AU FIL DES HOMELIES

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L'ÉCHELLE DE JACOB

Gn 28, 10-22

(27 janvier 1984)

Homélie du Frère Daniel BOURGEOIS

 

Reims : L'échelle de Jacob

J

e voudrais que nous méditions pendant quelques instants ce très beau récit de l'échelle de Jacob. Le premier moment, c'est Jacob qui a dû fuir de sa famille, qui est un déraciné, un exilé, qui par certains côtés est comparable à Caïn, car l'homme qui a quitté sa famille est menacé de toutes parts. Il se repose, un soir, dans un lieu qui s'appellera Béthel et qui s'appelait alors Luz. Il voit en songe ce qui est appelé traditionnellement une échelle. Certains pensent qu'il s'agit d'une maison à étages, une sorte de tour comme les ziggourats de Mésopotamie. Seulement cette ziggourat, cette tour ou cette échelle, au lieu d'être simplement un monument est un monument animé. Ce sont les Anges qui y montent et en descendent. Le symbolisme est clair, c'est une sorte d'antenne du ciel qui vient prendre contact avec la terre.

       Cette vision qu'a Jacob, c'est le fait que, parce qu'il a été choisi, parce qu'il est le descendant d'Abraham, Dieu va opérer un lien particulier entre eux deux. Par conséquent cette échelle, c'est le symbole de l'ouverture même de l'amour de Dieu pour sa création et pour l'humanité. Cela c'est le songe.  Quand Jacob, au réveil se rend compte de ce qui s'est passé, il a ce cri merveilleux : "En vérité, Dieu était là et, je ne le savais pas. Que ce lieu est redoutable !" Il faudrait traduire : "Que ce lieu est rempli d'adoration !" car la plupart du temps c'est comme cela dans notre vie : "Dieu était là !" et nous ne le savions pas. Le mystère de Jacob, à ce moment-là, c'est qu'il réalise que "Dieu a visité son peuple" et que lui, Jacob, ne s'en est pas aperçu, n'en a pas vu l'importance. Il est alors saisi de cette adoration qui consiste à se rendre compte de tout ce que Dieu a fait pour nous. C'est le deuxième moment.

       Le troisième moment c'est celui que nous prendrions, au premier abord, pour un geste rituel, instaurer une stèle et y verser de l'huile en signe d'onction. C'est vrai que ce récit explique sans doute l'origine du sanctuaire de Béthel (Béthel veut dire Maison de Dieu). On racontait dans le sanctuaire de Béthel la vision de Jacob. Mais cela nous révèle quelque chose d'extrêmement profond. C'est que, quand on y pense, Jacob aurait pu bâtir une échelle ou une ziggourat à cet endroit-là, pour commémorer précisément la vision qu'il avait eue. Il aurait pu faire une sorte de maquette, de modèle réduit de la tour qui relie le ciel et la terre ou de l'échelle qui relie le ciel et la terre. Or ce n'est pas cela qu'il a fait. Il a dressé une stèle, c'est-à-dire un autel pour le sacrifice et il l'a oint d'huile, c'est-à-dire qu'il a donné à cette pierre, à cet autel, une mission déterminée.

       Cela c'est le mystère de l'Église. L'Église, elle est la stèle, elle est l'autel sur lequel est livrée aujourd'hui la présence du Dieu vivant, le corps et le sang du Christ. Et en même temps elle est le peuple de ceux qui ont reçu l'onction, c'est-à-dire de ceux qui ont reçu une mission de proclamer ce qu'ils ont perçu dans l'adoration et dans l'ouverture du ciel. Nous, le peuple de Dieu, nous sommes exactement le peuple qui porte la révélation du Dieu qui a ouvert les cieux et qui s'est manifesté, et par conséquent, le peuple qui a reçu dans ses mains la présence du Christ, à travers sa manifestation dans sa chair et son sang. Et nous sommes le peuple qui, comme la pierre, a reçu l'onction, c'est-à-dire que nous avons reçu la mission de proclamer cette Bonne Nouvelle.

       Ainsi lorsque Jacob reçoit de Dieu la promesse que son peuple va grandir et s'étendre, en même temps il reçoit le signe de l'onction. Il ne grandit pas, il ne s'étend pas pour lui-même. Il grandit et s'étend pour proclamer, à toutes les nations, le salut que Dieu va manifester. Ainsi en est-il de notre propre vie. Il y a toujours, à un certain moment, la vision de l'échelle de Jacob : cet amour qui vient à notre rencontre et qui nous promet de nous donner le plein épanouissement de tout ce que nous sommes. Cela, c'est la vision de l'échelle de Jacob. C'est pour cela que la spiritualité monastique a toujours médité le thème du progrès spirituel autour de l'échelle, non pas simplement parce qu'il y a des degrés, ce qui serait un peu simpliste et facile, mais d'abord au sens où Dieu lorsqu'il a présenté cette échelle de Jacob comme une échelle à gravir disait à Jacob : tu vas t'étendre dans toutes les directions, tu vas grandir. L'ascèse, la vie monastique c'est précisément cette manière de grandir dans l'amour du Seigneur. Ensuite, cela se déploie nécessairement dans l'adoration, la reconnaissance que "Dieu est Dieu". Mais on ne peut pas en rester là. Il faut, à un moment où l'autre, quand nous avons vu Dieu ouvrir les cieux, quand nous L'avons reconnu pour ce qu'Il est et que nous L'avons adoré, il nous faut recevoir l'onction qui fait de nous ses messagers et ses serviteurs.

Puissions-nous, selon ce que Dieu nous demande, vivre cette triple étape de la vie de Jacob : la vue des Cieux ouverts, l'adoration et la proclamation de cette Bonne Nouvelle.

       AMEN

 

 

 
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