AU FIL DES HOMELIES

Photos

QUI EST LE PLUS GRAND ?

2 Tm 1, 1-9 ; Lc 22, 24-30

Vendredi de la troisième semaine de l'Épiphanie – A

(26 janvier 1996)

Homélie du Frère Daniel BOURGEOIS

 

Q

ui est le plus grand ? celui qui est à table ou celui qui sert ? Et bien moi, je suis au milieu de vous comme celui qui sert."

Frères et sœurs, quand le Christ a dit cette pa­role, il a donné le statut de tous les ministères dans l'église. Et quand nous fêtons, aujourd'hui, Timothée et Tite, deux évêques de la seconde génération, celle qui suit Paul, nous célébrons, aussi, ce mystère de ces serviteurs qui sont au service de ceux qui sont à table.

Dans une assemblée eucharistique, qui est le plus grand ? Les membres de l'assemblée ? Le prêtre ou les concélébrants qui président à cette assemblée ? Et bien, ce sont les membres de l'assemblée, dont d'ailleurs font partie les prêtres en tant que nous rece­vons, nous aussi à la communion, le corps et le sang du Christ. A ce moment-là, nous sommes des fidèles, baptisés, et nous sommes des membres de l'assemblée avec lui.

Ainsi donc, le Christ a voulu que nous ayons, tous, la grandeur de ceux qui sont à sa table. Être bap­tisé, communier, c'est être admis à la table du royaume. Il a voulu qu'aucun homme, à partir du moment où il confesse Jésus, Seigneur, ne soit privé de cette grâce de pouvoir s'asseoir à la table de Dieu, d'être le commensal de Dieu.

Mais, le Christ a voulu instaurer un signe. Il a voulu mettre en place quelque chose qui manifeste que nous sommes effectivement invités par Dieu, que notre assemblée ne se constitue pas d'elle-même, qu'elle ne se construit pas à partir de sa bonne vo­lonté, de ses ressources, de son imagination, ou même, tout simplement, de son désir d'être ensemble. Et, la présidence eucharistique, assumée par le prêtre ou l'évêque, signifie, précisément, que c'est le Christ qui rassemble le peuple qui est invité à la table. Ainsi donc, il rappelle au peuple sa propre grandeur. Si l'assemblée est si grande, plus grande que ceux qui servent, c'est parce qu'elle est convoquée par le servi­teur. La grandeur même de l'assemblée eucharistique vient de la grandeur de celui qui la convoque, c'est-à-dire Dieu, lui-même. Si Dieu accepte, au milieu de cette assemblée eucharistique, de se faire visiblement, si je puis dire, signe salutaire de l'assemblée, c'est en réalité pour la grandir.

C'est la même raison pour laquelle il y a les évêques. Le collège épiscopal, et le pape lui-même, n'est pas plus grand que les autres croyants. Et, c'est peut-être une erreur que d'avoir voulu, à certains mo­ments, concevoir la hiérarchie comme des degrés qui font avancer dans la perfection ou dans la consistance de l'être chrétien.

Vous vous souvenez de cette anecdote, très jésuite puisqu'elle vient d'un jésuite qui, au moment où le pape Pie XII proclamait, très fièrement je dois dire, le dogme de l'Assomption de la Vierge Marie en 1954, avait développé un petit article qui, peut-être, n'avait pas plu au pape mais qui était la vérité du Bon Dieu. Il disait : "Le pape est plus grand quand il croit au dogme de l'Assomption que quand il le proclame." C'est parfaitement vrai, parce que le pape est le ser­viteur. Il est plus grand quand il croit, c'est-à-dire quand il jouit de la profondeur et de la beauté de la vérité, que quand il est au service de Dieu pour la proclamer.

Et donc, le collège des évêques, avec le pape à sa tête, sont ceux qui sont au service de la commu­nauté. Ils sont vraiment] au milieu de nous comme ceux qui servent. Cela ne veut pas dire qu'il faut les mépriser, ou les regarder de haut, mais que leur véri­table statut est celui de serviteur. Par bonheur, quand ils deviennent évêques, ils continuent à pouvoir parta­ger la table du Seigneur, mais, en réalité, quand ils accomplissent leur responsabilité, leur charge d'évê­que, et bien ils sont plus humbles, ils sont dans un statut inférieur. Ils sont la manière de rendre visible le Christ serviteur : "Je suis au milieu de vous comme celui qui sert." Et, je crois que ce qui est très beau, c'est que le Christ, non seulement a voulu des servi­teurs, mais il les a voulus en collège.

Vous savez que les deux conciles, Vatican I et Vatican II, se complètent de façon très harmonieuse, de sorte que, peut-être un jour, on ne parlera plus, je l'espère, que de l'unique concile du Vatican : Vatican I qui a été interrompu et achevé par Vatican II, même si aujourd'hui, historiquement, on distingue les deux.

Mais, dans le premier concile on a défini la primauté de Pierre et, on s'est aperçu que cette ma­nière de voir les choses était insuffisante pour rendre compte de Jésus comme serviteur ;qu'il fallait définir la primauté de Pierre à l'intérieur d'un contexte plus large, qui est le collège de tous les évêques. C'est pour cela que le concile Vatican II est le grand concile des évêques, c'est là où ils se sont retaillés, si je puis dire, la part du lion. Car ils ont proclamé la collégialité épiscopale, et qu'ont-ils dit ? Ils ont dit que chaque évêque, pas seulement le pape, en étant intégré au collège des évêques, reçoit le souci de l'église univer­selle.

Ceci, on ne le dit pas très souvent car on croit qu'il n'y a que saint Pierre qui a le souci de l'église universelle, mais c'est faux. C'est le rôle même des collèges chez les romains : ce qui faisait un collège, et c'est la différence avec tous les autres modes d'asso­ciations, c'est que, ce que fait un membre, il le fait au nom de tout le collège, il engage tout le collège. C'est pour cela que les évêques doivent éviter, au maxi­mum, de dire des bêtises, parce que, d'une certaine manière, c'est tout le collège qui dit des bêtises dans ce cas-là. C'est pour cela que c'est très grave d'être évêque. Donc, quand un évêque est évêque, quand il parle, quand il annonce la foi, quand il pose un acte d'évêque, il le fait au nom de tout le collège et pour le bien de l'église universelle. Donc, pas seulement le pape, mais aussi tous les évêques.

De plus, et c'est là le fait, cela signifie que là où il y a une église avec un évêque, il y a plénitude de l'Église ; là où il y a l'évêque d'Aix-en-Provence avec son assemblée autour de lui, il y a plénitude de l'Église, l'Église est, j'allais dire, subsistant. Mais, en même temps, et c'est cela l'affaire, l'évêque ne peut pas être évêque tout seul, même pas le pape. Il est toujours évêque à l'intérieur d'un collège, le pape aussi car, avant d'être pape, il a été intégré dans le collège. Cela signifie donc que chaque évêque reçoit le souci de l'église universelle, mais pourquoi ? C'est, en fait, pour s'occuper d'une église qui est à un certain endroit. Autrement dit, l'évêque fait coïncider en sa personne deux choses : à la fois le souci du Christ pour telle Église (par exemple, celle d'Aix, de New York, de Rome etc...) et la charge de toutes les Égli­ses. Pourquoi ? Afin de manifester, par les liens de communion avec tous les autres évêques, que c'est bien la même Église qui est à Rome, à Venise, à Aix etc... Le collège épiscopal est, donc, à l'intersection de l'unité de l'Église (pas d'unité d'Église sans unité du collège) et du souci du Christ pour chacune des égli­ses. Être évêque, c'est la plus mauvaise situation qu'il soit, on est coincé entre le plus particulier (l'Église dont on a la charge) et l'universel (l'Église dans toute sa catholicité).

Voyez, frères et sœurs, quand on célèbre les saints, Timothée et Tite, on célèbre cela. On célèbre que, presque instinctivement, presque comme cela, de chic, l'église primitive, dès la deuxième génération, a compris que le collage des apôtres, avec et sous l'au­torité de Pierre, était précisément un collège qui arti­culait à la fois la communion de toutes les églises et la plénitude de chaque Église en chaque lieu.

Alors, que tout ceci ne fasse qu'augmenter notre amour de l'Église et notre souci de la commu­nion réelle et profonde, à la fois avec notre évêque et avec tout le collège épiscopal.

 

 

AMEN

 

 
Copyright © 2019 Paroisse Saint Jean de Malte - Tous droits réservés
Joomla! est un Logiciel Libre diffusé sous licence GNU General Public