venait pour les guérir bien plus profondément que par un geste de miracle ou un acte que l'on prendrait pour de la ma­gie. Jésus venait pour guérir non seulement les corps mais les cœurs, pour aller jusqu'au fond de la détresse humaine, pour aller jusqu'à l'ultime malheur de l'homme qui est précisément sa séparation d'avec Dieu et son péché. Jésus ne voulait pas être seulement un thaumaturge, Il voulait être Sauveur. Et pour cela, il fallait qu'il n'y ait pas de méprise à son égard de la part de la foule. Jésus voulait que son enseignement ait déjà pénétré les cœurs avant que se répande, comme une traînée de poudre, le bruit de ses prodi­ges, sans quoi il y aurait maldonne. Et d'ailleurs la maldonne a eu lieu et nous verrons, plus tard, qu'au moment de la multiplication des pains, devant ce nouveau prodige arraché à la miséricorde et à la ten­dresse de Jésus, les foules vont se méprendre, vouloir l'acclamer comme roi et en faire un chef politique contre l'envahisseur. Il sera obligé de les rudoyer, de leur parler durement, de se retirer dans la montagne, pour leur échapper.

Voilà ce que nous pouvons retenir de cette page d'évangile. Soyons pleins de foi, allons vers le Christ avec une foi entière. Demandons-lui la guéri­son de notre cœur, de notre péché. Sachons reconnaî­tre en Lui, non pas quelqu'un qui nous apporte tel ou tel avantage, mais véritablement le Sauveur qui veut, jusqu'au plus profond de notre être, nous transformer, nous renouveler et nous ramener vers le Père.

 

AMEN

 

 

 
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