Photos

 CE N'EST PAS LA LOI QUI NOUS SAUVE, C'EST LE CHRIST

2 S 12, 7-10+13 ; Ga 2, 16-21 ; Lc 7, 36-Lc 8, 3

(15 juin 1980???)

Homélie du Frère José FABRE

Brioude : le Christ lépreux

D

ans l'Epître aux Galates que nous venons d'entendre, saint Paul oppose la Loi et la foi, cela nous a peut-être étonnés, car saint Paul nous dit : "Ce n'est pas la loi qui justifie, mais la foi en Jésus ''. Et lorsque saint Paul parle de la Loi, il s'agit de la Loi dans l'Ancien Testament comme dans le Nouveau, dans notre vie chrétienne, c'est l'enseignement donné par Dieu.

Dieu a donné une Loi à son peuple dès l'origine de l'Ancien Testament et il a donné sa Loi par Moïse : lois lévitiques qui définissent le peuple, qui l'aident à devenir ce qu'il doit être, lois pénales qui définissent les droits et les devoirs de chacun pour que nul n'outrepasse ce qu'il doit faire, et lois liturgiques qui régentent par des rubriques et des décrets les célébrations du peuple vis-à-vis de son Dieu. Le Seigneur a aussi donné des lois à son Église, son peuple que nous sommes, des lois qui, par le ministère de la hiérarchie, définissent l'identité de la foi, et ce sont des dogmes, des lois qui définissent les droits et les devoirs de chacun, et c'est ce qu'on appelle le droit canon dans l'Église, des lois qui définissent les normes des célébrations liturgiques et ce sont les décrets, les rubriques. Les lois sont bonnes, nécessaires, mais ne sont que des moyens. Déjà du temps de Jésus, il y avait des pharisiens, des docteurs de la loi des légistes qui reprochaient au Christ de ne pas toujours respecter la loi. S'ils avaient su que c'était Lui qui l'avait donnée aux hommes ! Ainsi quand Jésus ne respecte pas à la lettre la Loi du sabbat, ils récriminent parce que Jésus guérit quelqu'un, parce qu'il se dérange, parce qu'il agit et travaille, et Jésus rappelle que la Loi est au service de l'homme et non pas l'homme au service de la loi. Même dans notre Église, nous l'entendons parfois et nous en souffrons que de chrétiens perdent leur temps à se déchirer pour des lois humaines, fussent-elles religieuses, pour savoir s'il est opportun de communier sur la langue ou dans les mains, pour savoir si tel doit être le costume liturgique, pour savoir si telle doit être la langue liturgique alors qu'il y a surtout à donner au monde l'exemple et le témoignage dans l'unité, dans la foi en Jésus-Christ.

Les lois sont faites et défaites par les hommes. Ni la société, ni l'Église du sixième siècle n'ont eu les lois de celles du douzième, ni celles du vingtième siècle, et elles changeront encore. Car la Loi est ce qui nous permet de nous acheminer dans la foi, la Loi n'est pas un absolu, elle est un moyen vers l'absolu. Et saint Paul, lui, le docteur de la Loi, lui si attaché à la Loi et à ses traditions, avant qu'il ne fut converti, saint Paul ose dire dans l'Epître aux Galates : "Personne ne devient juste en pratiquant la Loi". Mais il ajoute aussitôt : "C'est la foi en Jésus-Christ qui sauve". Et la foi c'est l'adhésion amoureuse et confiante en Jésus-Christ, et Jésus-Christ crucifié, précise saint Paul.

Est-ce que nous avons réfléchi que nous avons mis notre confiance en un crucifié, c'est-à-dire Le Christ crucifié parce qu'Il s'est d'abord anéanti, dépossédé de sa condition divine.

Et le Christ crucifié, c'est Celui qui nous montre l'exemple de la dépossession de tout ce qui fait notre richesse personnelle : peut-être nos idées toutes faites, notre sécurité, peut-être une insistance un peu trop rigide sur ce que nous considérons comme l'essentiel dans la foi, et qui n'est en réalité qu'une chose secondaire. Le Christ crucifié, c'est celui qui a été trahi, abandonné, livré, incompris, non seulement par ses ennemis, mais même par ses amis, et bien souvent par nous à longueur de journée. Et le Christ crucifié, trahi, incompris passe le premier sur le chemin de nos douleurs, de nos incompréhensions, de nos solitudes et de nos désespoirs, et nous permet d'avancer quand même. Le Christ crucifié c'est celui qui est allé jusqu'au bout par fidélité au Père, non pas par une fidélité aveugle à une loi qui n'est qu'humaine, mais par fidélité au Père qui nous demande d'aller plus loin que la Loi, d'aller là où l'amour vrai, authentique qui ne triche pas, nous demande d'aller. La loi est parfois une facilité, elle a tout prévu, l'amour est une aventure et ne prévoit pas toujours les pas que l'on peut faire.

Le crucifié c'est aussi celui qui est mort pour la multitude, non pas uniquement le peuple de Dieu, non pas seulement pour Israël ou pour l'Église, mais pour tous les hommes sans aucune restriction. Et le Christ crucifié nous apprend à ne jamais choisir le prochain qui est en face de nous, à ne jamais juger nous-mêmes de ceux qui seront sauvés ou de ceux qui ne le seront pas, de ceux qui sont justes selon nos lois, alors qu'ils sont justes devant Dieu. Oui, c'est le Crucifié en qui nous avons mis notre confiance, mais c'est aussi le Ressuscité, ajoute saint Paul, celui qui vit dans le cœur des hommes, celui qui vit en nous. Et saint Paul a cette phrase que nous voudrions redire sans cesse : "Ce n'est pas moi qui vis, c'est le Christ qui vit en moi", non pas un Christ qui nous ressemble, non pas un Christ que nous fabriquons, qui est de notre avis, non pas un Christ qui nous donne toujours raison et qui ne nous dérange plus, mais un Christ, au contraire, qui vient nous transformer, qui nous bouscule, un Christ qui ne demande qu'une chose c'est que nous nous laissions envahir par Lui pour aimer ceux que nous ne sommes pas encore capables d'aimer, pour croire, éclairer, illuminer ce qui est encore obscur en nous, ce qui est encore ténèbres, ce que nous n'arrivons pas encore à comprendre. C'est Lui qui vit en nous. Et c'est Lui qui nous sauve, c'est lui qui nous justifie, et non pas la Loi.

Rappelez-vous l'évangile : il y eut ce jeune homme riche qui savait par cœur la Loi, et Jésus était dans l'admiration, et non seulement il la savait par cœur, mais il la pratiquait, alors Jésus l'aima, nous dit l'évangile, et lui demanda de le suivre, mais le jeune homme s'en alla tout triste, il pratiquait la Loi à merveille, mais il lui manquait ce qui dépasse la Loi, la foi, c'est-à-dire l'amour inconditionnel en quelqu'un en qui l'on a mis sa confiance.

Et, à l'opposé, il y a l'évangile d'aujourd'hui, cette femme que la Loi condamnait et les pharisiens l'ont bien compris, et voilà que le Christ lui dit : "Ta foi, c'est-à-dire ton amour, t'a sauvée. Va en paix."

Oui c'est le Christ seul qui nous justifie, sinon, conclut saint Paul, Il est venu pour rien. Le Christ n'a jamais laissé à ses disciples quelque écrit, ni dogme, c'est l'Église, petit à petit, qui les a exprimés pour aider sa marche, et c'est bien qu'elle l'ait fait. Mais le Christ n'a laissé qu'un exemple, le sien, qu'une seule consigne : "Aimez-vous, mais sans limites, comme je vous ai aimés", c'est-à-dire jusqu'au bout.

Ainsi, frères et sœurs, au soir de notre vie, nous serons jugés sur l'amour. Demandons ensemble au Seigneur, en cette eucharistie, qu'il nous rende certes fidèles à la loi de l'Église, mais que cette loi ne soit pas une lettre qui tue, que cette fidélité à la loi soit assez souple pour nous permettre d'aller au-delà de la loi et de rencontrer le visage du Christ dans le visage de tout homme qui nous regarde, que cet amour de la Loi soit assez souple pour être quand même disponible à l'accueil, à la compréhension, à l'amour universel et à la tolérance, tout autant de vertus que le Christ lui-même est venu donner à son Église.

 

AMEN

 

 

 
Copyright © 2019 Paroisse Saint Jean de Malte - Tous droits réservés
Joomla! est un Logiciel Libre diffusé sous licence GNU General Public