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DON, ACCUEIL ET RECUEILLEMENT : LA STRUCTURE DE LA VIE

Ez 17, 22-24 ; 2 Co 5, 6-10 ; Mc 4, 26-34
Onzième dimanche du temps ordinaire – Année B (12 juin 1988)
Pélerinages
Homélie du Frère Daniel BOURGEOIS

 

 Frères et sœurs, nous connaissons tous et toutes ces deux paraboles du Seigneur que nous ve­nons de lire. Il me semble que ces paraboles sont d'une étonnante actualité car vous savez qu'il y a une vingtaine d'années environ, deux savants améri­cains ont donné une impulsion absolument extraordi­naire à la recherche biologique, le jour où ils ont dé­couvert qu'effectivement chaque cellule portait en elle-même un code génétique, une certaine structure qui ressemble à un petit ruban magnétique, une spi­rale qu'on appelle du nom technique d'ADN (Acide Désoxyribonucléique). Mais on sait que, précisément parce qu'une cellule porte en elle ce petit serpentin de molécules, il lui est possible de garder son identité et, si elle est reproductrice, de permettre la naissance d'autres cellules identiques, de telle sorte que, grâce au maintien de ce code, de génération en génération, ces cellules peuvent à la fois se multiplier et se garder identiquement, ainsi se vérifie le proverbe : "les chiens ne font pas des chats".

C'est précisément ce travail mystérieux de la puissance vitale naturelle des cellules de tous les vi­vants : végétaux, animaux ou hommes, qui permet cette continuité, cette multiplication des différentes espèces et tout cela, comme le Christ le dit, que l'on dorme ou que l'on soit éveillé ne change rien. Et l'on peut ainsi conclure de cette parabole la vie spirituelle du royaume, la vie dans le Christ, a elle aussi son code génétique. Jésus est venu lancer la première cellule et nous pourrons faire ce que nous voulons, la vie de Dieu poussera, grandira, se déploiera et le royaume ira jusqu'à son terme.

Pour des temps aussi angoissés que les nôtres, c'est un grand bonheur de pouvoir nous référer à ces paraboles, c'est véritablement un signe d'espérance. C'est vrai qu'à certains moments, nous doutons de l'humanité dans son ensemble à travers les comporte­ments déconcertants de soi-même et des autres ou encore de l'ensemble de l'humanité. Mais il est plus vrai encore de croire qu'au fond, Dieu ne doute pas fondamentalement du projet qu'Il a eu : ça pousse, ça grandit.

Oui, mais en même temps il faut bien recon­naître que tout ce développement et cette croissance, tout ce qu'on appelle l'épanouissement, le mouvement naturel est lié à trois gestes. Et c'est précisément parce qu'il y a ces trois gestes que, tout le processus du dé­veloppement de la vie peut être enclenché. Il y a le geste du semeur qui a semé, qui a donné. Il y a le geste de la terre qui a accueilli. Et il y a le geste du moissonneur qui doit recueillir. Et s'il manquait l'un de ces trois gestes-là le processus naturel lui-même n'aurait jamais pu se déployer dans son intégralité. Si le moissonneur gardait la semence dans son grenier, s'il la gardait dans son congélateur, il n'y aurait jamais de déclenchement du processus de croissance. Si la terre n'accueillait pas la semence qui lui est confiée, le grain pourrirait dans le grenier. Si le moissonneur ne venait pas jeter sa faucille dans les champs de blé mûr, le processus aboutirait à un échec. Au fond, en bons naturalistes que nous sommes, nous sommes émerveillés par le code de l'ADN, et par le dévelop­pement naturel du grain. Et chaque fois que nous analysons ces procédés de la logique du vivant, nous sommes sous le charme et sous le choc. Mais en ré­alité, est-ce que nous n'oublions pas les trois gestes qui ont permis ce processus-là.

Est-ce que nous n'oublions pas le geste du don ? Par exemple dans la vie familiale, l'acte par lequel les parents ont donné la vie. Cet acte est si im­portant que, précisément, si les enfants ne naissaient que par un processus technique de rapprochement de cellules, s'ils entraient dans la vie que par un acte de la technique, purement mécanique, la vérité même de l'homme et de la personne serait pour ainsi dire dé­sarticulée au départ. C'est précisément la raison pour laquelle il faut qu'à la racine même d'un être, il y ait ce don, don mutuel de la part des parents. Et s'il n'y a pas ce don personnel mutuel des parents entre eux, pour donner la vie, pour que le processus s'enclenche, alors c'est quelque chose à la racine même de l'iden­tité de l'enfant qui manque, qui est comme éludé.

L'accueil, nous savons fort bien qu'une bonne terre est une terre qui accueille la vie, mais nous sa­vons aussi fort bien ce que, dans notre existence hu­maine, familiale, l'accueil est un élément essentiel. C'est le fait que tout être qui vient au monde est porté par l'amour de ses parents, que cet être qui vient au monde ne peut pas se suffire à lui-même ni se contenter d'un processus purement naturel qui le ferait germer et se développer comme une graine végétale ou animale. Ainsi y-a-t-il cet amour porteur, cet amour accueillant par lequel l'enfant qui vient au monde est comme invité, appelé à grandir et à croître, de toute sa personnalité et à travers tous les dons qu'il a reçus de l'amour de ses parents.

Enfin le recueillement c'est ce que nous vi­vons. La moisson, nous la vivons tous les jours. Qu'est-ce que cette moisson dans laquelle est recueil­lie la vie ? Elle n'est pas simplement un processus qui se développe, ni des cellules qui se multiplient. Mais tout ce processus de développement a besoin d'être harmonisé, bâti sur le fait que chacun d'entre nous doit être recueilli par et dans l'amour du Christ, mois­sonné par Dieu dans la vie de tous les instants. La moisson, le recueillement, c'est maintenant : mainte­nant nous sommes recueillis dans le corps du Christ pour l'eucharistie. La moisson, le recueillement, c'est chaque geste, chaque témoignage de foi et d'amour que des frères se donnent les uns aux autres et qu'ils se donnent ensemble, dans la célébration des sacre­ments, dans le rassemblement en Eglise, dans la vie de charité, dans le don de soi, dans les services de ce monde qui cherche Dieu. Le recueillement est ce qui donne sens et consistance à ce processus vital par lequel nous sommes bâtis.

Frères et sœurs, nous faisons aujourd'hui un pèlerinage en l'honneur de la vierge Marie. Vous comprenez bien à quel point, en elle, s'accomplit de façon éminente cette parabole. Il est vrai que sa ma­ternité divine n'est pas simplement le fait qu'à partir d'elle, à partir de sa chair, se serait développé ce long processus naturel et biologique qui aboutit à un être humain appelé Jésus-Christ En elle, dans sa liberté et dans son être de femme, Dieu a voulu qu'il y ait aussi ces trois moments du don "l'Esprit saint viendra sur toi", or le nom de l'Esprit c'est le don de Dieu. Puis, le moment de l'accueil "qu'il me soit fait selon ta Pa­role". Enfin ce moment du recueillement qui est toute la vie de foi de Marie, foi qui la conduit de ce premier moment du don et de l'accueil jusqu'au recueillement total d'elle-même, par le mystère de l'Assomption, dans la plénitude de la Résurrection du Christ. Voilà ce que nous célébrons dans la démarche de ce pèleri­nage.

Et nous demanderons tout simplement, au cours de cette eucharistie, par l'intercession de Marie qui a vécu ce triple moment du don, de l'accueil et du recueillement, que chacun d'entre nous, dans le corps du Christ, ne connaisse pas simplement cette crois­sance et cette maturation biologique et automatique, qui est la base même de notre être, qui constitue notre nature humaine, mais que chacun d'entre nous connaisse ces trois moments du don de la grâce qui nous a engendrés, de l'accueil par lequel nous sommes entrés dans notre propre histoire personnelle et dans celle de l'humanité, et du recueillement par lequel chacun d'entre nous est recueilli, jour après jour, dans le cœur de Dieu et, tous ensemble, un jour, dans son royaume.

 

AMEN

 

 

 
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