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CONJUGONS

2 S 12, 7-10+13 ; Ga 2, 16 - 21 ; Lc 7, 36 – 8, 3
Onzième dimanche du temps ordinaire – Année C (17 juin 2007)
Homélie du Frère Bernard MAITTE

 

Je pardonne, tu pardonnes, il pardonne, nous pardonnons, vous pardonnez, ils pardonnent. Ce n'est pas pour vous montrer, en espérant ne m'être pas trompé que je sais à peu près réciter le présent de l'indicatif du verbe pardonner, c'est simplement parce que je crois que c'est la conjugaison que Dieu préfère. C'est la conjugaison que Dieu préfère, car par rapport à l'évangile que nous avons entendu, l s'agit bien d'un épisode assez fondamental et conséquent de ce qui nous permet de comprendre qui est Jésus. A cette question que certains posent, ou à cette recherche que certains hommes font, c'est l'écho même de l'évangile : "Mais qui est cet homme pour qu'il pardonne les péchés ?" L'évangile de Luc nous apprend et ne cesse justement de conjuguer ce verbe "pardonner" à travers tous les beaux visages que l'évangile de Luc nous donne à regarder et à contempler. Ce sont des visages d'hommes et de femmes sauvés, presque systématiquement pardonnés. Que l'on pense à Zachée, que l'on pense aux trois paraboles de la miséricorde : la drachme perdue, la brebis égarée, et surtout le fils prodigue. Que l'on pense à toux ces gens que Jésus guérit et dont parfois il dit avant de les guérir physiquement : "Tes péchés sont pardonnés". Ils peuvent ensuite prendre leur grabat et marcher physiquement c'était la guérison du cœur qui importait.

Dieu aime cette conjugaison du pardon, et si le pardon est si important au coeur même de l'évangile, c'est parce que le pardon est l'action fondamentale de Dieu. Tant et si bien que la compagnie de Jésus (je ne parle pas des jésuites), c'est-à-dire ses apôtres, est composée comme nous l'avons entendu dans l'évangile, de ces femmes qui subviennent aux besoins de Jésus, mais qui sont là avec lui parce qu'elles ont été pardonnées. Le lien certainement inextricable et fondamental que Jésus veut établir avec l'homme (quand je dis homme, je veux dire homme et femme), c'est ce lien de relation de pardon. Il y a cependant un petit ennui : Jésus se place comme celui qui pardonne, et nous, comme ceux qui sont pardonnés.

Nous faisons cela quasiment tous les jours. Si l'évangile dépendait de nous, nous aurions surtout axé notre écriture évangélique sur le péché. Nous aurions peut-être commencé plutôt à faire la liste des péchés ou des reproches, et ensuite, éventuellement, nous aurions dit qu'il était fondamental d'être bon chrétien, donc, de pardonner, comme si nous étions en train de fabriquer, d'inventer ou de réaliser le pardon. Il est vrai, vous en avez l'habitude, en récitant le "Notre Père", de dire : "pardonne-nous nos offenses comme nous pardonnons aussi à ceux qui nous ont offensés". N'oubliez pas qu'en disant cette prière, on ne dit pas : je connais le péché des autres et donc je leur pardonne; c'est parce que je suis pardonné qu'éventuellement je dis : pardonne-nous et pardonne-leur. Il faut avoir conscience que lorsque je récite la conjugaison du pardon, c'est parce que toutes les formes du pardon importent et que l'on ne peut pas se situer comme si nous étions à l'extérieur ni du péché que les hommes commettent, mais que nous commettons aussi, ni du pardon que certaines personnes vivent, mais que nous sommes aussi appelés à vivre. Le pardon est essentiel non seulement à chacun d'entre nous personnellement, mais plus essentiellement encore à l'Église. L'Église est une communauté de pécheurs pardonnés, elle est pardonnée, et donc, pardonnante. Elle peut ainsi réciter sous toutes les formes, quelle que soit la personne, cette musique du pardon, cette symphonie de la miséricorde dont le Christ lui-même a donné le "la".

"Celui à qui on remet peu montre peu d'amour". Beaucoup de personnes avaient été choquées lorsque le Pape Jean-Paul II avait demandé publiquement pardon pour les péchés de l'Église. Certains pensaient peut-être que l'Église est une, sainte, catholique et apostolique ce qui est vrai, mais elle peut dire qu'elle est sainte non de sa sainteté, qu'elle est une, non parce que les chrétiens sont gentils et essaient de se faire bonne figure entre eux, non qu'elle est catholique et universelle parce que de temps en temps, nous faisons des messes internationales. Soyons sérieux ! c'est parce que tout cela lui est donné par Dieu. Son unité, sa communion, sa miséricorde et son amour, sa sainteté, sa catholicité, sa capacité de s'adresser à tout homme, c'est parce que tout homme est appelé à être pardonné. Il n'y a pas d'exclus dans l'Église, il n'y a pas de limites à l'Église, et même si nous voulions mettre des limites de l'ordre de la loi ou de la justification, saint Paul nous le rappelle, la loi et la justification ne donnent pas la sainteté et l'Église ne peut pas, ne doit pas se prévaloir de ce genre de sainteté. Sa seule gloire c'est de dire l'expérience du pardon vécu pour elle, c'est de dire ainsi aux autres qu'il ont la possibilité et la capacité d'être pardonnés. Pourquoi ? parce que tout simplement, nous le savons mieux que quiconque, nous sommes dans une société qui ne pardonne pas et qui ne pardonne rien. Nous sommes dans une société qui n'a pas pour ambition la miséricorde ni l'amour du prochain. Nous ne sommes pas dans une société qui nous pousse à ce que l'on pourrait croire être la faiblesse, mais toujours à la performance, quitte à user et abuser des personnes.

Dans l'Église, vivre le pardon est si essentiel que lorsque le Pape Jean-Paul II a demandé pardon pour tous les péchés de l'Église, il s'y engageait certainement en son nom propre, mais il s'engageait aussi sur la foi de cette Église qui se sait aimée, parce que celui à qui l'on remet peu aime peu. C'est l'expérience de cette pécheresse qui vient. Elle ne dit même pas ses péchés. Elle ne vient pas d'abord pour demander le pardon de ses péchés, le Christ lui dit : "Ta foi t'a sauvée". Elle vient simplement confesser sa foi, dire sa confiance, car elle sait qui est à la source du pardon : le pardon, c'est Jésus qui le donne. Le pardon est la faible traduction du mot "miséricorde" qui veut dire : attachement instinctif à l'autre et qui dit aussi du coup tout l'amour dans les entrailles que l'on porte à l'autre. Dieu ne peut pas faire autrement que d'être miséricordieux, de pardonner et d'aimer, d'aimer et de pardonner. C'est la même chose, car qu'on le veuille ou non, même quand on porte beaucoup d'amour dans son cœur à l'autre, on a quand même toujours tendance à lui reprocher un petit quelque chose. Dieu ne nous reproche rien, Dieu nous demande simplement d'être proche de lui par la foi et par la confiance.

Cet amour de Dieu manifesté est une voie toute tracée pour les chrétiens : je te pardonne. Et quand je dis "je pardonne", ou "je te pardonne", il faut bien avoir conscience que ce n'est plus moi qui vis, mais que c'est le Christ qui vit en moi, ce n'est pas moi qui pardonne, mon pardon serait insuffisant, c'est le Christ qui en moi pardonne parce que je suis incapable de pardonner, c'est-à-dire d'aller au-delà du don. "Il m'a aimé et s'est livré pour moi". C'est ce don-là que le Christ vit sur la croix, et Il pourra dire aussi justement à ce moment crucial : "Père, pardonne-leur, ils ne savent pas ce qu'ils font".

Alors, Dieu aime les conjugaisons. Il y en a une deuxième qu'Il apprécie particulièrement qu'Il nous laisse comme un commandement et comme une justification : "j'aime, tu aimes, il aime, nous aimons, vous aimez, voyez comme ils s'aiment !"

 

AMEN

 

 

 

 
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