AU FIL DES HOMELIES

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SI TU VEUX

1 R 2, 13-18 ; Mc 1, 40-45

Vendredi de la troisième semaine de l'Épiphanie – A

(22 janvier 1993)

Homélie du Frère Michel MORIN

 

R

etenons de cet évangile deux points. Le pre­mier nous est exprimé dans les premiers ver­sets : "S'agenouillant, le lépreux lui dit : "Si tu le veux, Tu peux me guérir !" Aussitôt, après l'avoir touché, Jésus lui dit : "Je le veux, sois purifié ! Et immédiatement la lèpre le quitta."

Nous aimerions bien qu'à chaque fois que nous demandons au Seigneur quelque chose pour notre corps, pour notre vie, notre vie spirituelle, Il agisse ainsi. Au fond, nous pourrions beaucoup plus facilement croire en Lui. Mais ce ne serait pas tout à fait la foi chrétienne. Il est vrai, l'évangile le montre, qu'entre la demande du lépreux et la réponse de Jésus, il y a une immédiateté. "Aussitôt, il fut guéri." Notre foi n'est pas un acte ponctuel qui commence à un moment et finit quelques instants après. Or c'est sou­vent comme cela qu'avec Dieu nous agissons. Nous posons un acte très circonscrit dans le temps, dans l'espace, nous faisons une demande extrêmement vive et rapide selon notre besoin urgent, puis nous conti­nuons de vaquer à nos affaires, en oubliant ce que nous venons de faire parce que, justement, il n'y a pas eu de réponse à nos yeux. La foi, ce n'est pas cela. Cela ce sont des réactions peut-être pas tout à fait fausses mais d'un sentiment religieux qui n'est pas suffisant. Ce n'est pas ainsi que nous recevrons et vivrons de la guérison. La foi est une disposition permanente, c'est un état permanent. Et c'est pourquoi ce dialogue entre Jésus et le lépreux peut toujours se réaliser, non pas seulement l'espace d'une minute, mais dans l'espace de notre vie, dans l'espace du temps que nous prenons, que nous donnons, dans cette disposition permanente d'une présence au Christ, qui sans cesse, à chaque instant, peut lui dire, si ce n'est par la bouche, par des mots, en tout cas par notre désir, "Si Tu veux, Tu peux me guérir !" Ceci est une parole qui, dans la vie chrétienne, ne doit avoir ni commencement ni fin. C'est la parole permanente, c'est l'état de notre être qui a besoin, et qui le sait, d'être constamment guéri par le Christ, et pas uni­quement, ponctuellement, sur des aspects particuliers et passagers. Dans ce dialogue permanent : "Si Tu veux, Tu peux me guérir !" il n'est pas possible de ne pas entendre, de ne pas reconnaître la guérison. Mais celle-ci, là encore, n'est pas ponctuelle et immédiate­ment donnée, pas forcément rendue visible à notre raison, à notre constatation ou à l'évidence, à notre regard sur nous-même. C'est l'œuvre même de la pa­role du Christ qui se fait chair en nous pour nous gué­rir, pour augmenter en nous notre foi, pour purifier non seulement tel ou tel acte, telle ou telle maladie, mais notre être entier de pécheur. Et cela, il y faut la vie tout entière. Il faut nous installer dans cette dispo­sition permanente, dans ce dialogue incessant, cons­cient ou pas, à la limite, peu importe, la foi est plus profonde que la conscience qu'on en a, Dieu merci ! mais il faut s'installer dans ce dialogue, dans cette présence permanente avec le Christ, dans cette confiance absolue qu'Il répond toujours et pas ponc­tuellement à notre demande. "Aussitôt" pour le Christ, c'est toujours dans notre vie, tous les jours et à chaque instant.

Tout à l'heure nous chantions : "Quand le Christ sera manifesté dans sa gloire, nous aussi nous serons manifestés." Mais qu'est-ce qui sera manifesté de nous ? Nos péchés nos maladies, nos drames ? Non, mais son œuvre de pardon, de guérison et de miséricorde. C'est cela qui sera manifesté. Et au der­nier jour nous serons étonnés de voir, alors que nous aurons passé à côté de cela, tout ce que le Christ, len­tement, mystérieusement, intérieurement, aura purifié, guéri, fortifié et sauvé en nous.

Le deuxième point est étonnant. Ce lépreux qui savait quelles lois et quelles prescriptions étaient attachées à sa maladie ou à sa guérison ne suit pas le conseil assez formel de Jésus : "Va te montrer au prêtre, ne le dis à personne, mais accomplis les gestes de la Loi." Non, il passe outre la recommandation du Seigneur et immédiatement, sans réfléchir, il ne va pas chercher une prescription sacerdotale pour attester qu'il est guéri, mais son attestation de guérison, c'est la proclamation qu'il est guéri. Et cette proclamation est publique, et cette proclamation est manifeste. Et elle se répand tellement que ce n'est pas lui qui en est le bénéficiaire, mais Jésus Lui-même, vers lequel toutes les foules viennent pour se faire guérir.

Notre témoignage de foi repose sur la recon­naissance de l'œuvre du Christ en nous. Et si notre témoignage est parfois si faible, si fragile, si ponctuel, s'il a si peu de persévérance, c'est parce que nous ne persévérons pas dans cette présence incessante, dans ce dialogue confiant avec le Christ : "Seigneur, si Tu veux, Tu peux me guérir !" Aussitôt, il fut guéri. Ceci est important. C'est le quotidien même de notre foi, c'est la trame journalière, c'est cela la foi. Tout sim­plement mais totalement : cette présence permanente à un Dieu qui guérit, cet appel permanent à un Dieu qui sauve, cette reconnaissance que nous sommes guéris et la proclamation, d'une façon ou d'une autre, à ceux qui nous entourent de l'œuvre que Dieu a faite.

Au fond, ceci c'est notre vie quotidienne et c'est ce qui fera notre joie notre éblouissement, au-delà de notre mort. Car si aussi, là encore, il faut prier Dieu pour qu'Il nous guérisse de tout péché et de toute mort, il faut savoir recueillir du témoignage des mer­veilles qu'Il fait pour nous, l'accomplissement de cette parole : "Aujourd'hui, tu es guéri !" Notre vie éter­nelle, c'est cet aujourd'hui qui durera sans fin mais qui, dès aujourd'hui, dans notre vie quotidienne, a déjà commencé.

Que ces quelques paroles, que cette guérison du lépreux nous rende confiance en Dieu, soutienne notre espérance, ravive notre foi et qu'elle soit vrai­ment, dans notre vie quotidienne, avec toutes ses lèpres, ses péchés, ses difficultés, notre consola­tion.

 

 

AMEN

 

 
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